Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Ottawa, jeudi.
Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Ottawa, jeudi.

Détournement d’équipement: Ottawa discute de cet enjeu avec Washington

OTTAWA — Justin Trudeau s’est dit très préoccupé par les possibles détournements d’équipement médical destiné au Canada. Ottawa discute de cet enjeu avec Washington.

«J'ai vu avec grande préoccupation ce rapport qui soulignerait qu'il y aurait peut-être eu détournement. On est très inquiet à ce niveau-là», a admis le premier ministre à sa sortie quotidienne devant la presse, jeudi matin.

M. Trudeau a indiqué que ses ministres vérifient l'information qui circule dans quelques médias selon laquelle les Américains auraient pu mettre la main sur une cargaison de masques destinés au Québec, en provenance de Chine.

«On va faire des suivis (...) pour s'assurer que l'équipement destiné au Canada arrive au Canada», a-t-il promis.

«On est en train de travailler avec les Américains, de souligner cet enjeu spécifiquement», a-t-il ajouté.

«On comprend que les besoins aux États-Unis sont criants, mais les besoins au Canada sont criants aussi», a souligné le premier ministre.

Jeudi matin, le nombre de cas avait dépassé 217 000 aux États-Unis. Au Canada, le cap des 11 000 vient d'être franchi.

Quelques minutes plus tôt, le premier ministre se félicitait d'avoir accusé réception de plus de 10 millions de masques ces derniers jours, équipement qui est distribué aux provinces et aux territoires «aussi vite que possible».

La ministre fédérale de la Santé ajoute à ça un autre million de masques arrivés à Hamilton mercredi soir, 500 000 masques offerts en dons et 700 000 masques qui se trouvaient dans la réserve d'urgence fédérale. La ministre Patty Hajdu préfère ne pas spécifier la quantité d'équipement fournie à chaque province.

Elle a expliqué qu'Ottawa distribue le matériel selon la population de la province, et en met de côté suffisamment pour répondre aux besoins urgents d'une province qui serait frappée de manière disproportionnée.

Pour ce qui est du risque de se faire dérober en cours d'envoi l'équipement acheté outre-mer, la ministre Hajdu encourage les provinces et les territoires à participer aux achats en gros du Canada.

«Quand c'est le Canada qui achète, notre poids est plus important», a-t-elle avancé. Elle estime également Ottawa capable de faciliter la logistique, particulièrement avec la Chine, de l'envoi de ces cargaisons de plus en plus convoitées.

Les données et les scénarios

«Vous voulez faire des plans. Vous voulez vous préparer au pire. Vous voulez savoir s'il y a matière à avoir de l'espoir. Je sais. Et nous aurons plus d'information, bientôt», a offert Justin Trudeau dans son allocution matinale, jeudi.

Tout comme son homologue à Québec François Legault, M. Trudeau est confronté depuis quelques jours aux demandes répétées pour une publication des scénarios qu'il a en main. Combien de cas prévus? Combien de morts? Combien de temps encore à imposer des mesures d'isolement? Jeudi, il a donc indiqué que cette information serait bientôt disponible. Il veut d'abord s'assurer de la qualité des données fournies par les provinces, données sur lesquelles ces scénarios reposent.

En fin de journée, les premiers ministres du pays ont tenu une conférence téléphonique.

Selon une source fédérale, ils en sont arrivés à un consensus au sujet de la non-nécessité pour M. Trudeau de faire appel à la Loi sur les mesures d'urgence pour le moment.

Le premier ministre ontarien Doug Ford s'est déjà engagé à publier, dès vendredi, les scénarios qu'il a vus. «Vous avez le droit de voir ce que je vois», a-t-il dit à sa conférence de presse à Toronto, jeudi après-midi.

Certains doutent des chiffres fournis jusqu'à maintenant par la province - nombre de cas et nombre de décès - étant donné le nombre de tests passés en Ontario. Il y a eu environ 62 000 tests dans cette province alors qu'au Québec, qui compte six millions d'habitants de moins, plus de 75 000 tests ont été administrés.

Les autorités fédérales de la santé publique ont évité de commenter la qualité des données d'une province ou d'une autre. Mais elles ont répété, tout comme M. Trudeau, qu'il fallait s'assurer de l'exactitude de tous ces chiffres.

«La Colombie-Britannique, par exemple, nous avons besoin de savoir exactement ce qui est arrivé à leur stratégie d'administration de tests», a indiqué celle qui dirige l'Agence de la santé publique du Canada. Dre Theresa Tam ne sait pas encore si elle peut comparer les données des provinces.

Nombre de cas

Il y a maintenant 11 283 cas confirmés et probables au Canada, dont 138 décès.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux disponibles: 5518 au Québec, dont 36 décès; 2793 en Ontario, dont 53 décès; 1121 en Colombie-Britannique, dont 31 décès; 968 en Alberta, dont 13 décès; 206 en Saskatchewan, dont trois décès; 193 en Nouvelle-Écosse; 183 à Terre-Neuve-et-Labrador, dont un décès; 167 au Manitoba, dont un décès; 91 au Nouveau-Brunswick; 22 à l'Île-du-Prince-Édouard; six cas au Yukon; deux cas dans les Territoires du Nord-Ouest. On n'a rapporté aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s'ajoutent les 13 cas chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.

Plus de 260 000 Canadiens se sont soumis à un test pour déceler le nouveau coronavirus.

Dre Tam relève qu'environ 3,5 pour cent de ces tests ont reçu des résultats positifs, ce qui lui fait conclure qu'au pays, en général, la stratégie des autorités de santé publique ne fauche pas trop large et administre le test aux bonnes personnes.

Message du jour

«Chacun doit faire sa part. Chacun doit sacrifier sa routine pour que la vie reprenne un jour son cours», a réitéré le premier ministre Trudeau, en appelant les Canadiens à «servir» leur pays. «Votre grand-père a peut-être servi son pays en allant à l'étranger pour une guerre. Votre mère, quant à elle, s'est peut-être battue pour plus d'égalité. Maintenant, c'est à votre tour», a-t-il lancé.

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ARRESTATION D'UN REVENDEUR DE MASQUES MÉDICAUX CANADIENS À NEW YORK

Un homme de Brooklyn qui aurait vendu à des prix gonflés de l’équipement médical dont des masques médicaux provenant du Canada, a été arrêté lundi à New York.

Selon une déclaration du Département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis, le matériel saisi devrait être redistribué dans les hôpitaux de la région de New York et du New Jersey.

Baruch Feldheim, 43 ans, a été arrêté lundi par des agents spéciaux du FBI et accusé d’avoir agressé un officier fédéral et d’avoir fait de fausses déclarations aux forces de l’ordre.

Selon les documents déposés au bureau du procureur des États-Unis pour le district du New Jersey, les policiers ont saisi, lors d’une perquisition, des masques N95, des masques chirurgicaux, de l’équipement de stérilisation et des appareils de désinfection, notamment.

Toujours selon les documents déposés au bureau du procureur, «Feldheim a également reçu, le 25 mars 2020, un envoi du Canada contenant environ huit palettes de masques médicaux».

Selon le FBI, l’homme de 42 ans revendait le matériel médical dans des forums sur Internet.

Dans un cas, le 18 mars 2020, un médecin du New Jersey aurait contacté Baruch Feldheim via un groupe de discussion WhatsApp intitulé «Virus2020!». Feldheim aurait accepté de vendre au médecin environ 1 000 masques N95 et d’autres équipement pour 12 000 dollars américains, soit 700% la valeur du coût régulier pour ce matériel.

Toujours selon les documents déposés en cour, Baruch Feldheim a dirigé le médecin vers un atelier de réparation automobile à Irvington au New Jersey, pour récupérer la commande. Selon le médecin, le garage contenait suffisamment de matériaux, y compris des désinfectants pour les mains, des lingettes Clorox, des produits de nettoyage chimiques et des fournitures chirurgicales, pour équiper tout un hôpital.

Le 29 mars 2020, des agents du FBI ont été témoins de plusieurs cas au cours desquels des individus se sont approchés de la résidence de Baruch Feldheim et sont repartis avec des boîtes ou des sacs qui semblaient contenir des fournitures médicales.

À cette date, des agents du FBI se sont approchés de Feldheim à l’extérieur de sa résidence.

Après s’être identifiés comme des agents du FBI, ils lui ont dit qu’ils voulaient rester à distance de lui étant donné les inquiétudes suscitées par la propagation du coronavirus.

Lorsque les agents se trouvaient à moins d’un mètre et demi de lui, Barcuh Feldheim aurait toussé dans leur direction sans se couvrir la bouche. Les agents lui ont alors dit qu’ils recherchaient de l’équipement médical et qu’ils avaient des raisons de croire que Feldheim se trouvait en possession de ces équipements. À ce moment, Feldheim a dit aux agents du FBI qu’il avait le Coronavirus.

Il aurait ensuite fait de fausses déclarations aux agents du FBI concernant la possession et la vente de matériel.

Selon les documents déposés en cour, l’accusation d’agression est passible d’une peine maximale d’un an de prison et d’une amende de 100 000 $. L’accusation de fausses déclarations est passible d’une peine maximale de cinq ans de prison et d’une amende de 250 000 $.

Les documents déposés au bureau du procureur des États-Unis pour le district du New Jersey n’indiquent pas de quel endroit exactement au Canada, provenait une partie de l’équipement médical saisi par la police.

Jeudi, le Département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis a indiqué que l’équipement saisi par le FBI serait distribué aux hôpitaux de la région de New York.

«Le Département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis paiera au propriétaire de du matériel la juste valeur marchande des fournitures et a commencé à le distribuer pour répondre aux besoins critiques des fournitures dans les centres de santé de New York et du New Jersey», peut-on lire dans un communiqué publié jeudi sur le site du Département de la Santé américain. Stéphanie Blais, La Presse canadienne