La famille de Laurence Ménard, décédée dans la nuit de dimanche à lundi, a reçu la confirmation qu'elle était atteinte de la Covid-19. Laurence était mère monoparentale d’un garçon de 3 ans, Arno. 
La famille de Laurence Ménard, décédée dans la nuit de dimanche à lundi, a reçu la confirmation qu'elle était atteinte de la Covid-19. Laurence était mère monoparentale d’un garçon de 3 ans, Arno. 

Hommage à Laurence Ménard, morte prématurément

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
La famille de Laurence Ménard, décédée dans la nuit de dimanche à lundi, a reçu la confirmation qu'elle était atteinte de la Covid-19.

Originaire d’Acton Vale, Laurence Ménard était technicienne en travail social au CLSC de Drummondville. Une femme sans ennui de santé, dévouée, fonceuse. Vendredi dernier, c’était son anniversaire. 33 ans. Elle était en congé, mais trop fatiguée pour célébrer en grand avec son garçon de 3 ans, Arno, et ses parents avec qui elle habitait dans une maison bigénérationnelle.

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« Merci pour tous vos vœux de fête. Pour ma part, j’ai fêté couchée et malade. Je crois que mon corps m’a donné congé après deux semaines de fou à la job », écrivait la mère monoparentale sur les réseaux sociaux.

Samedi, elle éprouvait des difficultés à respirer. « Ma mère m’a téléphoné pour me dire que Laurence allait bien, mais qu’elle avait un peu de mal à respirer, raconte la petite sœur de Laurence, Virginie Ménard. On avait des doutes concernant la COVID-19. Dimanche, c’est Laurence elle-même qui a appelé le 811. Elle sentait une douleur à la poitrine, comme une pression. »

« La dame lui a demandé si elle avait quelqu’un pour prendre soin d’elle. Laurence a répondu que oui, sa mère était là, mais qu’elle devait aussi prendre soin de son gars. Alors la même dame lui a suggéré de se faire admettre à l’hôpital pour qu’on prenne soin d’elle », poursuit Virginie.

Laurence est allée en marchant dans l’ambulance. « Ma mère m’a téléphoné pour me dire que ma sœur était partie à l’hôpital de Saint-Hyacinthe. Il n’y avait zéro panique dans sa voix », note Virginie, précisant que sa sœur travaillait au maintien des personnes aînées à domicile.

Laurence était responsable de l’évaluation des besoins des aînés. « Elle était assignée à quelques résidences pour personnes âgées (RPA) de la région. Normalement les RPA étaient fermés aux visiteurs, mais je sais qu’elle a quand même eu à intervenir à quelques reprises », souligne Virginie, ajoutant que sa sœur n’avait pas de problème de santé connu.


« Elle a envisagé récemment avoir un deuxième enfant par insémination. »
Virginie Ménard

« Elle a envisagé récemment avoir un deuxième enfant par insémination et dans ce contexte, elle a passé une batterie de tests. C’était dans les six derniers mois et tout était A+ », mentionne Virginie, précisant que sa sœur avait néanmoins abandonné le projet d’un deuxième enfant.

À minuit, dans la nuit de dimanche à lundi, les parents de Laurence ont reçu un appel complètement inattendu. « Laurence avait été transférée dans un hôpital de Montréal et on demandait à mes parents de se rendre d’urgence à son chevet. »

Le père de Laurence est resté à la maison avec Arno et sa mère, accompagnée de la tante de Laurence, s’est rendue à l’hôpital. « Quand elles sont arrivées, le médecin, un cardiologue reconnu, et les infirmières pleuraient. »

Sa mère a su.

Il était 3 h du matin quand Virginie a su à son tour. « Mon père m’a appelée. Il m’a demandé si mon conjoint était à mes côtés et m’a demandé de mettre le téléphone sur le haut-parleur. Il m’a ensuite annoncé que Laurence était partie. C’était le choc total pour tout le monde. »

Laurence avait été testée pour la COVID le 22 avril et le résultat s’était avéré négatif.

Le cardiologue a expliqué que le cœur de Laurence avait lâché. « Il ne comprenait pas ce qui s’était passé. Et ma mère était dans tous ses états, mais on croit qu’on nous a dit qu’il pourrait y avoir un lien avec la COVID-19. On a de gros doutes. Ma mère a donné son feu vert pour qu’il y ait une autopsie. On attend les résultats pour mieux comprendre. »

En attendant les résultats, les parents de Laurence apprendront la triste nouvelle à leur petit-fils Arno aujourd’hui (mardi). « Ils auront l’aide d’une pédiatre. On est bien entouré et on est une famille qui se tient serrée », raconte Virginie qui déjeunait tous les samedis matin avec sa grande sœur avant la pandémie.

« On jasait toute la matinée. Elle était ma plus grande confidente. Ma sœur avait un grand cœur et elle était dévouée. On a encore trois grands-parents vivants et elle était toujours disponible pour les aider avec leur ordinateur ou les écouter. C’est aussi quelqu’un qui avait un franc-parler. Ça pouvait déranger, mais avec elle, tu avais l’heure juste. Il n’y avait pas d’hypocrisie. Elle était intègre, travaillante et courageuse. Il faut l’être pour décider d’avoir un enfant, seule. »

Arno aura 4 ans le 9 mai. Il continuera à vivre avec ses grands-parents, qui l’élèveront en nourrissant le souvenir de Laurence.

« Une grande perte »

Des amies de la jeune femme ont tenu à lui rendre hommage.

« Vendredi, elle avait un coup de fatigue et là, c’est fini », ne s’explique pas son amie Krystelle Lison, qui se souvient de Laurence comme une femme engagée.

« Ça m’a toujours marqué. Elle était toujours en mode solution, toujours prête à se relever les manches. Quand elle s’est engagée dans son travail auprès des personnes âgées, elle s’est vraiment engagée. La même chose quand elle a décidé d’avoir un enfant. Son fils était sa plus grande fierté », mentionne-t-elle ajoutant qu’à chaque Fête des pères, Laurence souhaitait bonne fête à tous les papas et aussi au donneur anonyme qui lui avait permis d’être si heureuse.

« Elle était toujours de bonne humeur et elle était de ces personnes qui agissent et ne font pas juste parler », conclut Mme Lison.

« Laurence a marqué la vie de tous ceux qu’elle a croisés. Laurence était quelqu’un d’engagé, de dévoué. Elle était toujours souriante. On ne se voyait plus beaucoup avec nos vies de fou, mais on gardait le contact, confie Isabelle Bolduc qui a connu Laurence par une troupe de théâtre de l’Université de Sherbrooke. Je n’ai que de bons souvenirs de ces années de théâtre. Tout d’un coup, ça met un visage sur la gravité de la situation dans laquelle on se trouve. Son départ est une grande perte, j’ai une pensée pour son fils et sa famille. »

Myriam Croteau l’a aussi connu grâce à la même troupe de théâtre de l’UdeS. « Laurence était l’une des personnes les plus lumineuses que j’ai eu la chance de rencontrer dans ma vie. Je ne l’ai jamais vue de mauvaise humeur. Jamais! Je viens d’apprendre sa mort. Ça me laisse le cœur gros et les joues mouillées. Je pleure aussi pour sa famille parce que je sais qu’elle vient de perdre une personne exceptionnelle et que ça va laisser un gros vide dans leur vie. Mais j’espère qu’on saura tous être inspirés par le positivisme et la bonne humeur de Laurence pour poursuivre la route et faire du bien autour de nous comme je sais qu’elle a dû le faire toute sa vie », a-t-elle témoigné.

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Laurence Ménard faisait partie d’une famille tissée serrée. Elle habitait avec ses parents Denise et Pierre dans une maison générationnelle et était très proche de sa sœur Virginie, son beau-frère Steve et sa nièce Ellie. Sur cette photo, elle tient Arno dans ses bras alors qu’il était encore un bébé.

La mort de Laurence Ménard augmente le niveau d’anxiété chez les travailleurs de la santé

La mort de la technicienne en travail social Laurence Ménard, 33 ans, vient changer la donne pour d’autres travailleurs de la santé, comme son amie Marie Pagès qui voit son niveau d’anxiété augmenter.

« Son décès me bouleverse et vient complètement brasser les cartes pour moi », explique la travailleuse sociale Marie Pagès, qui faisait partie de la même troupe de théâtre que Laurence il y a plusieurs années et qui garde un excellent souvenir de celle-ci.

« En tant que travailleuse sociale qui vit avec quatre enfants et un conjoint qui est infirmier, ça vient changer notre façon de voir les choses. Depuis le début de la pandémie, on était plutôt relaxe par rapport à la COVID-19, car on doit tenir le phare et on avait pris pour acquis qu’on attraperait le virus et que ce serait sans conséquence. Mais là, j’ai peur pour vrai. Je me demande si j’ai vraiment envie de mettre ma famille et moi-même en danger. Je me sens très démotivée » avoue Mme Pagès, qui pense à ses filles, qui, depuis le début, lui demandent régulièrement si les membres de la famille seront malades et s’ils mourront.

« Je leur ai annoncé la nouvelle hier. Elles ont eu peur, et c'est très bien. Je leur ai rappelé que même si l'école reprend et que tout semble sur le point de redevenir normal, elles doivent continuer à faire attention. Se laver les mains, garder leurs distances, agir comme des grandes pour se protéger et nous protéger. C'est aussi leur responsabilité. Car elles n'auront pas le choix de retourner à l'école, une travailleuse sociale et un infirmier ne peuvent pas être confinés en ce moment. Elles ont bien compris et je leur fait confiance. Mais je trouve ça lourd pour des enfants de 9, 7, 6 et 4 ans », la travailleuse sociale de Montréal.

Mme Pagès pense aussi à tous ses collègues. « L’état mental m’effraie depuis le début. Il y a eu un gros down chez mes collègues et moi. Un moment, on s’est dit qu’on ne passerait pas au travers. Après, il y a eu une accalmie, car on s’est tous habitués à cette situation qui est devenue notre quotidien. Et peut-être qu’on a baissé notre garde. Mais là, l’anxiété est revenue. Je suis fâchée contre personne, ni contre mon boss ni contre l’État. Il y a juste un stress qui est bien présent », note celle qui a pensé lâcher sa job lorsqu’elle a appris le décès de Laurence.

« À toi qui es confiné, je te demande de garder le cap et de prendre soin de toi et des autres. Fais ce que tu dois faire pour passer à travers tout ça. Garde la forme pour nous aider à garder l'énergie nécessaire de continuer », écrivait Mme Pagès sur Facebook lundi.

Réaction de la Coalition sherbrookoise pour les travailleurs de rue

«D’abord nous souhaitons offrir nos plus sincères condoléances à la famille ainsi qu’aux proches de notre collègue. Cette situation nous rappelle l’importance d’être activement vigilants lors de nos interventions auprès des personnes vulnérables en adoptant l’ensemble des mesures de prévention en vigueur. L’ensemble des travailleuses et travailleurs du réseau de la santé, peu importe leur organisation d’affiliation, accomplissent un travail essentiel au quotidien dans des conditions souvent difficiles et il importe de reconnaître leur contribution à l’effort collectif», a commenté Etienne Bélanger-Caron, directeur général de la Coalition sherbrookoise pour les travailleurs de rue, qui compte dans son équipe 11 travailleuses et travailleurs de rue à temps plein.