Le groupe avant le départ en TGV de Bruxelles vers Paris, le lundi 16 mars. Alain (conjoint), Annie Loignon, Alexandre, Marie-Hélène (sœur) et Ghislain (beau-frère).

Fermeture des frontières: une course contre la montre pour des voyageurs

Le retour de voyage d’un groupe de Granbyens s’est transformé en véritable course contre la montre avant la fermeture des frontières.

Annie Loignon, son conjoint Alain, sa sœur Marie-Hélène et son beau-frère Ghislain se sont envolés pour la Belgique le lundi 9 mars, pour aller visiter leur fils Alexandre. Bière, musée et chocolat étaient à l’horaire pour dix jours et ils avaient loué une petite maison le temps de leur séjour à Bruxelles.

Au moment de quitter le Québec, 4 cas de la COVID-19 étaient confirmés dans la province, 62 l’étaient dans le pays. « On s’est dit que ça ne pouvait pas dégénérer à une vitesse exponentielle. On s’est vraiment trompés », raconte-t-elle au bout du fil.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait le lendemain que l’éclosion du virus devenait une pandémie.

Le voyage se passait bien, mais tout a changé le jeudi 12 mars. « Mon fils nous a écrit pour nous dire qu’à partir [du lendemain], tout allait être fermé : les magasins, les restaurants, les musées », raconte Annie.

Un peu comme ici, l’ordinaire a pris une pause pour laisser place à la folie du papier de toilette, des masques et des gants. « Une folie furieuse, décrit Mme Loignon. Les gens étaient vraiment nerveux. Je dirais que 50 % des gens portaient des masques et des gants en permanence, c’était assez impressionnant à voir. Les seuls qui n’en portaient pas, c’était les touristes. »

« On remercie le ciel... et Nancy ! »

Ils ont entamé les démarches pour revenir au pays le jeudi 12 mars, dès l’appel de M. Legault qui exhortait les voyageurs à rentrer au pays.

Leur agente de voyage, Nancy Vachon, a essayé de faire changer les dates de leur billet d’avion pour les rapatrier, sans succès. Ils doivent prendre le TGV de Bruxelles vers Paris avant de prendre l’avion vers le Québec.

« Dimanche, ils ont commencé à parler de fermer les frontières de la Belgique, c’est là qu’on a commencé à paniquer un peu plus », raconte Annie Loignon.

Afin de recueillir les indications nécessaires pour revenir au Canada, le groupe de voyageurs s’est dirigé, lundi dernier, à l’ambassade canadienne. Ils sont tombés sur des locaux vides, puisque, comme ici, le télétravail est devenu la norme. Ils ont joint une personne-ressource par téléphone, qui les a informés que le Canada n’avait envoyé aucune instruction particulière pour le rapatriement de ses citoyens.

« On a décidé d’aller voir à la gare pour voir si on pouvait changer notre date de départ. Le monsieur qui était là nous a dit : “il faut que vous sortiez aujourd’hui parce que la France va fermer ses frontières, c’est une question de temps, c’est à peu près certain”, relate Annie. Il était 14 h 30 et le train partait à 16 h 15. »

Entre-temps, ils devaient retourner à la maison louée — qui se trouve à une demi-heure de transport en commun — pour plier bagage et revenir à la gare.

Leur fils, Alexandre, leur a trouvé un motel près de l’aéroport Charles-de-Gaulle, mais « quand je dis motel, je veux dire plus camp de vacances », précise Annie Loignon. Le motel prévoyait fermer ses portes le lendemain et il n’y avait pas de nourriture dans l’établissement.

« On s’est battu avec la machine distributrice de chips et de chocolat pour se nourrir un peu », raconte Annie.

Leur agente de voyage les contacte finalement dans la nuit de lundi à mardi, un peu après minuit. Elle les a informés qu’un vol se rendait directement à l’aéroport de Québec le lendemain à midi, mais qu’ils devaient se rendre sur place pour vérifier s’il restait des places disponibles.

« Heureusement, il restait de la place sur le vol », déclare-t-elle. Dans les circonstances, ils n’ont heureusement pas de frais à payer pour devancer leur retour au pays.

Depuis mercredi matin, la Belgique est sous « confinement complet et si nous n’étions pas sortis, nous serions pris là, assure-t-elle. On remercie le ciel… et Nancy ! »

Retour au Québec

Ce sont des employés « gentils, mais qui avaient l’air épuisés » qui les accueillent dans un aéroport fantôme. Les passagers étaient invités à sortir par groupe de 10 de l’avion avant d’être pris en charge afin que des responsables leur transmettent les consignes pour le confinement à domicile, sans qu’ils doivent toutefois passer de tests de dépistage.

Il était 18 h 30, mardi, lorsqu’ils ont passé le seuil de la porte d’entrée et déposé leurs bagages à Granby.

Une toux « qui vient par secousse » les a gagnés dans la nuit de mardi à mercredi. « J’ai appelé au numéro du gouvernement [au 1 877 644-4545] et ils m’ont dit d’appeler au 811. J’ai été en attente pendant trois heures et demie, donc j’ai abandonné », confie Annie, qui entend bien réessayer jeudi si les symptômes persistent.

« Mon mari parlait de sortir prendre une marche plus tôt, je lui ai dit “pas question, si tu veux aller dehors, tu vas sur la galerie.” Étant donné qu’on revient de voyage, ce n’est pas un confinement volontaire, c’est obligatoire, indique Annie Loignon. Je comprends, ça va être long, mais on ne prend pas de risques pour personne. Mes parents sont dans la tranche d’âge qui doit rester à la maison, on fera pas exprès pour mettre personne en danger. »

Infirmière à l’hôpital de Granby, Annie a l’intention de contribuer, à partir de chez elle, si elle est en mesure de donner un coup de main pour désengorger le 811.