Avant la crise de la COVID-19, Réjean Savard venait visiter sa fille tous les jours, jusqu’à 20 heures par semaine.
Avant la crise de la COVID-19, Réjean Savard venait visiter sa fille tous les jours, jusqu’à 20 heures par semaine.

Cri du coeur d’un proche aidant: «Elle m’appelle en pleurant!»

Atteinte d’une maladie dégénérative, Christina, 39 ans, est hébergée au CHSLD Saint-Augustin. Depuis le début de la crise sanitaire, elle ne peut plus voir son père, qui a toujours passé plusieurs heures par semaine avec elle pour lui tenir compagnie, la faire manger et lui prodiguer ses soins d’hygiène. «Encore ce matin, elle m’a appelée en pleurant», se désole Réjean Savard, qui attend depuis le 16 avril que le CIUSSS de la Capitale-Nationale donne suite à la directive du gouvernement Legault de laisser entrer les plus proches aidants dans les milieux d’hébergement.

Christina Savard souffre d’une maladie héréditaire récessive, la neuropathie sensitivomotrice héréditaire, qu’on retrouve surtout chez les personnes originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de Charlevoix et de la Côte-Nord. Sa sœur, qui est décédée il y a trois ans, en était aussi atteinte. 

À 39 ans (mais avec l’âge mental d’une jeune adolescente, selon son père), Christina vit donc en CHSLD, où elle peut recevoir tous les soins que requiert son état, dont des traitements pour retirer les sécrétions qui s’accumuleraient sinon sur ses poumons. 

Avant la crise de la COVID-19, Réjean Savard venait visiter sa fille tous les jours, jusqu’à 20 heures par semaine. Il lui faisait manger ses purées, lui donnait sa médication, lavait son visage, brossait ses cheveux et ses dents, lui passait la soie dentaire... Et, surtout, il apportait à Christina tout le soutien émotionnel dont elle a besoin. 


« Elle m’appelle en pleurant. Elle dit qu’elle s’ennuie, qu’elle est tannée, qu’elle a hâte que ça finisse »
Réjean Savard, qui ne cache pas avoir «le coeur brisé»

Depuis le 16 avril, il est possible pour des proches aidants, selon certaines conditions, de venir prodiguer des soins d’assistance de base à une personne hébergée. 

Réjean Savard répond à tous les critères: il effectuait déjà des visites régulières pour prodiguer des soins d’hygiène de base à sa fille, il était connu du CHSLD avant la COVID-19, et il est tout à fait prêt à suivre une formation préalable sur la prévention et le contrôle des infections. 

«Je suis habitué, mes deux filles ont été malades toute leur vie. Je suis souvent allé dans les hôpitaux avec elles parce qu’elles faisaient des pneumonies», souligne M. Savard, conscient que sa fille Christina, qui a subi une trachéotomie, ne passerait pas à travers la COVID-19 si elle la contractait. Heureusement, aucun cas n’aurait été rapporté au CHSLD Saint-Augustin, glisse-t-il. 

Mais voilà, le père de Christina attend toujours des nouvelles du CIUSSS de la Capitale-Nationale. «Le premier ministre a dit qu’on pouvait y aller, mais là, il ne se passe rien! On appelle au centre d’hébergement et il ne se passe rien! C’est comme si le message ne se rendait pas», déplore Réjean Savard.  

«On dit qu’on manque de bras [dans les CHSLD], on fait venir l’armée et tout. Moi, j’en ai des bras, et j’ai ma carte de bénévole là-bas [au CHSLD Saint-Augustin]. Ce que je vais donner comme soins à ma fille, ils n’auront pas besoin de les donner!» fait valoir l’homme de 68 ans, qui est «prêt à prendre toutes les précautions qu’on va me demander de prendre».

Lors de leur point de presse quotidien, le 14 avril, François Legault et le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, avaient annoncé que dès le 16 avril, certains proches aidants allaient pouvoir revenir dans les CHSLD pour s’occuper des résidents.

«On pense que, compte tenu du manque de personnel dans les CHSLD, ça vaut la peine de demander à certains proches aidants de venir nous donner un coup de main», avait dit le premier ministre.

Le Soleil a tenté jeudi d’obtenir les explications du CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui nous a répondu ceci: «Les visites proches aidants sont débutées depuis cette semaine. Les rencontres d’information auprès de ceux et celles qui souhaitent agir à titre de proches aidants sont en cours et les calendriers de visite sont élaborés, en vertu d’une procédure claire visant à harmoniser le processus. Il importe toutefois de mentionner qu’aucune visite de proche aidant n’est permise s’il y a un cas suspecté ou confirmé chez l’usager ou le proche aidant.»