En moins de cinq jours, Carole Bergron a non seulement fait le plein de commandes de masques lavables, mais aussi d’abonnés à sa page Facebook La Fée touche à tout.
En moins de cinq jours, Carole Bergron a non seulement fait le plein de commandes de masques lavables, mais aussi d’abonnés à sa page Facebook La Fée touche à tout.

Des masques faits maison très en vogue

Devant la pénurie de masques médicaux, plusieurs créatrices de la Montérégie se sont mises à fabriquer des masques en tissu pour la population. Sans décourager les citoyens d’en porter, le Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie rappelle toutefois que leur port ne se substitue pas aux mesures d’hygiène et de distanciation sociale décrétées par la Santé publique pour endiguer la pandémie de coronavirus.

Carole Bergeron, qui est derrière la boutique Etsy La Fée touche-à-tout, a commencé à fabriquer des masques de tissu au début du mois, «pour vous protéger du postillon pendant la saison de la grippe», est-il écrit.

En moins de cinq jours, elle a non seulement fait le plein de commandes, mais aussi d’abonnés à sa page. «Je visais peut-être 500 personnes», dit la Farnhamienne, alors que lundi matin, ils étaient plus de 5500 à suivre les activités de cette propriétaire de garderie.

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Sur sa boutique, Mme Bergeron vend aussi des serviettes hygiéniques et du papier toilette lavables, des produits plus en demande que jamais.

«Depuis le début de l’année, j’étais en retard sur mes chiffres [de vente] de l’année passée, indique-t-elle. Mais déjà, avec les masques, entre autres, non seulement j’ai fait mon mois d’avril en trois jours, mais j’ai rattrapé mon retard!»

Shany Belval, de Granby, croule aussi sous la demande. Par un drôle de hasard, celle-ci fabriquait des masques réutilisables bien avant la pandémie.

Shany Belval, de Granby, croule aussi sous la demande. «J’ai publié une photo de ma famille avec des masques et depuis ce temps-là, ça n’arrête plus!», lance la mère de famille, propriétaire de Chat ni Loup.

Par un drôle de hasard, celle-ci fabriquait des masques bien avant la pandémie. «J’avais commencé à en faire après qu’une dame que je connaissais m’en avais demandé. Elle faisait des manucures, mais était allergique aux produits, raconte-t-elle. Elle m’avait fourni un modèle de masque et je m’en étais inspirée pour fabriquer les miens.»

Ses masques lavables et ajustables, faits de coton et de polyester, entre autres, disposent de trois épaisseurs et il est possible d’y insérer un filtre. Ceux-ci ont notamment été commandés par la propriétaire de la Goutte d’or, éco-épicerie en vrac, qui en distribue également à sa clientèle.

La Césairoise Isabelle Bilodeau livre ses masques, qui disposent d’une pochette pour y insérer un filtre de type HEPA ou n95, si désiré, avec une fiche explicative où se retrouvent des consignes d’entretien pour allonger la durée de vie des masques.

La qualité d’abord

Isabelle Bilodeau, la Césairoise derrière les Confections Yzaléo, a elle aussi décidé de consacrer une partie de son temps à la fabrication de masques. «Ça m’a été demandé, indique-t-elle. J’ai créé ma page Facebook vendredi et depuis, je reçois plein de commandes, plus que ce que j’imaginais!»

Puisqu’elle a réduit au minimum le nombre d’employés de son atelier, spécialisé dans la fabrication de recouvrements pour le matériel médical adapté, et qu’elle continue de servir les nombreux centres de réadaptation qui constituent le gros de sa clientèle, la Césairoise offre ses masques en quantité limitée et privilégie les travailleurs des services essentiels dans la livraison des commandes. «Je pense d’abord aux infirmiers, aux camionneurs ou aux livreurs», dit-elle.

Mme Bilodeau livre ses masques, qui disposent d’une pochette pour y insérer un filtre de type HEPA ou N95, si désiré, avec une fiche explicative où se retrouvent des consignes d’entretien pour allonger la durée de vie des masques. Après plusieurs lavages, ceux-ci pourront perdre de leur capacité imperméable et il faudra leur appliquer certains produits pour en garantir l’efficacité à plus long terme.

«Je vois des gens qui vendent des masques fabriqués avec n’importe quoi, déplore-t-elle. Ça amène un faux sentiment de sécurité. Pour ma part, j’utilise des tissus médicaux comme du poly cotton qui sert à faire des scrubs [NDLR: des blouses médicales] pour le recouvrement extérieur. Pour l’intérieur, je compte utiliser du polypropylène hydrofuge et résistant à la moisissure. Selon mon fournisseur, j’ai réussi à mettre la main sur le dernier rouleau de 100 verges qu’il restait au Canada, parce que les Américains ont cessé d’en exporter. Si je n’avais pas reçu cette commande, j’aurais abandonné mon projet.»

Rassurant, mais pas une protection absolue

Le CIUSSS de l’Estrie affirme que les masques «faits maison» peuvent «devenir un instrument pour les personnes malades, utilisé pendant une courte période de temps, afin de protéger autrui», mais qu’en aucun cas, ils ne doivent remplacer les mesures d’hygiène usuelles, soit le lavage fréquent des mains, le fait de tousser ou d’éternuer dans le coude et d’observer une distanciation physique de deux mètres.

«Selon le directeur national de la santé publique du Québec, les masques ne constituent pas un outil de protection utile pour la population générale au Québec, même dans le contexte de l’épidémie de la COVID-19, rappelle le CIUSSS dans un courriel, lundi. L’utilisation prolongée d’un masque, si elle se substitue [...] et à une hygiène respiratoire peut même accroître les risques d’infection, surtout en l’absence d’un lavage des mains adéquat.»

Aucune des trois créatrices ne prétend que ses masques sont aussi efficaces que les masques médicaux qui sont actuellement difficiles à trouver.

Mme Bergeron estime toutefois que ses masques, qui sont faits à base de «pul polaire», un tissu imperméable qui respire, et qui sont lavables à la machine ou à l’eau savonneuse, auront pour effet de rassurer certaines personnes en aidant à la distanciation sociale.

«Quand on voit quelqu’un qui porte un masque, on a tendance à s’en éloigner, rappelle-t-elle. Alors d’en porter un, ça peut me protéger davantage, comme ça peut aussi protéger les gens autour qui gardent leurs distances. Mais l’idéal, évidemment, c’est de ne pas sortir de chez soi si on n’en a pas besoin.»