Le premier ministre François Legault, accompagné de la ministre de la Santé Danielle McCann et du directeur national de la santé publique Horacio Arruda, en conférence de presse à Québec, mercredi
Le premier ministre François Legault, accompagné de la ministre de la Santé Danielle McCann et du directeur national de la santé publique Horacio Arruda, en conférence de presse à Québec, mercredi

Des fonctionnaires dans les CHSLD cet été? [VIDÉO]

Le gouvernement Legault veut former 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires cet été pour remettre les CHSLD à flot. Mais d’ici la fin de ce cours accéléré, prévue le 15 septembre, des fonctionnaires pourraient aller combler le manque de personnel toujours criant.

C’est ce qu’a révélé le premier ministre, mercredi, à la toute fin de son point de presse de 13h.

«On essaie de trouver d’autres solutions temporaires. On pourrait demander aux employés de la fonction publique d’aller travailler dans les CHSLD pour quelques mois. Mais vraiment, ce que j’aimerais, c’est de régler ça une fois pour toutes et d’avoir ces 10 000 personnes formées à temps plein», a expliqué François Legault, à propos de ce qu’il qualifie lui-même d’«énorme défi».

Un arrêté ministériel émis au début de la pandémie permet au gouvernement de redéployer un employé «dans une autre fonction ou dans un autre lieu, selon les besoins, même si le niveau d’emploi applicable à celle-ci n’est pas respecté». Dans la foulée, un appel au volontariat avait été lancé aux fonctionnaires le 20 avril.

Apprendre un métier pour 760 $ par semaine

M. Legault annonçait mercredi le programme de formation éclair payée de trois mois que son gouvernement offrira à la population.

Québec solidaire avait fait une telle proposition le 14 avril, avançant qu’une dizaine de jours de cours pourraient suffire.

«On va lancer une grosse campagne pour convaincre 10 000 personnes de s’inscrire à une formation pour devenir préposé aux bénéficiaires», a détaillé le premier ministre Legault.

«Ça va se donner dans plusieurs dizaines de centres de formation professionnelle, en partie aussi sur le terrain. On vise à recruter 10 000 personnes qui accepteraient de venir suivre une formation qui va durer de la mi-juin à la mi-septembre.

«Les personnes qui vont s’engager vont être payées pendant la formation comme des aides de services. Ça, c’est un salaire de 21 $ de l’heure, 760 $ par semaine. Et, s’ils réussissent leurs cours, après trois mois, ils vont gagner le nouveau salaire qu’on donne, qui commence à 26 $ de l’heure, donc 940 $ par semaine, 49 000 $ par année. Donc, je pense, c’est une offre qui est intéressante», a souligné M. Legault.


« On essaie de trouver d’autres solutions temporaires. On pourrait demander aux employés de la fonction publique d’aller travailler dans les CHSLD pour quelques mois. Mais vraiment, ce que j’aimerais, c’est de régler ça une fois pour toutes et d’avoir ces 10 000 personnes formées à temps plein »
Le premier ministre François Legault

Environ 20 000 travailleurs manquent au système de santé. Les 9700 personnes toujours absentes parce qu’elles ont été atteintes par la COVID-19 ou parce qu’elles en ont peur. Mais aussi les 10 000 autres qui manquaient déjà avant la pandémie, en temps normal.

Sans compter les médecins, le réseau de la santé québécois emploie autour de 280 000 personnes.

Espérer la 2e vague pas avant la mi-septembre

La deuxième tranche de 10 000 a été remplacée de façon temporaire par les personnes recrutées sur le site JeContribue et les 1000 soldats de l’armée canadienne que M. Legault souhaite garder dans les CHSLD jusqu’à la mi-septembre.

«On espère que la deuxième vague [de contagion], s’il y en a une, n’arrivera pas avant le 15 septembre. Entre-temps, j’espère que les gens de JeContribue puis les militaires vont rester là. Et on espère aussi que les 9700 employés qui sont absents reviennent le plus rapidement possible au travail. C’est là-dessus qu’on table pour la deuxième vague», a reconnu le premier ministre québécois.

Selon lui, certaines personnes recrutées ce printemps par le biais de JeContribue, mais pas formées, iront suivre la formation express de préposé aux bénéficiaires.

«On était inquiet un peu que ces gens-là quittent trop vite, parce qu’il y en a qui avaient un autre emploi. Il y en a qui ont perdu leur autre emploi, mais ça va faire partie des personnes à qui on va offrir de dire : on va vous payer pendant votre formation pendant trois mois. On est en train de regarder quel pourcentage va être fait dans les centres de formation professionnelle et quelle partie va être faite dans les CHSLD. Mais effectivement, c’est un énorme défi», reconnaît-il.

Changer le nom de la profession!

Une grosse campagne de promotion s’en vient. On pense même à changer le nom de la profession!

«Peut-être aussi changer le nom, “préposé aux bénéficiaires”. On n’aime pas ça, “bénéficiaires”. Qui s’occupe des vraies personnes, des vrais résidents», a indiqué M. Legault. Avec l’approbation de la ministre de la Santé et des Services, Danielle McCann, toujours à ses côtés pour le traditionnel point de presse du jour avec le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

«Notre défi aussi, c’est d’améliorer l’image des CHSLD. Avec les 10 000 personnes de plus, le travail va être plus agréable. Puis on reconnaît qu’il y a des CHSLD qui sont vétustes, qui doivent être embellis, remplacés par des maisons des aînés dans certains cas, rénovés de façon importante dans d’autres cas. Donc, c’est ça, le défi qu’on a, de recruter dans un contexte qui n’est pas facile», résume M. Legault.

«Gênant pour toute la société québécoise»

Les militaires qui prêtent main-forte dans 25 CHSLD de la région de Montréal ont déposé un rapport rendu public mercredi. Le manque de personnel y est souligné à grands traits.

À savoir s’il est gênant pour un gouvernement qui se dit nationaliste de faire appel à l’armée canadienne, le premier ministre Legault se montre plus retenu.

«Ce n’est pas facile, trouver 10 000 personnes disciplinées qui acceptent sur-le-champ de venir travailler dans un contexte pas facile. C’est pour ça que je suis content que, sur les 10 000, il y en ait 1000 qui soient des militaires. [Mais] c’est gênant pour toute la société québécoise qu’on en soit rendu là, d’avoir besoin de 10 000 personnes.»

89 nouveaux décès

Le bilan du jour fait état de 89 nouveaux décès déclarés liés à la COVID-19 au Québec. Journée la plus meurtrière depuis le 14 mai, soit près de deux semaines.

Sur les 4228 Québécois ayant succombé au coronavirus jusqu’ici, 2700 habitaient (64 %) vivaient en CHSLD.

La région de Québec a atteint mercredi la centaine de morts, avec 101. La Capitale-Nationale devient la septième région à compter plus de 100 décès, après Montréal (2624), Laval (572), la Montérégie (364), la Mauricie-et-Centre-du-Québec (180), Lanaudière (174) et les Laurentides (126).

Le Québec s’approche des 50 000 cas confirmés, avec 49 139 au compteur, et Montréal des 25 000 cas, avec 24 611.

Avec 1378 patients, le nombre d’hospitalisations s’avère en baisse pour une huitième journée consécutive, mais trois personnes de plus étaient traitées aux soins intensifs, soit 184.