La vie a tranquillement repris ses droits mercredi à Wuhan, berceau de la pandémie de coronavirus.
La vie a tranquillement repris ses droits mercredi à Wuhan, berceau de la pandémie de coronavirus.

Coronavirus : le déconfinement doit être progressif pour éviter une «seconde vague»

PARIS — Le confinement en Chine doit être levé de façon progressive pour éviter une «seconde vague» de contaminations par le nouveau coronavirus, avertissent jeudi des spécialistes de la modélisation des épidémies, alors que le pays vient de lever le bouclage de Wuhan, épicentre de la pandémie.

Les mesures strictes pour assurer la distanciation sociale, incluant l’interdiction faite à la population de quitter la ville depuis fin janvier, semblent avoir porté leurs fruits, et la vie revient progressivement à la normale dans cette mégalopole du centre de la Chine, aux 11 millions d’habitants.

Alors que la province du Hubei, où se situe Wuhan, enregistrait des milliers de nouvelles contaminations chaque jour au pic de la maladie, cette dernière semble désormais sous contrôle en Chine, où seuls deux morts ont été recensés au cours des dernières 24 heures. Même si la pandémie, elle, tue toujours plus ailleurs, en particulier en Europe et aux États-Unis.

Les auteurs de l’étude, chercheurs à l’université de Hong Kong, ont analysé à l’aide de modèles mathématiques le nombre de cas confirmés dans quatre villes chinoises (Pékin, Shanghai, Shenzhen et Wenzhou) entre mi-janvier et fin février.

Ils concluent que la fermeture des entreprises et des écoles et la stricte restriction des voyages ont permis de réduire le taux de reproduction du virus (le nombre de nouvelles personnes infectées par chaque malade) à moins de 1, permettant une diminution progressive du nombre de cas, selon leur article dans la revue médicale britannique The Lancet.

Le personnel de la santé s'est enlacé avant la réouverture de d'aéroport de Tianhe à Wuhan mercredi.

C’est nettement moins que le taux de transmission au début de l’épidémie, estimé entre 2 et 3, un niveau suffisant pour permettre une diffusion exponentielle de la maladie.

Mais selon les projections des auteurs, relâcher les mesures de contrôle de façon prématurée ferait remonter ce taux au-dessus de 1, faisant redémarrer l’épidémie, avec presque autant de nouvelles infections que lors de la première vague.

Taux de mortalité variables

«Si ces mesures de contrôle semblent avoir permis de réduire le nombre d’infections à un niveau très faible, sans immunité de groupe contre la COVID-19, de nouveaux cas pourraient facilement ressurgir à mesure que les commerces, les usines et les écoles rouvrent, augmentant les interactions sociales, d’autant plus au vu du risque croissant d’importation de cas depuis l’étranger à mesure que la COVID-19 continue à se répandre dans le monde», explique Joseph Wu, l’un des auteurs principaux de l’étude.

La «meilleure stratégie» pour les pays touchés, jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible, consistera à trouver un point d’équilibre entre la reprise des activités économiques et le maintien de mesures de contrôle, pour garder le taux de reproduction du virus en dessous de 1, ajoute ce spécialiste reconnu des maladies infectieuses.


« Même dans les mégalopoles les plus prospères comme Pékin et Shanghai, les ressources des systèmes de santé ne sont pas infinies »
Gabriel Leung, co-auteur d'une étude publiée dans «The Lancet»

Cette réflexion sur la façon de lever progressivement les mesures de confinement est actuellement en cours dans la plupart des pays européens.

Les chercheurs mettent aussi en évidence une forte disparité des taux de létalité de la COVID-19 : moins de 1 % hors du Hubei, mais 5,91 % dans cette province la plus touchée, un différentiel qui s’explique par la saturation du système de soins dans la région, selon leur analyse.

Les inégalités de mortalité entre les différences provinces chinoises varient aussi en fonction du niveau de développement économique, avec des taux allant de 0 dans la prospère région du Jiangsu à 1,76 % dans une région plus pauvre comme le Henan.

«Même dans les mégalopoles les plus prospères comme Pékin et Shanghai, les ressources des systèmes de santé ne sont pas infinies, et les services ont du mal à faire face à une augmentation soudaine de la demande» de soins, souligne Gabriel Leung, un co-auteur.