Une des premières personnes à avoir été diagnostiquée infectée au coronavirus en Mauricie est maintenant considérée comme guérie et livre son témoignage.

Guéri de la COVID-19, il lance un cri du cœur: «Si tu ne penses pas à toi, pense aux autres!»

Trois-Rivières — «Je sais que présentement, il y en a qui n’ont pas peur. Ils pensent que ce n’est qu’un petit rhume, une petite grippe et que ça ne leur fera pas grand-chose. Mais si vous ne respectez pas les consignes pour vous, au moins faites-le pour les gens de votre entourage. On est tous interdépendants. Alors si tu ne penses pas à toi, pense aux autres!»

Antoine (nom fictif) respire un peu mieux depuis 24 heures. Celui qui comptait parmi les premiers cas de coronavirus diagnostiqués en Mauricie a su jeudi qu’il était désormais considéré comme guéri. Mais si la tempête est maintenant passée pour lui, Antoine insiste pour que la population comprenne l’importance de respecter les mesures mises en place afin de sauver le plus de gens possible durant cette crise mondiale. Il a accepté de se confier au Nouvelliste.

À aucun moment, Antoine ne souhaite être identifié. Il ne souhaite pas non plus qu’on parle du contexte entourant son diagnostic. Face à la maladie qui menace présentement le monde en plus d’ébranler fortement l’économie du globe, l’homme estime que ces détails n’ont pas beaucoup d’importance. Et si, de son côté, les symptômes ressentis n’ont jamais nécessité d’hospitalisation, il insiste pour dire que la COVID-19 n’aura jamais le même impact d’une personne à l’autre et peut causer la mort.

Lors de ses premiers symptômes, il y a un peu plus de deux semaines, Antoine n’aurait jamais pu se douter de ce qui l’attendait. Il faut dire que le niveau d’attention médiatique au sujet du coronavirus n’était pas le même qu’aujourd’hui.

«Je suis allé passer un test par précaution. Mais une fois que tu as le résultat, tout va tellement vite dans ta tête. On essaie de se rappeler en détail de qui on a vu, qui on a côtoyé. Le niveau de stress est énorme», se souvient Antoine.

C’est d’ailleurs l’impact sur toutes les personnes de son entourage qui aura été l’un des éléments les plus difficiles à vivre pour lui. «J’ai pensé plus aux autres qu’à moi. L’impact que ça aurait pu avoir sur eux, sur leurs enfants, leurs proches. Et le temps d’attente avant d’avoir des réponses est long, car ça prend jusqu’à deux semaines avant de savoir si on a infecté d’autres personnes. Ça déstabilise des familles, des cellules sociales», relate-t-il.

Sa réflexion autour de tous ces impacts a d’ailleurs grandement évolué au cours de ces deux semaines de confinement complet. «L’économie, elle, finira toujours par se relever, mais les personnes qui en mourront ne se relèveront jamais. Et si c’est votre père, votre enfant ou votre ami, vous ne pourrez jamais complètement vous en remettre non plus», considère-t-il, insistant de nouveau sur l’importance de respecter à la lettre les recommandations de distanciation sociale, de confinement et les mesures sanitaires à respecter.

Chasse aux sorcières

Antoine se dit encore ébranlé d’avoir assisté à ce qu’il qualifie aujourd’hui de chasse aux sorcières dans les débuts de cette crise, où on voulait étaler les allées et venues des quelques personnes infectées sur la place publique.

«C’était pratiquement une télé-réalité. C’est très difficile psychologiquement. On se sent isolé», confie-t-il.

Aujourd’hui considéré comme guéri, Antoine n’a toujours pas l’intention de commencer à sortir et fréquenter les endroits publics. Il compte être prudent encore un certain temps. «Aujourd’hui, je suis sorti pour la première fois depuis plus de deux semaines. Je ne suis allé nulle part, c’était juste pour aller faire un tour d’auto. Je n’avais pas quitté ma maison depuis tout ce temps, j’avais juste été sur mon balcon», raconte celui qui éclate de rire en disant avoir eu une énorme surprise de voir que le prix de l’essence était descendu à 0,86 $ le litre.

«Franchement celle-là, je l’ai trouvée vraiment spéciale. Et de voir qu’il n’y a plus de trafic nulle part, que les stationnements sont vides, que tout est fermé, que la ville est endormie. Depuis deux semaines, vous avez eu la possibilité de voir ça arriver graduellement. Moi je le constate visuellement pour la première fois et ça donne un grand coup», évoque-t-il.

Antoine sait qu’il faudra un certain temps avant que la société ne se remette à tourner. Il faut laisser la crise passer et tout faire pour qu’elle passe le plus rapidement possible. Il demeure toutefois convaincu qu’il y aura un avant et un après-coronavirus, qu’une vaste réflexion devra s’opérer une fois la crise passée.

«Beaucoup de choses vont changer, pour énormément de gens, j’en suis convaincu. Peut-être faudra-t-il une forme de concertation planétaire pour ne plus jamais que de telles choses puissent se reproduire. Ça va faire réfléchir c’est certain. Il y aura peut-être au moins ça de positif», conclut-il.