La police italienne est omniprésente et procède chaque jour à des dizaines de milliers de contrôles pour s’assurer que les déplacements sont tous bien justifiés.
La police italienne est omniprésente et procède chaque jour à des dizaines de milliers de contrôles pour s’assurer que les déplacements sont tous bien justifiés.

COVID-19 : faire rester les Italiens chez eux, un casse-tête

ROME — Confinés chez eux depuis une dizaine de jours, certains Italiens commencent à avoir la bougeotte. Alors que plus de 53 000 d’entre eux ont déjà été verbalisés pour des sorties injustifiées, le gouvernement fait feu de tout bois pour les en dissuader.

Selon le décret gouvernemental ordonnant le confinement, les sorties ne sont autorisées que pour motif professionnel, de santé ou des courses alimentaires. Tout contrevenant encourt jusqu’à trois mois de prison ou 206 euros (315 $) d’amende.

La peur du gendarme

Barrages routiers, contrôles au coin des rues : la police est omniprésente et procède chaque jour à des dizaines de milliers de contrôles pour s’assurer que les déplacements sont tous bien justifiés. Tout Italien sortant de chez lui doit être en possession d’une déclaration sur l’honneur en expliquant le motif.

Et ces contrôles sont chaque jour plus nombreux : 173 000 lundi, 187 000 mardi, 200 000 mercredi et plus de 200 000 jeudi. Ces contrôles ont donné lieu respectivement à 8100, 8300, 8500 et 9500 procès-verbaux.

Campagnes de communication

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, le gouvernement martèle un mot d’ordre très simple: «io resto a casa» («Moi, je reste à la maison»).

Ce leitmotiv, qui est aussi le nom donné au décret du 9 mars instaurant les restrictions aux déplacements, est inscrit partout: en lettres lumineuses sur la façade du Pirellone, le célèbre gratte-ciel où siège la Région Lombardie à Milan, mais aussi sous forme de mot-dièse ( #iorestoacasa) sur les comptes d’hommes et femmes politiques ainsi que de célébrités du monde de la musique, du cinéma et du sport.

Drones

Plusieurs communes ont décidé de recourir à des drones pour repérer les promeneurs du dimanche ou d’éventuels attroupements. Le maire de Conegliano Fabio Chies, près de Trévise en Vénétie (nord-est), a ainsi passé un contrat avec une société privée pour faire voler à partir de samedi des drones au-dessus des collines où se trouvent les vignes destinées à la production du célèbre Prosecco.

«Je vois encore trop de gens qui ne respectent pas le décret. Autour de notre commune il y a une zone de collines de 25 km2 que nous ne pouvons pas patrouiller», a-t-il expliqué à l’agence Ansa.

La fermeture des parcs et jardins

Nombre de communes ont décidé de couper l’herbe sous le pied de leurs administrés en les privant tout simplement de la possibilité de se rendre dans un espace vert.

À Milan, en Lombardie, la région la plus touchée d’Italie avec plus de 20.000 cas et plus de 2000 morts, le parc de la Montagnetta a été fermé.

Les villes de Padoue (près de Venise), La Spezia (nord-ouest) et Tarquinia (nord de Rome) ont interdit les promenades.

La maire de Rome Virginia Raggi s’est indignée vendredi sur Facebook, après s’être rendue au parc de la Caffarella, le long de la via Appia, que «des gens prennent le soleil, se promènent avec des amis». «Ou nous comprenons tous que nous devons nous contrôler, ou alors l’armée devra intervenir […] parce que nous devons arrêter cette pandémie».

Le recours à l’armée ?

Selon les médias italiens, le gouvernement envisage sérieusement d’inscrire dans un décret en gestation le recours à l’armée pour faire appliquer les mesures de restriction aux déplacements.

Le chiffre de 17 000 soldats est ainsi avancé par le quotidien Il Corriere della Sera. Ces renforts viendraient s’ajouter aux 7000 soldats déjà présents dans les rues italiennes pour assurer des missions d’ordre public.