Le premier ministre François Legault et la ministre de la Santé Danielle McCann lors de la conférence de presse sur l’épidémie de COVID-19, mardi
Le premier ministre François Legault et la ministre de la Santé Danielle McCann lors de la conférence de presse sur l’épidémie de COVID-19, mardi

Avec plus de 1000 morts et 20 000 cas, le Québec vers un déconfinement «graduel» [VIDÉO]

Alors que le Québec a franchi les 1000 morts et 20 000 cas confirmés de COVID-19, François Legault continue de parler de rouvrir les entreprises et les écoles, mais sans dévoiler son plan de déconfinement. Chose sûre, le tout se fera «graduellement».

Le premier ministre a prononcé le mot «graduellement» par moins de 18 fois au cours de son point de presse de 58 minutes de mardi, toujours tenu en trio dans une salle attenante au parlement de Québec. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, l’a dit une fois aussi et l’expression s’est retrouvée dans la question d’un journaliste. Ajoutez graduel, graduelle et cinq gradually, dans le bout en anglais. Ça fait 27!

«On est en train de regarder comment on va rouvrir graduellement l’économie, les écoles, les services de garde. Mais le mot important, c’est le mot “graduel”. Donc, on veut être bien sûrs de continuer à avoir une stabilité [de la propagation] pendant un certain nombre de jours, même de semaines, puis on veut y aller graduellement», a expliqué M. Legault.

On a compris.

Avec 102 nouveaux décès annoncés mardi, le Québec a vu 1041 de ses citoyens périr à cause du nouveau coronavirus. Dans la dernière semaine, en moyenne, 87 Québécois sont morts de la COVID-19 chaque jour (86,6).

La hausse de 807 cas confirmés de lundi à mardi, pour atteindre 20 126, s’avère un peu inférieure à l’augmentation moyenne de 840 cas par jour depuis une semaine. Parmi ces 20 126, la santé publique en considère 15 037 comme des cas actifs et 4048 comme rétablis.

Avec 1224 patients hospitalisés, 55 de plus que la veille, et 201 alités aux soins intensifs, trois de plus que lundi, la situation demeure stable dans les hôpitaux québécois.

À DÉCOUVRIR : La carte détaillée de la Covid-19 préparée par Benoît Lalonde, responsable de travaux pratiques et de recherche au Département de géographie, et Stéfano Biondo, cartothécaire au Centre GéoStat de la Bibliothèque, Université Laval

Pas tous en même temps

Lundi, le premier ministre avait dit avoir entendu ou lu plusieurs Québécois «très tannés d’être à la maison».

«Il faudrait être déconnecté pour ne pas voir qu’il y a des gens qui sont tannés d’être à la maison, a-t-il reconnu, mardi. Je pense que de nier ça, ce serait de nier la réalité. Maintenant, c’est comme le moindre mal. On ne veut pas non plus que ces gens-là sortent tout à coup, puis commencent à voir d’autres personnes, puis que la propagation se multiplie dans les prochaines semaines.

«On est très prudents avant d’ouvrir trop rapidement. Mais je comprends très bien que... Je ne veux pas qu’on se retrouve avec des énormes problèmes de santé mentale dans les prochains mois. Il va falloir, à un moment donné, tranquillement, déconfiner.»

Déconfinement qui se fera... graduellement, vous l’aurez deviné. Par secteur d’activités, mais aussi peut-être par région.

«Ça fait partie des scénarios qui sont examinés de commencer en rouvrant certaines régions, les entreprises, les garderies, les écoles. Mais il n’y a rien de décidé encore. On veut s’assurer pendant encore un certain nombre de jours que la situation reste stable. Donc, pour être clair, je n’ai pas encore tout à fait le O.K. du Dr Arruda [directeur national de santé publique]. Donc, on continue dans les prochains jours à regarder différents scénarios, mais oui, parmi ces scénarios-là, il y a une possibilité que les entreprises, les garderies puis les écoles de certaines régions soient ouvertes avant les autres», indique M. Legault.

Qui garantit que le premier critère pour la réouverture des garderies et des écoles sera la santé.

«Je ne parle pas du côté économie, juste du côté santé. Ça ne serait pas une bonne idée d’attendre le premier septembre pour retourner 1 million d’enfants dans les écoles en même temps, avec les risques qu’il y ait une contagion chez les parents, puis qu’il y ait beaucoup de gens en même temps qui créent une deuxième vague de COVID-19.»

Retour en classe quelque part en mai, donc, mais sans doute par sous-groupe ou à mi-temps. Et il n’y aura pas d’école cet été, a de plus rassuré le premier ministre.

Sous contrôle d’ici mercredi soir

La flambée de l’épidémie fait encore et toujours rage dans les milieux d’hébergement pour personnes âgées. Des 1041 Québécois décédés jusqu’ici de la COVID-19, près de 82 % logeaient dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD/657), une résidence privée pour aînées (RPA/179) ou une ressource intermédiaire (RI/14).

Des 20 126 cas répertoriés au Québec, 4399 logent dans les milieux d’hébergement pour aînés, 22 %. Et 80 % de ces 4399 aînés infectés sont concentrés dans les 80 mêmes résidences, «où la situation est plus difficile, où on a une surveillance plus attentive», atteste M. Legault.

De ces 80 résidences chaudes, 55 ont plus du quart de leurs résidents atteints et 25 entre 15 % et 25 %. Sur un total de 2600 résidences pour personnes âgées en tous genres au Québec, 300 déplorent au moins un cas de coronavirus.

C’est surtout pour ces lieux à risque que le premier ministre a réclamé du renfort en personnel auprès des médecins spécialistes et de l’armée, entre autres.

«Je disais depuis quelques jours qu’il manquait 2000 employés. [Lundi,] on a eu des médecins spécialistes et généralistes, des infirmières, des préposés, des étudiants qui ont confirmé leur travail, en grande partie à temps plein. On a réussi, juste [lundi], à combler 1000 des 2000 postes. On a confiance que, d’ici [mercredi], avec tous ceux qui nous ont fait signe, on devrait être capables de combler les 1000 postes qui restent à combler dans les 2600 résidences. Ça veut dire que la situation, si tout va bien, d’ici [mercredi] soir, là, devrait être sous contrôle pour ce qui est du personnel», s’est-il réjoui.

Par ailleurs, le port d’un masque artisanal sera bientôt recommandé par la Santé publique pour ceux qui ne peuvent respecter la distance de deux mètres avec les autres personnes, par exemple dans les transports en commun.