Depuis 16 h samedi, des points de contrôle routiers sont déployés par la Sécurité du Québec à l'entrée de la région de Charlevoix, maintenant fermée aux non-résidents.
Depuis 16 h samedi, des points de contrôle routiers sont déployés par la Sécurité du Québec à l'entrée de la région de Charlevoix, maintenant fermée aux non-résidents.

Charlevoix séparée de Québec, entre raison et soulagement

La Direction de la santé publique a pris la décision samedi d’interdire les déplacements non essentiels vers la région de Charlevoix, un soupir de soulagement pour les résidents. Depuis 16 h samedi, des points de contrôle routiers sont déployés par la Sûreté du Québec.

La vice-première ministre Genevière Guilbault a annoncé la nouvelle lors du point de presse quotidien, elle remplaçait François Legault. S’ils n’avaient pas de preuve de résidence dans la région, les automobilistes qui ont pris le chemin de Charlevoix après l’annonce ont dû faire demi-tour une fois arrivés entre Sainte-Tite-des-Caps et Petite-Rivière-Saint-François, au kilomètre 423 de la route 138.

L’endroit agit «d’entonnoir», comme le décrit la SQ. Tous ceux qui arrivent de l’ouest doivent emprunter ce passage, les détours sont impossibles.

La région de Charlevoix, dont les villes de Baie-Saint-Paul et La Malbaie, est maintenant fermée aux non-résidents, tout comme la ville de Rouyn-Noranda.

Ceux qui travaillent dans le domaine de la santé ou tout autre service jugé essentiel ainsi que ceux qui veulent offrir des soins humanitaires pourront obtenir le droit de passage, à condition de montrer un papier de l’employeur. Ce sont les mêmes règles qui s’appliquent déjà aux autres territoires fermés par le gouvernement. 

Discussions depuis mercredi

Le directeur régional de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, le Dr François Desbiens, avait fait la recommandation de fermer la région de Charlevoix vendredi, après une analyse rigoureuse de la situation. Le gouvernement a finalement exécuté les démarches le lendemain.

«Mercredi on a entamé les discussions pour voir s’il y avait quelque chose de particulier dans la région, et si on devrait empêcher les cas de COVID-19 qui pouvaient survenir avec l’arrivée des touristes québécois qui ne respecteraient potentiellement pas correctement les consignes de confinement», explique le directeur régional de la santé publique.

Le Dr Desbiens a aussi réalisé une «analyse sur le caractère vulnérable de la population». Selon ses conclusions, la population vieillissante et le plus grand nombre de maladies rendant les citoyens vulnérables l’ont amené à émettre la recommandation de fermeture.

«Il y avait aussi une volonté des gens à venir s’y reposer même s’ils devaient être en quarantaine, c’est ce que les élus de la région m’ont transmis comme message», indique-t-il. 

La dernière raison qui explique la fermeture est aussi le nombre peu élevé de cas de COVID-19 dans Charlevoix. «En proportion de la population, il y a moins de cas qu’ailleurs. La conclusion que j’ai eue c’est qu’on devrait considérer la région de Charlevoix comme les autres territoires précédemment fermés.»

La recommandation du Dr Desbiens était accompagnée des lettres d’appui des préfets de la région. Ces derniers ont été en étroite communication avec la santé publique pendant les discussions concernant la fermeture.

«On ne veut pas que la COVID-19 entre dans Charlevoix», conclut le docteur.


« Il y avait aussi une volonté des gens à venir s’y reposer même s’ils devaient être en quarantaine, c’est ce que les élus de la région m’ont transmis comme message »
Dr François Desbiens, directeur régional de santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Soulagement pour les résidents

Sur le groupe Facebook créé jeudi pour demander la fermeture de Charlevoix, les membres affichaient leur satisfaction. En seulement 48 h, 6000 personnes s’y sont inscrites pour demander au gouvernement d’installer un contrôle routier aux portes de la région.

L’un des initiateurs, William Tremblay, a l’impression d’avoir fait bouger les choses. «Voilà quelques jours déjà que tout le monde pensait que la région devait être fermée, mais personne ne savait comment se faire entendre», explique-t-il au Soleil. 

«Il y a beaucoup de personnes âgées dans Charlevoix. Mes grands-parents sont eux-mêmes confinés dans une résidence pour aînés. Même s’ils sont en forme, je ne voudrais pas que quelque chose leur arrive», ajoute celui dont le grand-père a travaillé dans le domaine de la santé comme directeur de l’hôpital de La Malbaie.

C’est son ami, William Harvey, qui a eu l’idée de mobiliser les gens, principalement les résidents permanents de Charlevoix, autour de ce groupe virtuel.

Comme pour Les Laurentides, autre région hautement touristique fermée en milieu de semaine dernière, Charlevoix recevait encore la visite de touristes et de propriétaires d’une résidence secondaire. Une situation qui contrevient à la demande gouvernementale d’éviter les déplacements non essentiels entre les régions.

«C’est un soupir de soulagement. J’ai vraiment l’impression qu’on a fait une différence», renchérit M. Harvey. Comme bien d’autres résidents, il craignait que certains visiteurs, particulièrement ceux asymptomatiques, transportent le virus et le propagent dans la population. «Plusieurs propriétaires de résidences viennent de Québec et de Montréal. Avec tout ce qu’on entend sur Montréal, on voulait faire avant tout de la prévention», raconte-t-il.

Pour le maire de La Malbaie, Michel Couturier, la pression de la population a joué un rôle de premier plan dans la décision du gouvernement. «C’est important l’initiative populaire. C’est une sorte de police sociale. Tout le monde a été proactif. C’est une victoire d’équipe et de bonne compréhension de la Direction de la santé publique.» 

L’ensemble de la classe politique municipale et la députée de Charlevoix, Émilie Foster, ont porté les doléances de la population auprès des autorités de la santé.

Évidemment, il est contre-intuitif pour une région comme Charlevoix de refuser l’accès aux quelque touristes qui s’y aventuraient encore. Cependant, c’est le prix à payer pour une sortie de crise rapide, soutient le maire. «C’est une catastrophe. La seule façon de voir la lumière au bout du tunnel est de prendre des mesures radicales. On soigne les malades, on confine les personnes à risque et les autres doivent se déplacer seulement pour des besoins essentiels», résume-t-il, dans l’attente de jours meilleurs.