COVID-19: la détresse psychologique chez les femmes enceintes en hausse, selon des chercheurs de l’UQTR

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Plusieurs études ont été menées au cours des derniers mois afin de documenter les symptômes dépressifs vécus en temps de pandémie par les personnes âgées et les enfants. Mais qu’en est-il pour les femmes enceintes? Des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) se sont penchés sur la question et sont unanimes: la détresse psychologique chez les femmes enceintes est en hausse depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont comparé deux cohortes de femmes enceintes. La première était composée de 500 femmes qui faisaient déjà l’objet d’un suivi dans le cadre d’une autre étude. En réaction à la situation, les chercheurs ont par la suite évalué une seconde cohorte pendant la pandémie en utilisant les mêmes mesures, ce qui leur a permis de constater les impacts de la crise sanitaire sur ces dernières.

Au cours des derniers mois, Nicolas Berthelot, professeur au Département des sciences infirmières de l’UQTR, sa collègue Roxanne Lemieux et quelques étudiants chercheurs ont ainsi sondé plus de 1300 femmes afin de compléter leur étude publiée en mai dernier.

«Avant la pandémie, on suivait déjà une cohorte de femmes enceintes de la région dans le cadre d’un autre projet de recherche. Mais avec l’arrivée de la pandémie, on a vite réalisé que plusieurs des indicateurs qu’on mesurait dans le cadre de cette recherche qui touche la santé mentale allaient être grandement affectés par les circonstances, donc on a décidé de recruter un autre échantillon via les réseaux sociaux, cette fois-ci de femmes enceintes de l’ensemble de la province. Assez rapidement, on a été en mesure de documenter qu’en effet, on observait comme on pensait une assez bonne augmentation des symptômes de détresse psychologique chez les femmes enceintes pendant la pandémie», souligne Nicolas Berthelot.

Il s’agissait alors de la première étude du genre tant au niveau international que national à démontrer l’augmentation de la détresse psychologique chez les femmes enceintes lors d’une situation de crise.

«Comme on a publié nos résultats très rapidement, en mai dernier, on était les premiers à recenser ces symptômes. D’ailleurs, quand on mesuré l’intensité des symptômes, on a remarqué qu’il y avait des différences statistiquement significatives en contexte de pandémie. Et si on regarde les seuils cliniques, avant la pandémie, environ 6 % des femmes enceintes rapportaient de l’anxiété ou des symptômes dépressifs assez importants pour qu’on pense à un diagnostic de santé mentale et là, on est à 11 %, donc c’est près du double. Cette étude nous a aussi permis de mesurer plusieurs autres indicateurs pour savoir si les femmes sondées avaient déjà eu des problèmes de santé mentale antérieurs ou d’autres événements du genre. Nos résultats démontrent entre autres que ce phénomène ne se limite pas aux groupes de femmes les plus vulnérables, mais affecte également les futures mères qui présentaient peu de facteurs de risque.»

L’étude menée par le professeur au Département des sciences infirmières de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Nicolas Berthelot a révélé une hausse importante de l’anxiété et des symptômes dépressifs chez les femmes enceintes pendant la pandémie.

Parmi les différents symptômes recensés dans le cadre de cette étude, on retrouve des troubles anxieux et dépressifs vécus par les femmes enceintes qui se reflètent notamment par des sentiments d’inquiétude plus prononcés qu’à l’habitude, par de l’agitation, ainsi que par une plus grande propension aux émotions négatives.

Des effets pour le développement de l’enfant?

L’étude menée par le professeur Nicolas Berthelot et sa collègue Roxanne Lemieux a permis de déterminer certes une hausse importante de l’anxiété et des symptômes dépressifs chez les femmes enceintes, mais quelles en sont les conséquences pour la mère et pour l’enfant? À cette question, M.Berthelot estime qu’elles peuvent être nombreuses.

«Il y a malheureusement des conséquences à cette situation. C’est pour cette raison qu’on s’est dépêché à sortir les résultats, car on sait avec des recherches antérieures que le stress pendant la grossesse peut avoir une incidence négative sur le développement du bébé, que ce soit au niveau du cerveau, de son développement cognitif ou de son développement général. Mais le stress peut aussi avoir un impact éventuellement sur le fonctionnement de la mère qui est plus susceptible de faire une dépression post-partum par exemple. Ce n’est donc pas tellement surprenant de démontrer qu’il y a une augmentation de la détresse psychologique de la population pendant cette période-là, mais si on ne fait rien, c’est une génération d’enfants qui sera compromise par le stress», précise Nicolas Berthelot.

Afin d’aider les futures mamans à passer plus sereinement à travers cette période difficile, le professeur propose une série de stratégies pour retrouver l’équilibre et diminuer la détresse.

«Il y a des solutions à plusieurs niveaux. Tout d’abord, la première chose que les femmes enceintes elles-mêmes peuvent faire, c’est de ne pas dramatiser la situation et se sentir coupable, car c’est tout à fait normal d’avoir un stress dans le contexte. Mais il y a aussi différentes stratégies comme se changer les idées et prendre des mesures qu’on peut contrôler. Sinon, à un autre niveau, celui de l’organisation des services, c’est de reprendre le fonctionnement normal des services prénataux le plus rapidement possible. Finalement, en terme d’intervention clinique, il faut rapidement développer des mesures de soutien pour leur permettre de mieux gérer ce stress-là.»

D’ailleurs, au terme de ce projet de recherche, les chercheurs ont mis en place un programme d’accompagnement prénatal de groupe qui sera offert en ligne dès le mois d’octobre aux femmes enceintes de la province.

Des symptômes moindres, mais toujours présents

On pourrait penser qu’en raison du déconfinement des derniers mois, les femmes enceintes sont moins enclines à développer ce genre de symptômes. C’est toutefois loin d’être le cas, estime Nicolas Berthelot.

«L’assouplissement des mesures sanitaires semble avoir eu un effet sur les femmes enceintes qu’on a contactées de nouveau dernièrement. Mais on observe qu’une certaine diminution seulement. Ce n’est donc pas une normalisation, car elles demeurent quand même plus en détresse que les femmes enceintes avant la pandémie. Donc même si la situation s’améliore, la pandémie a encore un impact important sur les femmes enceintes actuellement», conclut-il.