Comment «gérer» le déconfinement des ados

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Nos adolescents, privés d’école et de contacts sociaux depuis des mois, piaffent d’impatience de retrouver un peu de liberté. Comment les parents devraient-ils «gérer» le déconfinement de leurs ados? Line Jomphe (LJ), psychologue depuis 20 ans en centres jeunesse et en pratique privée et Kristel Tardif-Grenier (KTG), professeure au département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais, nous livrent leurs conseils.

Q Comment aborder les règles de déconfinement avec nos ados?

LJ Il faut être clair sur les consignes (respecter le deux mètres, le port du masque, se laver les mains) et aussi être ouvert. Sans «faire des peurs», c’est important que le parent puisse exprimer son inquiétude, parler au «je» de son émotion. Il faut que l’enfant comprenne pourquoi le parent essaie de maintenir les consignes, qu’il comprenne que oui, pour un parent, c’est inquiétant la situation qu’on vit.

KTG Une bonne avenue, c’est de présenter le déconfinement comme un privilège qu’on obtient collectivement. Si on veut le garder, il y a des règles précises à respecter. Et à mon avis, les règles devraient être présentées comme des attentes. On devrait aussi demander à notre jeune ce que lui pense faire, quelles précautions il va prendre pour avoir des contacts avec ses amis. On a beaucoup plus de chance que les ados adhèrent à des comportements si ça vient d’eux-mêmes et en plus, on leur montre qu’on a confiance en leur jugement. Mais rien ne nous empêche de venir bonifier leur plan de match.

Q Nos ados sont souvent très intenses. Comment réussir à garder leur déconfinement progressif, comme la santé publique le demande?

LJ Pour les parents qui ont une cour, ça peut être plus facile d’organiser les choses avant que les jeunes arrivent. Je l’ai fait chez moi : j’ai organisé ma cour avec mes chaises, la balançoire pour qu’ils puissent être tous à deux mètres. Ils ont des places fixes! 

Les parents peuvent aussi proposer qu’eux restent dans la maison pour laisser la cour aux ados, tout en gardant un œil sur eux de temps en temps. Parce que c’est ça qui leur manque aux ados, avoir du temps seuls, pour eux, sans leur famille.

KTG Pour y aller progressif, on peut permettre de fréquenter un ami et voir comment ça va, comment notre ado respecte les règles et, éventuellement, on pourrait permettre de voir deux amis, de graduer. Ça pourrait aussi être pertinent de discuter avec d’autres parents du groupe d’amis de notre jeune pour savoir comment ils gèrent ça eux et d’essayer de s’entendre sur des règles similaires. On a plus de chance que les ados respectent les règles si tout le monde les applique. Parce qu’il ne faut pas oublier que pour des ados, si un ami a moins d’encadrement, ça peut avoir un effet d’entraînement sur les autres jeunes dans le groupe.

Q Pourquoi c’est important de continuer d’exercer un certain contrôle?

LJ Parce que les ados ont la pensée magique, encore plus que les adultes. Ils se disent «ça ne m’arrivera pas» et ils vont dédramatiser. J’en ai beaucoup qui me disent que c’est juste les vieux qui l’attrape. Mais il faut être clair et précis et leur dire qu’ils ne sont pas invulnérables, que personne ne l’est.

KTG C’est important de mettre des limites aux adolescents, c’est sécurisant, mais ils doivent sentir qu’on leur fait confiance. Ils vont vouloir alors vouloir garder cette confiance.

Pour le parent, il s’agit de trouver l’équilibre entre le contrôle et la confiance. J’ai fait une étude avec les professeurs Isabelle Archambault et Véronique Dupéré de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et on a eu accès à 1251 textes écrits par des adolescents en confinement. On voit qu’ils reconnaissaient la pertinence des mesures demandées par la santé publique. Ils les respectaient et étaient compréhensifs. Je pense qu’on peut leur faire confiance.

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POUR ALLER PLUS LOIN 

Lien vers la ressource de Tel-jeunes sur les relations amoureuses en période de pandémie :

Livre pour les parents :

Parents d’ados : De la tolérance nécessaire à la nécessité d’intervenir, Collection du CHU Sainte-Justine pour les parents, Céline Boisvert, https://www.editions-chu-sainte-justine.org/livres/parents-ados-121.html