IUCPQ: un chirurgien cardiaque inquiet pour ses patients

Un chirurgien cardiaque de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) s’inquiète pour la santé de ses patients en attente d’une opération. Désigné COVID-19, l’IUCPQ doit réserver des lits pour les patients infectés, lui a-t-on expliqué. Jeudi, au lieu d’opérer 10 à 12 patients comme ils le font chaque jour, les chirurgiens-cardiaques de l’établissement n’en ont opéré... qu’un seul.

Un médecin du département de chirurgie cardiaque de l’établissement a communiqué avec Le Soleil, jeudi, afin que nous demandions à la ministre de la Santé pendant le point de presse quotidien du gouvernement Legault si elle était «au courant que le département de chirurgie cardiaque de l’IUCPQ était en train de s’écraser sous le poids de la clientèle».

«On comprend la situation avec la COVID-19, mais là, on a des patients qui attendent une chirurgie à coeur ouvert, qui sont en panique, et on n’est plus capable d’opérer. On reçoit plein d’appels chaque jour de patients inquiets, dont certains voient leurs symptômes s’aggraver», déplore le médecin, qui a requis l’anonymat. 

«On leur dit qu’on va les rappeler. Et de venir à l’urgence si leurs symptômes s’accentuent», précise le spécialiste, impuissant. 

Le médecin souligne que l’IUCPQ dessert une population de deux millions de personnes et qu’il fait environ 2500 chirurgies cardiaques par année. 

«Les patients les plus graves doivent être opérés dans un délai de 48 à 72 heures, parfois même dans un délai de 24 heures», souligne notre interlocuteur, qui se demande si la décision de désigner COVID-19 l’IUCPQ était avisée, sachant que l’Institut de cardiologie de Montréal, lui, ne l’a pas été. Les maladies cardiovasculaires sont le tueur numéro un au Canada, rappelle-t-il.

Le Soleil n’a pas pu questionner la ministre Danielle McCann, qui n’était pas au point de presse de jeudi. 

Au service des communications du ministère de la Santé, on nous dit que «tous les patients qui doivent recevoir des soins urgents et appropriés à leur condition les reçoivent sans problème». 

«Toutefois, les directives du ministère sont très claires en matière de chirurgies», rappelle le porte-parole Nicolas Vigneault. Les établissements doivent ainsi «reporter toutes les procédures électives pour les pathologies bénignes», «continuer les urgences chirurgicales et obstétricales» et «limiter au maximum la prestation chirurgicale pour les cas semi-urgents, incluant l’oncologie». 

«Ces directives doivent être suivies par l’ensemble du réseau, incluant l’IUCPQ», l’objectif étant de s’assurer d’avoir suffisamment de lits en soins intensifs pour les cas de COVID-19, précise M. Vigneault. 

À l’IUCPQ, on indique que le plan de préparation de l’établissement a été partagé avec le ministère. 

«Nous devons mettre en place un nombre de lits de soins intensifs et d’hospitalisation suffisants pour répondre aux besoins de la population. Nous avons, en concertation avec l’équipe de chirurgie cardiaque et des autres équipes médicales de notre établissement, préparé ce plan. Pour une journée (ce jeudi), nous avons dû fonctionner en mode «week-end» afin de finaliser une partie cruciale de nos préparations», explique par courriel le porte-parole Joël Clément.

«Dès demain [vendredi], nous augmenterons le nombre de chirurgies, en respectant les priorités cliniques, l’urgence de leur situation et notre mandat ministériel touchant notre désignation de niveau 1 pour le COVID-19», ajoute M. Clément. 

Selon le porte-parole de l’IUCPQ, la programmation régulière en chirurgie cardiaque est de 56 chirurgies planifiées par semaine, auxquelles s’ajoutent des urgences, pour un grand total de 61 chirurgies hebdomadaires.

Depuis lundi, seulement 32 chirurgies cardiaques ont été réalisées à l’IUCPQ, précise M. Clément.