«Il y a de l’anxiété présentement dans la société, puis je comprends très bien que certains parents ne sont pas à l’aise d’envoyer leurs enfants à l’école», a affirmé François Legault, lors de son point de presse de lundi.
«Il y a de l’anxiété présentement dans la société, puis je comprends très bien que certains parents ne sont pas à l’aise d’envoyer leurs enfants à l’école», a affirmé François Legault, lors de son point de presse de lundi.

«Indulgence» et «débrouillardise», les clés de la rentrée [VIDÉO]

À une semaine de la réouverture des écoles primaires et des garderies à l’extérieur de la grande région de Montréal, François Legault reconnaît que «ce ne sera pas parfait». Le premier ministre compte sur des parents «indulgents» et sur des enseignants et du personnel «débrouillards» pour que cette rentrée inédite «se passe le mieux possible».

«Il y a de l’anxiété présentement dans la société, puis je comprends très bien que certains parents ne sont pas à l’aise d’envoyer leurs enfants à l’école», a aussi affirmé M. Legault, lors de son point de presse de lundi. 

«Je l’ai dit depuis le début : la journée où je vais dire : “les écoles sont ouvertes”, c’est parce que je pense que j’aurais envoyé mes enfants. Donc, je pense, c’est sécuritaire. Mais je comprends très bien, puis je pense qu’on ne doit faire aucun reproche aux parents qui décident de garder leurs enfants à la maison», a-t-il dit.

Le premier ministre venait d’annoncer le report de la réouverture des commerces non essentiels à Montréal, prévue la semaine prochaine. Ce sera plutôt le 18 mai, au lieu du 11. La «marge de manœuvre» y est encore trop mince dans les hôpitaux pour risquer une hausse soudaine de cas et d’hospitalisations dus à la COVID-19.

Sans «guide des opérations»

Tout le contraire des régions à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal, c’est-à-dire 52 % de la population québécoise. Comme une bonne part des 1772 malades du nouveau coronavirus traités dans nos hôpitaux sont concentrés dans la métropole, la marge de manœuvre des établissements de santé ailleurs au Québec s’avère confortable, assure M. Legault.

«On n’a pas un guide des opérations pour comment rouvrir les écoles en pandémie! C’est la première fois qu’on fait ça. On va essayer de le faire le mieux possible… Mais il faut s’attendre qu’il va y avoir des ajustements», a-t-il avancé, parlant entre autres de la dimension des classes. Certaines trop petites ne pourront même pas accueillir le maximum de 15 enfants d’abord prescrit. D’autres, plus grandes, par exemple empruntées dans les écoles secondaires, pourraient en prendre plus.

«On l’a dit, les enfants n’ont pas beaucoup de risques. Mais qui ces enfants-là vont voir? S’ils sont pour voir leurs grands-pères ou leurs grands-mères, il y a un risque à ce moment-là. S’ils voient des personnes de plus de 60 ans, il y a un risque. Donc, c’est pour ça que c’est du cas par cas», a souligné M. Legault, évoquant une «décision très personnelle» pour les parents.


« On n’a pas un guide des opérations pour comment rouvrir les écoles en pandémie! C’est la première fois qu’on fait ça »
François Legault

Les parents rappelés au travail qui désirent rester à la maison avec leur enfant devront par contre démontrer à leur employeur le risque réel pour eux de rentrer au boulot.

En outre, le ministère de l’Éducation devrait fournir des masques de protection aux enseignants qui en feront la demande, a confirmé le directeur national de santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda.

«Il y a trois Québec»

Le bilan de lundi faisait état de 75 nouveaux décès de la COVID-19 déclarés dans les 24 heures précédentes au Québec, desquels 72 habitaient dans des centres pour personnes âgées. Sur les 2280 Québécois tués par la COVID-19 jusqu’ici, 1870, soit 82 %, vivaient dans un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD, 63,3 %), une résidence privée pour aînés (RPA, 16,3 %) ou une ressource intermédiaire (RI, 2,4 %).

On dénombre 32 623 cas confirmés, 758 de plus que la veille. Du lot, 22 765 sont considérés des cas actifs et 7578 comme rétablis. 

Après les «deux mondes» souvent évoqués par le premier ministre Legault pour séparer la situation critique qui prévaut dans les CHSLD du reste de la société, voilà que le Dr Arruda a parlé des «trois Québec», lundi.

«Il y a trois Québec. Il y a le Québec des CHSLD, particulièrement de la région de Montréal. Il y a le Québec Montréal, est-ce que c’est des agrégats ou de la grosse transmission communautaire, c’est encore à regarder. Puis il y a l’autre Québec, qui a vraiment atteint tous les critères pour un déconfinement tel que reconnu par l’Organisation mondiale de la santé», a fait valoir le directeur national de santé publique.

Après le report d’une semaine de la relance des commerces non essentiels, la réouverture des écoles primaires et des garderies dans la métropole risque-t-elle aussi d’être repoussée au-delà de la date prévue du 19 mai?

«On a deux semaines devant nous. On va regarder ensemble les résultats puis on va prendre une décision en fonction de l’évolution des résultats. Il n’est pas question d’ouvrir puis d’ajouter, éventuellement, aux personnes qui pourraient se retrouver dans nos hôpitaux, alors qu’on a très peu de marge de manœuvre à Montréal», a assuré M. Legault.

Pas question toutefois de donner aux commissions scolaires le choix de la date de réouverture de leurs écoles, comme le demandait l’Association des commissions scolaires anglophones, surtout pour Montréal. «Leur responsabilité est de rouvrir quand on le dit. Ce sera ensuite aux parents de décider s’ils envoient leurs enfants. Mais ce n’est pas aux commissions scolaires de décider que les écoles ne seront pas ouvertes pour les anglophones. Elles ne peuvent pas faire ça», a tranché le premier ministre.

«Ce n’est pas beau»

Alors que le plan de déconfinement se met lentement en branle au Québec, les restaurants, hôtels et salles de spectacle restent à quai. Toujours aucune réouverture annoncée pour l’instant dans ces secteurs.

Plus largement, les indicateurs économiques pour avril démontrent toute l’ampleur de la crise, atteste M. Legault. «Ce n’est pas beau, ce n’est pas beau. C’est pas mal en ligne avec ce qu’on prévoyait, avec Pierre Fitzgibbon [ministre de l’Économie] et Eric Girard [ministre des Finances]. On va avoir l’occasion de les déposer en temps et lieu, mais, effectivement, la situation économique est très difficile.»

Le premier ministre a de plus redemandé de l’aide pour aller travailler dans les CHSLD de Montréal. Après avoir tant bien que mal pourvu la majorité des postes vacants, il craint l’épuisement des travailleurs en place, alors que s’amorce la huitième semaine en situation critique. En date de lundi, 11 000 employés du réseau de la santé québécois sont absents de leur poste.

Le premier ministre Legault s’est présenté au micro de la salle Evelyn-Dumas avec des cheveux fraîchement coupés, certifiant d’entrée de jeu qu’il s’agissait de l’œuvre de son épouse.