Des syndicats représentant environ 8000 employés du réseau de la santé dans la région réclament la tenue d'une enquête indépendante sur la gestion de la crise de la COVID-19 faite par le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Sur la photo, de gauche à droite: Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN), Paul Lavergne, président du Conseil central du Cœur du Québec (CSN), et Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale Cœur du Québec FSSS – CSN.
Des syndicats représentant environ 8000 employés du réseau de la santé dans la région réclament la tenue d'une enquête indépendante sur la gestion de la crise de la COVID-19 faite par le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Sur la photo, de gauche à droite: Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN), Paul Lavergne, président du Conseil central du Cœur du Québec (CSN), et Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale Cœur du Québec FSSS – CSN.

COVID-19 : des syndicats réclament une enquête indépendante sur la gestion du CIUSSS

TROIS-RIVIÈRES — Des syndicats représentant environ 8000 employés du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec réclament la tenue d'une enquête indépendante sur la gestion de leur employeur durant la crise causée par la pandémie de COVID-19.

Le Syndicat du personnel de bureau, des techniciens et professionnels de l'administration et le Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS MCQ, tous deux affiliés à la CSN, ont lancé une pétition en ligne, mardi soir, pour réclamer la tenue de cette enquête. La pétition se trouve en ligne, sur le site change.org. Elle avait recueilli plus de 900 signatures, mercredi soir.

«Cette enquête est essentielle pour comprendre ce qui s'est passé pendant la crise. Le but n'est pas de trouver des coupables, mais de s'assurer que ce qu'on a vécu dans les dernières semaines ne se reproduise jamais», a soutenu Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel para technique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS-Mauricie et Centre-du-Québec (SPPSAM-CSN), lors d'un point de presse, mercredi matin.

Parmi les récriminations des syndicats, on nomme entre autres les problèmes de communication entre l'employeur et les représentants syndicaux. Ces derniers affirment avoir pointé plusieurs problèmes du doigt, sans que ceux-ci soient transmis aux hautes autorités du CIUSSS. La mobilité des employés entre les établissements de santé de la région, notamment les CHSLD, fait partie de ces problèmes. Si cette mobilité a été interrompue le 3 avril dernier, dans les jours qui ont suivi, des employés ont continué à se promener d'un établissement à l'autre. 

Cette mobilité pourrait d'ailleurs être la raison pour laquelle une éclosion a eu lieu au CHSLD Mgr Paquin de Saint-Tite, selon des employées de cet établissement.

Trop gros, trop compliqué

Pour Paul Lavergne, président du Conseil central du Cœur du Québec (CSN), le cœur du problème est la lourdeur du mastodonte administratif qu'est devenu le CIUSSS après la réforme Barette, menée par le précédent gouvernement libéral.

«Le PDG du CIUSSS débarque sur les étages pour dire: ''on va cesser les déplacements'' et boum, le lendemain, il y a encore des déplacements. C'est trop gros, c'est trop compliqué. […] Il est plus que temps qu'on se parle, il est plus que temps que les choses reviennent comme avant», a-t-il affirmé.

Ce retour en arrière, il serait à l'ère des Centres de santé et de services sociaux (CSSS), soit avant la fusion qui a mené à la création du CIUSSS.

«La ministre Danielle McCann, quand elle est venue ici (l'an dernier), avait dit que la défusion coûterait 26 millions $ et que c'était hors de question de le faire, rappelle M. Lavergne. Bien moi, ça ne me dérange pas. On met des millions pour sauver des emplois, est-ce qu'on peut en mettre aussi pour sauver des vies?»

Parmi les autres problèmes dénoncés par les syndicats, il y a la gestion des stocks de matériel de protection destiné aux employés. Selon Pascal Bastarache, «il n'y a plus de pénurie, mais il y a toujours des problèmes de logistique».

Le président du Syndicat du personnel de bureau, des techniciens et professionnels de l’administration du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec – CSN, Frédérick Beaulieu, n'était pas en reste. Il a dénoncé le fait que de nombreux employés de bureau mis à pied temporairement en raison de la COVID-19 n'aient pas été appelés plus rapidement pour donner un coup de main à leurs collègues sur le terrain.

«Ça a pris quatre semaines avant que l'employeur pense à eux pour les mettre à contribution, alors que ces gens étaient prêts à travailler», a-t-il illustré.

De nombreux employés de bureau du CIUSSS ont attendu quatre semaines chez eux, sans salaire, avant d'être appelés pour prêter main-forte sur le terrain, alors que le gouvernement cherchait des volontaires pour le faire, a dénoncé le président du Syndicat du personnel de bureau, des techniciens et professionnels de l’administration du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec – CSN, Frédérick Beaulieu (au centre).

«Une demande citoyenne»

Dans une entrevue accordée au Nouvelliste, mardi, en réaction à des critiques émises par des employées du CHSLD Mgr Paquin, un porte-parole du CIUSSS avait reconnu que certaines choses auraient été faites différemment si les informations connues aujourd'hui sur le coronavirus avaient été connues il y a quelques semaines. À savoir comment cette justification est reçue par les syndicats, ceux-ci sont restés prudents.

«C'est la raison pour laquelle on demande une enquête indépendante. C'est pour répondre à ces questions, pour comprendre ce qui s'est passé», a souligné Marie-Line Séguin, vice-présidente régionale Cœur du Québec de la Fédération de la Santé et des Services sociaux (FSSS–CSN).

«Je veux qu'on comprenne que cette commission d'enquête indépendante, ce n'est pas une demande du syndicat, ni du patronat, mais une demande citoyenne», d'ajouter Pascal Bastarache.

Surprise au CIUSSS

Le directeur des ressources humaines, communications et affaires juridiques du CIUSSS, Louis Brunelle, a réagi au point de presse des syndicats et à la pétition lancée mardi. Il s'est dit étonné de leur discours.

«Nous sommes d’autant plus surpris qu’en plus de demeurer quotidiennement en contact avec nos partenaires syndicaux, via notre service des relations de travail, des rencontres entre les représentants syndicaux et la direction générale se tiennent trois fois par semaine. Il s’agit là d’instances mises en place afin de répondre à leurs préoccupations, de partager des pistes de solutions et leur exposer les raisons qui ont mené à l’adoption de chacune des mesures», a-t-il déclaré dans un courriel envoyé mercredi après-midi.

M. Brunelle a par ailleurs réitéré l'argument fourni la veille par le CIUSSS, affirmant que «l’ensemble des décisions prises par l’établissement se sont toujours appuyées sur les connaissances scientifiques connues au moment où des mesures devaient se mettre en place, ainsi que les recommandations des experts de santé publique et de prévention et contrôle des infections, tant de l’INSPQ, du MSSS que de notre organisation. Le CIUSSS MCQ s’est toujours empressé de s’adapter en fonction des nouvelles orientations qui lui parvenaient et continuera de le faire», a-t-il ajouté.

Il a également assuré que, bien que le CIUSSS n'endosse pas la façon de faire du syndicat, il demeure disponible «pour accueillir les insatisfactions de nos partenaires syndicaux et chercher ensemble les meilleures solutions pour le bénéfice de nos usagers et de notre personnel». 

Mea culpa de la ministre Blais

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a présenté ses excuses mardi pour ne pas avoir agi plus tôt pour changer le fonctionnement des CHSLD, alors qu'elle a occupé la même fonction qu'aujourd'hui de 2007 à 2015, sous un gouvernement libéral. Elle s'est cependant défendue en affirmant qu'elle avait alors les mains liées et a assuré qu'elle a plus de latitude avec le gouvernement actuel.

Pascal Bastarache prend ces excuses avec un grain de sel, rappelant que des milieux comme les CHSLD ne devraient pas être transformés au gré des gouvernements qui se succèdent au pouvoir.

«Des milieux comme le système de santé et des services sociaux ou de l'éducation ne doivent pas être influencés par des décisions politiques basées sur un système électoral aux quatre ans. […] Ces personnes (les politiciens) ont été élues par nous pour prendre soin de nous et ce serait bien qu'on s'en rappelle», a-t-il affirmé.

«Mais si le gouvernement actuel lui donne les coudées franches pour faire quelque chose, je suis prêt à accepter ça», a ajouté pour sa part Paul Lavergne.

Avant de commencer leur point de presse, les représentants syndicaux ont rendu un hommage silencieux à Laurence Ménard, une technicienne en travail social au CLSC de Drummondville de 33 ans décédée dimanche alors qu'elle avait la COVID-19. 

À la mémoire de Laurence Ménard

Au début de leur point de presse, les représentants syndicaux ont par ailleurs pris un moment pour honorer la mémoire de Laurence Ménard, une technicienne en travail social au CLSC de Drummondville, décédée dimanche dernier. Elle était atteinte de la COVID-19, mais une autopsie doit confirmer si c'est bel et bien cette maladie qui l'a tuée. Mère monoparentale d'un petit garçon de trois ans, Mme Ménard venait de souffler 33 bougies, alors qu'elle était alitée, vendredi dernier.