Roger Blackburn
Le psychologue Louis Legault fait remarquer que les adolescents, notamment, ont besoin des contacts humains pour s'épanouir.
Le psychologue Louis Legault fait remarquer que les adolescents, notamment, ont besoin des contacts humains pour s'épanouir.

Comme un bourdon dans un cruchon

CHRONIQUE / Le psychologue Louis Legault, qui est aussi le directeur de l’ÉcolAction de Chicoutimi, attendait avec impatience le point de presse du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge pour coordonner la réouverture des écoles primaires prévue pour le 11 mai.

« Les enfants sont tannés, ils ont hâte de revoir leurs amis et d’avoir des contacts, ils ont hâte de retourner à l’école. Les ados sont d’ailleurs très déçus d’apprendre que leur école secondaire demeure fermée. Les jeunes manquent de contacts humains, le Facetime et les rencontres virtuelles commencent à montrer leurs limites », exprime Louis Legault, qui possède une longue expérience chez les jeunes et dans le monde de l’éducation.

Des amours en cache

« Les ados commencent à trouver ça long, surtout pour ceux qui vivent des liaisons amoureuses. On sait bien qu’il se donne des rendez-vous secrets ici et là à l’abri des regards ; l’être humain a besoin de contacts, de toucher et de se faire toucher », fait valoir le psychologue.

Comme directeur d’une école primaire privée, Louis Legault sait qu’il se retrouvera face à de l’inconnu. « Comment allons-nous choisir la quinzaine d’élèves qui seront en classe ? Comment vont s’organiser les transports, les services de garde, les mesures d’hygiène, le port des masques, etc. ? Nous devrons nous adapter à de nouvelles réalités », anticipe le directeur d’école.

Louis Legault ne voit pas de difficulté d’adaptation pour les jeunes élèves du primaire. « Les élèves vont apprendre rapidement à respecter les consignes de distanciation, je ne suis pas inquiet du fait qu’ils respectent les consignes, soutient-il. D’autant plus que les jeunes savent déjà qu’il y a un gros microbe méchant à l’extérieur, leur imaginaire se chargera de les aider à garder leur distance. »

Divorce et baby-boom

« Cette crise va nous apprendre beaucoup de chose sur nous. Les gens vont se rendre compte de l’importance de savoir comment ils allaient avant la crise de la COVID-19. Ceux qui allaient bien avant la crise vont avoir moins de difficulté à s’en sortir, alors que ceux qui n’étaient pas bien avant de se mettre sur pause vont trouver cette crise très difficile », estime Louis Legault.

« Je prédis deux choses à l’issue de cette pandémie: nous vivrons un baby-boom dans 10 à 12 mois et il y aura une très forte augmentation des divorces et des séparations dans cinq ou six mois », assure-t-il.

« Il y a beaucoup de couples qui maintiennent leur union grâce au mode de vie qu’ils avaient développé. L’homme et la femme passaient la majorité de leur journée au travail alors que les enfants étaient à l’école ou à la garderie. Les soirées se passaient souvent de manière très occupée avec la préparation des repas, des activités sportives avec les enfants, un repas au restaurant avec des amis une fois ou deux par semaine et des fins de semaine meublées d’activités avec les enfants », mets en relief le psychologue.

Plusieurs couples avaient une erre d’aller poussée par la performance au travail, des activités à ne plus finir pour occuper les enfants le soir et les week-ends, tout ça plombée par une société de consommation à outrance. Les hommes, à travers tout ça, arrivaient en plus à jouer quelques matchs de hockey et à faire atterrir des 5 à 7 avec les copains, alors tout allait bien, madame la marquise.

Des couples qui manquent d’air

« Il y a plusieurs couples qui commencent à manquer d’air. Quand c’est rendu que tu prends ton temps pour pelleter la butte de neige devant la maison parce que ça fait du bien et que tu te portes volontaire pour aller à l’épicerie pour le plaisir de sortir de la maison, ça laisse sous-entendre des choses », fait remarquer Louis Legault.

« Avec de l’essence à 0,74 $ le litre, il y en a qui font comme nos parents dans le temps et qui vont faire des tours de machine pour s’aérer un peu la tête », image le psychologue.

Le vivre-ensemble confiné doit être en effet très difficile pour plusieurs couples. Endurer les jeunes qui brassent dans la maison en essayant de faire du télétravail, ça doit finir par tomber sur les nerfs. J’imagine l’hyperactif, sans emploi, avec une baisse considérable des revenus, qui tourne en rond dans la maison comme un bourdon dans un cruchon ; ça ne doit pas être facile pour la vie de couple.

« Je suis en train d’enlever la peinture sur les murs pour en mettre d’autre... Ça fait des journées longues », m’a dit récemment un de ces travailleurs actifs qui est tanné d’être sur pause.

Graduellement, prudemment et de façon volontaire, les « kids » vont retourner à l’école. Ça va enlever un peu de pression dans le presto des chaumières confinées.