La majorité des petits et grands commerces, coiffeurs, salons de beauté, bars et restaurants ont été autorisés à rouvrir à travers le pays.
La majorité des petits et grands commerces, coiffeurs, salons de beauté, bars et restaurants ont été autorisés à rouvrir à travers le pays.

Déconfinement en Italie: la basilique Saint-Pierre rouvre, l'expresso de retour en terrasse

Hervé Bar
Agence France-Presse
ROME — La basilique Saint-Pierre de Rome a rouvert lundi ses portes au public, symbole du retour à une relative normalité en Italie où le déconfinement s’accélère, avec reprise des messes et réouverture timide des commerces, cafés et terrasses.

En présence de nombreux policiers portant masque et gants chirurgicaux, une poignée de visiteurs a visité la basilique, cœur du Vatican et qui était fermée depuis le 10 mars.

Sous l’immense coupole aux marbres sculptés et polychromes, les fidèles se comptaient sur les doigts de la main, quelques-uns recueillis en prière à genoux devant le tombeau du défunt pape Jean Paul II, ou admirant la Pietà de Michel-Ange.

Autre symbole, quelques-unes des célèbres gondoles ont fait également leur réapparition à Venise, se contentant d’embarquer, faute de touristes, de rares habitants pour traverser le grand canal de la Cité des Doges.

Le musée Ferrari à Maranello, siège historique de la célèbre marque automobile, a lui aussi rouvert ses portes lundi.

«Remise en route»

Premier pays à avoir confiné il y a plus de deux mois l’ensemble de sa population pour juguler la pandémie du nouveau coronavirus, la péninsule reste traumatisée, avec une économie à genoux et le décès d’environ 32 000 personnes.

Le pays goûtait depuis le 4 mai un peu de liberté retrouvée, à la faveur d’une première levée partielle de restrictions.

Lundi, la circulation automobile a repris presque normalement dans les grandes avenues du centre de Rome, où la plupart des passants déambulaient avec l’inévitable masque chirurgical sur le nez.

La majorité des petits et grands commerces, coiffeurs, salons de beauté, bars et restaurants ont été autorisés à rouvrir à travers le pays. «L’Italie rallume les lumières, après 69 jours de fermeture», a résumé le quotidien La Repubblica.

«Signe d’espoir» pour le pape François, messes et célébrations religieuses ont repris partout dans le pays, avec les mesures de distanciation sociale adéquates.

Quelques fidèles ont ainsi assisté à une célébration matinale dans l’église Santa Maria in Transpontina, proche du Vatican, avec séparation obligatoire dans les travées et communion «sans contact».

Une messe a eu lieu au célèbre Duomo, la majestueuse cathédrale de Milan, capitale de Lombardie, région frappée de plein fouet par la maladie COVID-19.

«Le pays se remet en route», a commenté le premier ministre Giuseppe Conte, dans une lettre publiée lundi par la presse locale, alors que l’épidémie semble aujourd’hui maîtrisée dans la péninsule.

«Après le premier démarrage du 4 mai, des millions d’Italiens vont reprendre le travail aujourd’hui», s’est-il félicité, tout en prévenant que les prochains «mois seront très durs et complexes».

Près de 800 000 commerces sont théoriquement concernés par la reprise d’activité, selon la confédération patronale Confcommercio.

À Rome, quelques devantures de pizzerias, pâtisseries et autres commerces de bouche ont ouvert au cours de la journée, tables et parasols ont fait leur réapparition sur les terrasses, mais la reprise semble limitée.

«Nous ne pouvons PAS rouvrir»

«C’est encore un peu tôt», veut croire Elena, venue déguster son expresso matinal près de la place Campo dei Fiori. Franco, un autre amateur de café, attablé à une terrasse de la célèbre Piazza Navona, y voit un lent retour à la «normalité».

«Je célèbre la fin du confinement avec un nouveau pantalon et un bikini, en attendant les vacances à la plage...» s’amuse la cliente d’un magasin de vêtements féminins.

«On ouvre pour voir. Si les clients ne sont pas au rendez-vous, alors cette fois on fermera pour de bon», explique, résigné, le propriétaire d’un restaurant sur les rives du Tibre, pestant contre l’absence de soutien financier de l’État et les mesures imposées pour distancer ses clients: «tout cela n’a aucun sens...»

Des affiches de protestation étaient affichées sur de nombreuses vitrines : «sans aide du gouvernement, nous ne pouvons PAS rouvrir».

Les mêmes scènes se déroulaient dans d’autres grandes villes. À Milan, une grosse moitié des boutiques du quadrilatère de la mode ont rouvert leurs portes, mais sans grande affluence, tandis que les piétons ont partiellement réinvesti le parvis du Duomo.

Cette nouvelle étape du déconfinement, un cadre général fixé par le gouvernement, laisse à chacune des 20 régions une large marge de manoeuvre, alimentant parfois la «confusion» selon certaines voix critiques.

La prochaine étape est prévue le 25 mai, avec la réouverture des gymnases, des piscines et centres sportifs. Le 3 juin, le pays rouvrira ses frontières aux touristes européens, ceci afin de relancer au plus vite le secteur clé du tourisme.

Il sera également possible pour les Italiens de voyager librement dans tout le pays. En attendant la réouverture le 15 juin des théâtres et cinémas.

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D’AUTRES RÉGIONS D’ESPAGNE ENTAMENT À LEUR TOUR LE DÉCONFINEMENT

De nouvelles zones du pays comme la province de Malaga dans le Sud de l'Espagne, est entrée à son tour lundi matin dans cette phase de déconfinement.

De nouvelles régions d’Espagne, pays parmi les plus touchés par la pandémie de COVID-19, ont entamé à leur tour lundi leur déconfinement, désormais une réalité pour 70 % des Espagnols, mais dont Madrid et Barcelone restent pour le moment exclues.

La semaine dernière, la moitié du pays était entré dans la première phase du déconfinement, qui prévoit l’ouverture des petits commerces, des terrasses des bars et restaurants et la possibilité de se réunir en famille ou entre amis à dix personnes maximum.

De nouvelles zones du pays comme les provinces de Grenade et Malaga dans le Sud, celle de Tolède dans le centre ou Valence dans l’Est sont entrées à leur tour lundi matin dans cette phase.

Au total, 70 % des Espagnols ont donc entamé le déconfinement progressif en trois phases, qui doit s’étaler jusqu’à la fin du mois de juin.

Mais la région de Madrid, une grande partie de la région voisine de Castille-et-Léon et l’agglomération de Barcelone n’ont pas encore été autorisées à commencer leur déconfinement.

Afin de limiter l’impact économique de ce maintien en «phase 0», le gouvernement en a toutefois assoupli les conditions, en autorisant dans ces régions l’ouverture des petits commerces, jusqu’ici accessibles uniquement sur rendez-vous.

À Madrid, l’exécutif de droite de la région ne décolère pas contre la décision du gouvernement central de maintenir le confinement de la capitale, où des manifestations, rassemblant des centaines de personnes, ont eu lieu cette fin de semaine dans plusieurs quartiers pour exiger la démission du premier ministre socialiste Pedro Sanchez.

Le mouvement, lancé sur les réseaux sociaux et très marqué à droite, a essaimé dans d’autres villes du pays.

«La région de Madrid est prête pour changer de phase» et commencer son déconfinement, «nous ne comprenons pas la décision» du gouvernement, a répété lundi le responsable régional de la Santé, Enrique Ruiz Escudero.

Le gouvernement estime que Madrid, la région la plus touchée d’Espagne par la pandémie, n’a pas encore renforcé suffisamment ses moyens pour faire face à une éventuelle deuxième vague de l’épidémie.

À Barcelone, des habitants comprenaient en revanche la nécessité de sortir très progressivement de l’un des confinements les plus stricts au monde.

«Pour moi, il est cohérent d’avancer petit à petit, il faut être prudent, nous devons être patients», a déclaré à l’AFP Manuel Moreno, salarié d’une maison de retraite âgé de 40 ans.

«Je comprends que l’économie doit repartir mais si les gens avaient vu ce que nous avons traversé, nous les personnels soignants, ils ne seraient pas aussi égoïstes, car cela a vraiment été une tragédie», a-t-il ajouté.

«Tout a une solution [dans la vie] sauf la mort», a abondé Maria Dolores Garcia, retraitée de 72 ans, «et il vaut mieux donc attendre un peu qu’aller trop vite».

L’Espagne est l’un des pays du monde les plus touchés par la pandémie de COVID-19, qui y a fait plus de 27 000 morts. Dimanche, le nombre de morts quotidiens dus au nouveau coronavirus a baissé à 87, passant sous la barre des 100 pour la première fois depuis deux mois.  AFP