Le rituel funéraire fait partie du processus de deuil, mais dans le contexte actuel, la majorité des familles préfèrent repousser cette étape pour le moment.
Le rituel funéraire fait partie du processus de deuil, mais dans le contexte actuel, la majorité des familles préfèrent repousser cette étape pour le moment.

Ajustements et reports dans les centres funéraires

SHAWINIGAN — Comment ça se passe chez les centres funéraires de la région pendant l’alerte au coronavirus?

«C’est mort», lance, pince-sans-rire, Julien Lacoursière, superviseur général à la Coopérative funéraire de la Mauricie.

Un peu partout, des mesures particulières ont été mises en place pour répondre aux exigences d’hygiène qu’imposent ces circonstances exceptionnelles.

Lundi, la Corporation des thanatologues du Québec a diffusé un communiqué à ce sujet. Il s’agit notamment d’éviter les contacts physiques, se laver les mains, garder une distance sécuritaire entre les personnes, suspendre les réceptions après les funérailles et respecter les demandes de report.

«Nous sommes un peu paralysés, un peu comme tout le monde, mais on ne peut pas mettre un carton Fermé dans la porte, c’est clair», fait remarquer Denise Gaudet, propriétaire des Services funéraires L.G. Gaudet de Bécancour. «On appelle ça une situation de crise!»

Au point où, de plus en plus souvent, les familles préfèrent reporter la cérémonie plutôt qu’en présenter une dans la plus stricte intimité, qui ne demeure pas sans risque.

Les entreprises doivent s’adapter. Julie Rousseau, propriétaire du Centre funéraire Rousseau de Trois-Rivières, convient que depuis une semaine, la très grande majorité des cérémonies prévues ont été remises à une date indéterminée.

«Nous avons fait le tour des familles», raconte-t-elle. «La plupart d’entre elles annulent et reportent, parce que ça leur fait trop peur et que les gens sont confinés chez eux. Mais d’autres tiennent à ce que ça se fasse quand même.»

Caroline Richard, propriétaire de la Maison funéraire Richard Philibert, note que la technologie peut aider à vivre l’étape du deuil sans s’exposer en public.

«D’emblée, les gens visitent moins les salons», constate-t-elle. «Il existe plusieurs moyens à leur disposition. Par exemple, nous offrons la cérémonie transmise en direct sur Internet. Beaucoup de gens aiment aussi faire des cérémonies plus privées, ce qui limite les visites.»

«De toute façon, les gens n’ont pas accès à l’église», fait remarquer M. Lacoursière. «C’est très, très tranquille.»

À La Tuque, la Résidence funéraire Caron rappelle qu’il faut toujours offrir des services de base. Par contre, pour les cérémonies au salon, c’est devenu plus compliqué.

«Bien sûr, on récupère les défunts, on répond aux familles pour déclarer le décès auprès du Directeur de l’état civil et toute la paperasse gouvernementale», explique le propriétaire, Alexandre Caron. «On peut aussi procéder à l’embaumement ou à la crémation. En ce qui a trait à l’accueil au salon et aux funérailles à l’église, ce n’est pas possible avec tout ce qui survient. Ça devra être retardé.»

M. Caron mentionne que si une famille tient absolument à organiser un service en toute intimité, il pourra s’ajuster.

«Nous offrons toutes sortes de possibilités, mais d’eux-mêmes, les gens préfèrent souvent se soustraire et remettre à plus tard», corrobore Mme Gaudet.

Dans certains cas, ces reports entraînent déjà des conséquences.

«Les services sont restreints», convient M. Lacoursière. «Les gens prennent le minimum! On devra sans doute envisager des mises à pied.»

À plus long terme, ces reports provoqueront quelques contorsions de calendrier lorsque la société reprendra ses droits, un de ces jours... «On n’est pas dans le peak de la crise», rappelle Mme Rousseau. «Nous ne sommes qu’au début!»

Discipline

Pour les familles moins intéressées à repousser ce rituel sine die, des affiches leur rappellent les précautions recommandées. Elles sont rigoureusement suivies par la majorité des visiteurs, constatent les responsables de salons funéraires.

«Il y a de moins en moins de monde qui reste», constate M. Lacoursière. «Se retrouver une soixantaine de personnes à jaser, on ne voit plus ça. Les gens passent et s’en vont tout de suite.»

En effet, plus la crise se cristallise et plus la population est informée.

«La plupart des gens sont chez eux, alors ils sont proches des nouvelles», fait remarquer Mme Richard. «Les gens ont compris qu’en adoptant les bonnes habitudes et en étant rigoureux, ils limitent la propagation. Beaucoup de personnes de 70 ans et plus ne sortent plus, donc ça amène un achalandage sur nos sites web pour permettre aux gens d’offrir leurs condoléances sans être sur place. Les familles endeuillées sont conscientes que beaucoup de personnes ne se déplaceront pas, mais elles comprennent.»

Cette alerte à la propagation de la COVID-19 impose donc beaucoup de gymnastique, mais Mme Rousseau ne croit pas que le contexte pourrait aller jusqu’à mettre l’industrie en quarantaine.

«Je ne me vois pas fermer. Nous sommes un service essentiel. Je préfère parler d’encadrement, de minimiser les rapprochements.»

La femme d’affaires glisse qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance du rite funéraire dans le processus de deuil.

«Il y a des étapes à suivre», fait-elle remarquer. «On ne peut pas attendre six mois !»

D’ailleurs, Mme Rousseau observe que la crise actuelle fait beaucoup ressortir ce désir de partage lors d’événements exceptionnels. «On a besoin de se rassembler pour vivre des moments difficiles», réfléchit-elle. «Quand une catastrophe se produit, les gens se rassemblent habituellement, ils se regardent, ils se font des accolades. Là, ce qui est difficile, c’est qu’ils ne peuvent pas se rassembler.»