La directrice générale de la Société Alzheimer de l’Outaouais, Annie Villeneuve estimen que les impacts de la COVID-19 se feront ressentir à long terme chez les organismes philanthropiques de la région.
La directrice générale de la Société Alzheimer de l’Outaouais, Annie Villeneuve estimen que les impacts de la COVID-19 se feront ressentir à long terme chez les organismes philanthropiques de la région.

COVID-19: des impacts à long terme pour les organismes philanthropiques en Outaouais

Certains parlent d’énormes pertes financières, d’autres évoquent des inquiétudes ou de l’incertitude, alors que quelques-uns y voient l’occasion idéale de renouveler et moderniser leurs façons de faire en philanthropie. Chose certaine, les impacts de la COVID-19 se feront sentir sur les organismes de bienfaisance de la région, à court, moyen et même long terme.

Leucan Outaouais soutient que la crise lui fera perdre 40 % de ses revenus anticipés pour la prochaine année dans la région, l’organisme venant en aide aux enfants atteints de cancer et à leurs familles ayant entre autres dû faire une croix le mois dernier sur le Défi des chefs, une compétition culinaire amicale qui a permis d’amasser plus de 105 000 $ en 2019. On a d’abord songé à le déplacer à l’automne, mais par prudence et se disant que « même si les mesures de confinement sont levées, les gens seront peut-être sous le choc », l’organisation a remis l’événement à l’an prochain.

Quant au Défi têtes rasées, on a annoncé dès le début de la crise qu’il aura lieu sous forme virtuelle ce printemps.

« C’est très dramatique. On vient de perdre 40 % de nos revenus, sauf que le cancer n’est pas quarantaine, on doit continuer à soutenir nos familles et les préoccupations sont grandes. Depuis un an et demi, il y a une hausse des cas de cancer chez nos jeunes, il y a eu 13 cas en un an en Outaouais, c’est du jamais vu. J’ai par contre somme toute confiance en l’après, car la cause est noble. J’ai énormément confiance en la région lorsque la machine va redémarrer, on ose espérer que les gens vont être au rendez-vous. Par exemple, c’est crève-cœur d’annuler une activité comme le Défi des chefs, sauf que les partenaires ont décidé de revenir sans hésitation », affirme le directeur provincial de Leucan pour l’Outaouais et le Saguenay Lac-Saint-Jean, Jacques Tremblay.

À la Société Alzheimer de l’Outaouais québécois, pour qui la philanthropie représente 25 % des revenus annuels, on a eu d’autres choix que de reporter de cinq mois l’événement Soirée Découvertes bières et table gourmande (12 septembre). Mais rien n’est encore coulé dans le béton, étant donné que les grands rassemblements ont été interdits jusqu’à la fin août.

« Il y a beaucoup d’inconnu, on ne peut que souhaiter que ça se replace. Les événements organisés par des tiers ont aussi été reportés pour l’instant. Pour les dons, il y en a encore qui entrent, mais la baisse est assez dramatique, si ce n’est que des dons in memoriam, car il n’y a même pas de célébrations de fin de vie », de dire la directrice générale, Annie Villeneuve.

Cette dernière soutient que les conséquences sur les familles et les proches aidants sont tout aussi importantes.

« On adapte nos services aux besoins actuels, il faut être novateur. On a changé nos façons d’opérer et on apporte du soutien aux familles virtuellement, par le biais des réseaux sociaux ou par téléphone. Et alors que les besoins pour l’Alzheimer et les maladies apparentées sont grandissants, les gens ne peuvent plus venir dans les centres de jour ou de répit. Les risques d’épuisement sont très grands chez les proches aidants en ce moment », indique-t-elle.

La COVID-19 amène aussi son lot de conséquences pour la Société canadienne de la sclérose en plaques, estime le directeur de la section Outaouais, Jean-François Gauthier, qui affirme qu’il y aura assurément une diminution des revenus cette année.

« On va perdre énormément. Le loyer pour nos locaux, on le paie encore et pendant ce temps, on doit continuer à aider les gens. Ils ne doivent pas se sentir abandonnés », lance-t-il.

Qu’à cela ne tienne, l’organisme a décidé de se relever les manches et de s’ajuster en conséquence de la crise en transformant sa Marche de l’espoir (24 mai), son événement le plus lucratif, en activité entièrement virtuelle.

« C’est certain que le montant ne sera pas le même et que l’ambiance n’est pas pareille non plus, mais en même temps c’est intéressant de participer en famille », de dire M. Gauthier.

Le directeur de la section Outaouais de la Société canadienne de la Sclérose en plaques, Jean-François Gauthier

Celui-ci ajoute que cette situation inédite, qui entraîne l’annulation de l’ensemble des services aux gens atteints de la maladie, aura cependant permis d’amorcer un plus grand virage vers le web, notamment en offrant des sessions en ligne (yoga adapté, activité physique, psychologie, conférences, etc.) sur des plateformes telles que Zoom ou TEAMS. Les personnes qui ont la sclérose en plaques doivent bouger pour que leur santé s’améliore, rappelle-t-il.

En mai, en marge de la campagne « Savourez pour stopper la SP », des restaurateurs de la région devaient aussi offrir un repas spécial pour lequel un don serait versé à la cause pour chaque vente.

« On a repoussé tout ça, parce qu’il y a des entreprises en difficulté et on se voyait très mal aller cogner à leur porte pour des commandites. On cherche des alternatives », spécifie-t-il.

La Société canadienne du cancer, qui espérait amasser 300 000 $ avec ses Relais pour la vie en juin en Outaouais, a également dû annuler sa populaire vente de jonquilles en avril.

« Pour nous, c’est arrivé au pire temps de l’année, car le printemps est une très grosse période. Bien qu’on fasse certains efforts virtuels, reste qu’on sait très bien, par exemple pour les jonquilles, que ça n’aura pas le même impact que de vendre physiquement des milliers de fleurs à plein d’endroits différents. Pour le Relais pour la vie, c’est annulé jusqu’à la fin de l’été, car on sait très bien que la distanciation sociale va perdurer pour des mois. C’est tout notre modèle de collecte de fonds qui est remis en question. À l’échelle du pays, on parlait de 180 millions $ l’an dernier et là on s’attend à perdre 100 millions, c’est du jamais vu. Même en temps de pandémie, des gens continuent de recevoir des diagnostics chaque jour », affirme le porte-parole André Beaulieu.

Le tiers des employés de la SCC ont été mis à pied temporairement, dont tous ceux du bureau de l’Outaouais.

« Il y a certains services maintenus, mais on se demande comment on va faire pour demeurer présent pour cette clientèle-là, tout en continuant à financer la recherche. Nous sommes le plus grand bailleur de fonds à ce niveau-là. On a un fonds de réserve, mais les organismes ne fonctionnent pas à crédit », lance-t-il.

À la Fondation Santé Gatineau, qui a reporté en septembre des activités telles que le Cyclotour Santé Outaouais et la Marche en Rose, on se veut tout de même optimiste malgré les circonstances.

« D’une façon générale, la philanthropie sera affectée, c’est clair, en raison des impacts économiques. Mais ce qui est intéressant, par exemple quand on regarde la dernière récession au Canada, c’est que nous ne sommes jamais touchés au même point que les marchés. Par exemple, en 2008, on avait parlé d’une baisse de 8 %. Il y avait aussi des organisations qui avaient amassé plus d’argent pendant cette période difficile, car leur mission était directement liée à la situation, pensons par exemple à Moisson Outaouais. Est-ce que ce sera le cas pour les organismes en santé cette fois ? Il peut y avoir une corrélation directe, je pense que ça dépend de ce que chacun va mettre en place pour modifier ses façons de faire », explique le directeur général, Jean Pigeon.

Précisant que la Fondation a déjà pris des engagements, par exemple l’achat d’un troisième mammographe pour l’Hôpital de Gatineau, il soutient que « l’événementiel » est une forme parmi tant d’autres d’amasser des fonds.

« Depuis quelques années déjà, on a mis beaucoup plus d’accent sur notre publipostage, on l’a vu avec le fonds d’urgence pour la COVID-19. On se sert aussi beaucoup des médias sociaux et des médias traditionnels. Et le bon vieux téléphone fonctionne encore pour garder le contact avec des donateurs. On n’a jamais eu autant besoin que la population nous appuie. On va traverser cette crise-là », conclut-il.