Succursale du chocolatier La Pralinière
Succursale du chocolatier La Pralinière

[GÉRER LA CRISE] La Pralinière: la vente en ligne comme planche de salut 

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise : La Pralinière (Lac-Etchemin)
  • Type : chocolaterie
  • Contact : Simon Pépin, pdg

Q La situation avant la crise?

R Il y a environ trois semaines, on entrait dans le meilleur de la saison. C’est pour ça que nous travaillons toute l’année dans le fond. Les ventes de chocolat de Pâques représentent environ le trois quart de nos ventes de chocolat transformé. On imaginait La Pralinière au 30 mars avec quatre succursales pleines à craquer de chocolat de Pâques. Nous devions également nous installer dans deux centres d’achats [Saint-Georges et Thetford Mines], dans des locaux que l’on louait pour la période de Pâques, et ouvrir une boutique éphémère à Sainte-Marie. Une trentaine de personnes devaient faire partie de notre équipe pour nous aider à bien servir les amateurs de chocolat.

Q Quels ont été les dommages collatéraux de ces fermetures?

R Nous avons dû reporter l’ouverture officielle de La Pralinière de Saint-Prosper. Et nous nous sommes retrouvés avec une quantité imposante de chocolat de Pâques [plusieurs dizaines de milliers de pièces]. Nous avons aussi été obligés de prendre la décision crève-cœur de congédier nos employés. 

Q Comment vivez-vous la crise?

R C’est sûr qu’il y a eu de petits moments de découragement. Nous savions qu’il était toujours possible de devoir fermer une boutique ou deux pour cause majeure, mais on n’aurait jamais pensé devoir toutes les fermer au profit d’une seule boutique virtuelle [www.praliniere.com], qui a été mise en ligne le 22 mars et dont nous faisons la promotion, où les gens peuvent se rendre et retrouver la vaste majorité de leurs chocolats préférés. Cette boutique nous permet de rattraper les ventes que nous ne ferons pas dans nos succursales. Mais c’est tout un défi considérant que nous ne sommes pas Amazon. On encourage donc les gens à commander le plus tôt possible contrairement à leur habitude. Par le passé, 50 % de nos ventes en boutiques se faisaient dans les quatre derniers jours avant Pâques. Mais si cette année, les gens attendent tous au Vendredi Saint pour commander, ça ne sera pas possible de livrer tout le chocolat à travers le Québec en deux jours.

Q Comment garder le moral des troupes?

R Nous sommes fiers d’avoir mis en place un programme d’aide sous forme de prêt sans intérêt afin de supporter nos employés qui avaient besoin de revenus avant l’arrivée des aides gouvernementales. Oui, le gouvernement a été très pro-actif, mais ça prend quand même quelques semaines avant de recevoir les sous. Ma job, c’est d’assurer la pérennité de l’entreprise. Mais pour assurer la pérennité de l’entreprise, il faut s’assurer que les employés passent aussi au travers de la crise et qu’ils ne soient pas trop dépourvus parce que quand les choses vont repartir, nous aurons besoin d’eux. Nos employés avaient déjà redonné à l’entreprise en nous donnant bénévolement une journée pour nous supporter. Pour nous, c’était primordial de les aider. Et le montant nécessaire pour le faire était au sommet de la liste des sorties de fonds que nous pouvions nous permettre. 

Malgré ce qui nous arrive, nous sommes quand même chanceux parce que contrairement à d’autres entreprises, nous avons des options. Nous pouvons vendre en ligne. Nous avons aussi un petit réseau de détaillants qui vendent nos produits en épicerie et que l’on peut continuer à approvisionner. On va donc faire le maximum jusqu’à Pâques et après, nous pourrons évaluer le score final. La vague d’amour que les gens de la région nous ont servie en démontrant leur intention d’encourager les entreprises locales nous permet de garder espoir.

Q Qu’est-ce qui ne sera plus jamais comme avant?

R C’est clair qu’il va y avoir des changements majeurs quand la crise sera terminée. Mais c’est un peu tôt pour évaluer comment ça va se passer. Si on recule de trois semaines, il n’y avait même pas la moitié de 1 % de nos ventes qui se faisaient en ligne. Là ça va être la grande majorité.

Q Une idée née de la crise?

R Il y a toutes sortes de façons de s’organiser à l’interne. Tous nos chocolats de 300 grammes étaient empaquetés pour être envoyés à nos kiosques, mais on ne savait pas si les boîtes contenaient des autos, des lapins, des poules... Pour vendre en ligne, on a besoin de savoir combien d’exemplaires de chaque modèle nous avons. La situation nous obligera à changer notre logistique interne, car la vente en ligne c’est clairement quelque chose que l’on veut garder et continuer à développer. Et ce qu’il y a de beau dans tout ça, c’est que celle-ci nous donnera l’opportunité d’offrir aux clients qui ont commandé du chocolat de Pâques nos futures promotions pour Noël et la Saint-Valentin.