L’APICO intervient auprès des personnes vivant avec une déficience intellectuelle qui, en cette période de confinement, font face à des défis énormes au quotidien.
L’APICO intervient auprès des personnes vivant avec une déficience intellectuelle qui, en cette période de confinement, font face à des défis énormes au quotidien.

Intervention en déficience intellectuelle: «un laboratoire en temps réel»

Malgré la crise de la COVID-19, il n’était pas question pour l’Association pour l’intégration communautaire de l’Outaouais (APICO) d’abandonner ses quelque 400 membres.

Œuvrant auprès d’une clientèle fragile et très souvent laissée pour compte, l’Association s’est retroussé les manches et a mis sur pied très rapidement un protocole d’intervention qui utilise les technologies de l’information et des communications.

« Pour nos membres, les contacts humains sont primordiaux. On ne peut pas tout arrêter et reprendre trois mois plus tard. C’est tout simplement impensable, a lancé Stéphane Viau, directeur général de l’APICO, lorsque joint par Le Droit. Nos membres sont des personnes vivant avec une déficience intellectuelle. Nous avons établi des liens forts avec eux et leurs familles. Il faut maintenir ce lien sinon nous allons assister en direct à des drames humains déchirants. »

L’APICO intervient auprès de ses membres de différentes façons. Grâce à une équipe d’une vingtaine de spécialistes en psychoéducation et en intervention communautaire, l’Association organise de nombreuses rencontres, des ateliers de jours, des activités sociales et des activités d’intégration communautaire.

Stéphane Viau, directeur général de l’Association pour l’intégration communautaire de l’Outaouais, assure que les services à ses membres seront maintenus pour toute la durée de la crise.

Depuis le 16 mars, tous les programmes de l’APICO ont été suspendus et les services aux membres ont été durement touchés, quoique l’organisme s’inscrit au sein des services essentiels.

« Mais il faut comprendre que l’APICO n’est pas fermée pour autant, on est toujours là pour nos membres, explique la psychoéducatrice Manon Laflamme. Il n’y a plus de contacts personnels, mais on reste présent pour tout le monde. On est un service essentiel et on ne veut surtout pas briser ce lien. On sait que le confinement est une situation anxiogène, que nos membres ont peur. Mais il faut qu’ils sachent qu’on est toujours à leurs services. »

Les intervenants de l’APICO ont aussi instauré un service de veille qui permet à tous les membres d’entrer en contact avec l’organisme pendant les heures normales d’ouverture, soit de 8 h à 16 h, du lundi au vendredi.

« C’est très important de rester accessible, ne serait-ce que pour permettre à un membre de piquer une petite jasette, d’ajouter Mme Laflamme. Et j’ajouterais que ce simple contact peut désamorcer rapidement une crise potentielle. »

La technologie en action

Les réseaux sociaux et les diverses applications qui facilitent la communication de groupe sont mis à profit par les intervenants de l’APICO depuis les premiers jours de la crise.

« Nous avons longuement réfléchi à une solution qui nous permettrait de maintenir le contact avec nos membres pendant cette période et nous avons mis sur pied un projet spécial qui nous permet à la fois d’être en contact avec eux tout en respectant les mesures de confinement, explique à nouveau M. Viau. On a créé une page Facebook qui accueille seulement les membres et les employés de l’APICO et un canal YouTube pour ceux et celles qui n’ont pas accès au réseau social. Aucun membre ne pourra voir le contenu de notre page s’il n’est pas actif. Cette mesure de sécurité est instaurée dans le but de respecter nos politiques de confidentialité. »

À partir de ces plateformes, les employés peuvent communiquer facilement de l’information sur divers sujets tels que l’hygiène et des activités pouvant être effectuées à la maison. Pour ceux et celles qui n’ont pas accès à internet, il y en aurait une trentaine, une chaîne téléphonique a été mise sur pied afin d’entrer en contact avec eux. « Personne ne sera oublié », a assuré Mme Laflamme.

De plus, les conseillers et les agents des différents programmes animeront des activités ou des causeries en direct.

« Il va de soi que ces activités sont d’abord planifiées, élaborées et révisées avant d’être mises en ligne, ajoute M. Viau. Nos membres demeurent notre priorité absolue et nous avons un rôle à jouer pour les protéger et surtout veiller à donner le soutien dont ils ont grandement besoin. »

Il semble clair pour les éducateurs que ces méthodes de communication doivent faire partie des outils à utiliser dans l’avenir et ils veulent les ajouter à leur arsenal à la sortie de crise.

« Cette période de confinement est devenue un grand laboratoire pour tester en temps réels des outils de communication qui viendront bonifier nos interventions dans l’avenir, conclut Mme Laflamme. On pourra sans doute rejoindre encore plus de personnes qui auront besoin de nos services. Cette crise aura au moins servi à ça. »