Aide au CHSLD de la Colline: le CIUSSS utilise la méthode forte

Coup de théâtre dans la gestion de la pandémie au Saguenay. Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean utilise la méthode forte pour donner un peu de répit aux « anges » du CHSLD de la Colline qui s’arrachent le cœur dans des conditions éprouvantes alors que les volontaires ne se bousculent pas aux portes pour prendre la relève.

La directrice du programme de Soutien à l’autonomie des personnes âgées du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Chantale Boivin, affirme que les équipes affectées aux soins pour les résidents du CHSLD de la Colline seront stabilisées pour la fin de semaine avec l’ajout d’au moins 15 infirmières, infirmières auxiliaires et préposées aux bénéficiaires libérées par la fermeture du département D2 de l’hôpital de Chicoutimi.

La haute direction du CIUSSS a visiblement décidé de prendre les grands moyens pour régler cette situation qui perdure depuis le début de l’éclosion, il y a maintenant deux semaines. L’établissement ne pouvait plus justifier publiquement son incapacité à trouver une vingtaine de soignants (infirmières, infirmières auxiliaires et préposées aux bénéficiaires), alors que ses activités sont pratiquement fermées à la grandeur de la région, dont au moins 300 lits de médecine, et que le personnel au CHSLD de La Colline est au bout du rouleau.

Mercredi, le CHSLD de la Colline avait perdu 26 membres de son personnel au combat. Dans le bilan quotidien du CIUSSS, le CHSLD avait un 17e employé confirmé COVID-19, avec trois autres résidents infectés, pour un total de 42 personnes infectées sur ce site depuis le début de la pandémie.

En décrétant la fermeture de tout le département D2, selon les dispositions de la convention collective, l’employeur a le droit de déplacer tous les employés de ce département dans un centre où il y a des besoins. Cette décision signifie que la haute direction du CIUSSS a décidé que le temps du « volontariat » était terminé.

En moins de 24 heures, un département complet est fermé à l’hôpital (20 lits), et tout le personnel devra traverser le pont Dubuc pour appuyer les collègues qui font face à la COVID-19. Chantale Boivin a expliqué qu’il n’était pas simple pour du personnel affecté à des soins aigus de faire la transition dans les soins aux personnes âgées dans une si courte période.

« Moi, je me commets pour vous dire que, vendredi, la fin de semaine va être couverte. Le message est entendu, on comprend que c’est difficile pour le personnel qui gravite autour de la Colline. D’ailleurs, je suis très reconnaissante envers eux. Je ne veux pas qu’ils perdent espoir, on est en train de trouver des bras. Le message a été répété à l’effet qu’un temps supplémentaire obligatoire, c’est un temps supplémentaire obligatoire de trop dans le contexte plus sensible de la pandémie. On a fait un tour de roue de plus pour aller trouver les ressources », a expliqué Chantale Boivin.

Même si la situation n’était pas « catastrophique » au CHSLD de La Colline, selon les propos de Mme Boivin, elle nécessitait quand même une mobilisation importante. La situation de confinement des résidents a nécessité l’ajout de personnel. D’autant plus que les professionnels doivent utiliser beaucoup de temps pour tout le protocole des équipements personnels qu’ils doivent retirer régulièrement pour éviter la contamination.

Le personnel doit de plus composer avec un immeuble qui n’a jamais été conçu pour faire face à ce genre de situation. Le CHSLD de la Colline, le deuxième plus gros établissement de la région après Métabetchouan avec 98 lits, est en fait un hôpital psychiatrique transformé en CHSLD. L’architecture interne a compliqué la tâche des équipes, selon des témoignages recueillis auprès d’employés et confirmés par la gestionnaire, qui indiquent que l’immeuble n’est pas propice à la gestion d’une situation de pandémie.

Lors de ce point de presse, Chantale Boivin a confirmé qu’il y avait une problématique pour les catégories d’emplois d’infirmières, d’infirmières auxiliaires et de préposées aux bénéficiaires dans les 16 CHSLD du CIUSSS. Dans ces établissements, le CIUSSS peine a comblé tous les quarts de travail.

Dans un tel contexte, a poursuivi la patronne des services aux personnes âgées, tous les bras sont nécessaires. Elle serait donc heureuse de voir des médecins spécialistes prendre le rôle de préposées aux bénéficiaires ou d’infirmières au cours des prochains jours de façon à supporter les équipes.

En plus du CHSLD de la Colline, le CIUSSS supporte toujours l’infirmerie des Antoniennes-de-Marie, où l’on retrouve 27 personnes contaminées (18 religieuses et 9 employés).

L’infirmerie des Antoniennes-de-Marie n’a pas été inscrite sur la liste des établissements sous surveillance par le gouvernement du Québec. Ce petit CHSLD privé non subventionné compte 18 religieuses contaminées sur 23 lits. Ce ratio est largement supérieur à ce que l’on retrouve au Québec. La situation ne semble toutefois pas inquiéter le CIUSSS qui supporte les religieuses. Le docteur Donald Aubin a indiqué que l’absence du nom de cette infirmerie sur la liste du gouvernement est tout simplement attribuable au fait que les établissements religieux sont regroupés de façon différente.

Des infirmières fatiguées

La présidente de la FIQ régionale, Julie Bouchard, a de son côté appris pendant le point de presse quotidien du CIUSSS que le département D2 serait fermé et que les infirmières allaient devoir aller travailler au CHSLD de La Colline. Il s’agit d’une disposition de la convention collective que l’employeur peut utiliser quand il opte pour une fermeture de département.

Elle devait consulter les représentants syndicaux et les membres concernées par cette décision unilatérale avant de se prononcer. Julie Bouchard admet que l’employeur peut agir de la sorte. Il y a toutefois toute la dynamique de ceux et celles qui émettraient des réserves ou qui ne voudront tout simplement pas aller travailler dans un CHSLD devant composer avec une contamination aussi importante de COVID-19.

Julie Bouchard a toutefois confirmé au Quotidien que les infirmières du CHSLD de la Colline et les autres travailleurs sont exténués et ont plus que jamais besoin d’aide.