Le directeur national de la Santé publique Horacio Arruda, le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé en conférence de presse à Québec, mardi 
Le directeur national de la Santé publique Horacio Arruda, le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé en conférence de presse à Québec, mardi 

COVID-19: Legault n’a aucune projection récente [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Les partis d’opposition réclament la publication des scénarios d’épidémiologie de la COVID-19 projetés pour les prochains mois, afin que «les Québécois sachent ce qui les attend». Mais François Legault reconnaît ne pas en détenir de plus récents que ceux déjà rendus publics en juin.

«Moi aussi je l’ai demandé. Je n’ai pas d’autres projections que celles qu’on a publiées au mois de juin», a affirmé le premier ministre du Québec, mercredi matin, en mêlée de presse avant d’aller au Salon bleu pour la période de questions.

«Moi aussi, je demande à la Santé publique de mettre ça à jour. Mais pour l’instant, ils n’ont pas assez d’information pour bien comprendre où on s’en va, compte tenu du fait qu’il y a une grosse augmentation des cas, mais pas d’augmentation des hospitalisations et des décès», a indiqué M. Legault, au lendemain d’une conférence de presse officielle où il s’était montré «très inquiet» de la situation actuelle liée à la transmission de coronavirus.

«Ce que je comprends, quand on regarde le nombre d’hospitalisations et le nombre de décès, c’est pas mal en ligne avec la prévision du mois de juin. Par contre, il y a vraiment beaucoup plus de nouveaux cas que ce qu’on avait prévu au mois de juin. Et c’est la même chose dans les autres provinces.

«Là, ce qu’on se demande, c’est comment se fait-il qu’il y a une augmentation plus grande des cas, mais pas d’augmentation des hospitalisations et des décès. Une grosse partie de l’explication, c’est probablement que beaucoup de cas sont chez les jeunes. Est-ce qu’il y a d’autres explications? Est-ce que le virus est moins puissant ? Pour l’instant, la santé publique n’a pas ces réponses-là», a révélé M. Legault.

Plus de clarté, plus d’actions

Une heure plus tôt, un étage plus bas dans le parlement, Parti québécois, Parti libéral et Québec solidaire demandaient tour à tour au gouvernement de joindre les actes à ses paroles pessimistes de la veille.

«Le premier ministre est extrêmement alarmiste et il doit absolument, par souci de transparence, nous informer de ce qui s’en vient», dit la libérale Marie Montpetit, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et qui menait la charge en l’absence de sa cheffe, Dominique Anglade, isolée en attente de son résultat de dépistage à la COVID.

Mme Anglade a justement reçu son résultat, négatif, mercredi, et sera de retour à l’Assemblée nationale jeudi.

«Les Québécois ont fait d’énormes sacrifices depuis le printemps. On comprend que le gouvernement va leur demander de faire de nouveaux sacrifices, et il a un devoir de transparence pour qu’on comprenne bien où l’on s’en va», a ajouté Mme Montpetit, qui suggère par ailleurs de resserrer la vis aux bars comme vient de le faire la Colombie-Britannique, où l’heure de fermeture est avancée à 23 h.

Au PQ, Pascal Bérubé demande des explications sur le code d’alerte régional composé par quatre paliers de couleurs verte, jaune, orange et rouge.

«J’ai l’impression que les codes de couleur démontrent davantage l’inquiétude du gouvernement qu’une gradation des mesures. Moi [dans ma circonscription], au Bas-Saint-Laurent, on est devenus jaunes, mais je ne sais pas ce que ça dire! Puis si on devient orange, je ne sais pas ce que ça veut dire non plus. Donc, c’est plus un indicateur de l’inquiétude gouvernementale que de mesures contraignantes à venir», estime celui qui occupe le poste de chef intérimaire jusqu’à l’élection d’un nouveau chef au PQ, le 9 octobre.

Difficile d’entrer dans les maisons

Sans s’attarder sur des documents publiés par un citoyen détaillant avec précision chaque palier du code d’alerte qu’il qualifie de simples «documents de travail», le premier ministre Legault a indiqué que le passage d’une ou plusieurs régions dans la zone d’alerte modérée ou orange au cours des prochains jours n’est pas confirmé.

«Pas nécessairement. Quand je regarde les données aujourd’hui [mercredi], non. Bon, évidemment, qu’est-ce que ça sera demain, après-demain... Mais pas nécessairement», a-t-il commenté.

M. Legault a encore tapé sur le clou des rassemblements privés, «dans les maisons». Expression répétée 12 fois en 10 minutes par le premier ministre.

«Le principal problème, la propagation des cas au Québec, ça se passe surtout dans les maisons. Donc, oui, il y en a un peu dans les bars, peut-être qu’il y en a dans les manifestations, mais le principal problème, c’est dans les maisons. Mais pour ce qui est des bars puis des manifestations, à ce moment-ci, je n’exclus rien. On ne prévoit rien à court terme, mais on n’exclut rien, là, dépendamment de l’évolution de la situation», a expliqué M. Legault.

«Au Québec, pour pouvoir entrer dans une maison, ça prend un mandat. Donc, ce n’est pas simple, mais on n’exclut rien à ce moment-ci. Il y a des discussions entre la Sécurité publique et le DPCP [Directeur des poursuites criminelles et pénales] pour voir comment éventuellement on pourrait travailler. Mais c’est certain que ce n’est pas simple d’intervenir dans les maisons. Puis il y a beaucoup de maisons au Québec.»

M. Legault n’est pas chaud non plus à demander davantage d’interventions policières dans les manifestations anti-masque, craignant de «faire des martyrs, entre guillemets, de ces personnes-là».

«Ce serait un désastre», dit Fitzgibbon

De son côté, le ministre de l’Économie et de l’Innovation a affirmé qu’«un deuxième confinement, sur le plan économique, ce serait un désastre».

«C’est la Santé publique qui décide et ce n’est pas l’économie qui va dicter s’il y a un autre confinement ou non, mais ce serait catastrophique», a dit Pierre Fitzgibbon.

Entre-temps, «il ne faut pas qu’il y ait d’hémorragie» de fermeture d’entreprises, poursuit le ministre Fitzgibbon. Son ministère travaille sur un nouveau programme de survie des petites entreprises de moins de cinq employés, surtout pour les aider à payer leur loyer.