Jenny Turcotte et Michael Bélanger souhaitent que leur deuxième enfant naisse à la maison.

Accouchement à domicile interdit: un couple en désaccord

Le service d’accouchement à domicile a été interrompu temporairement par l’Ordre des sages-femmes du Québec, cette semaine. Les Granbyens Jenny Turcotte et Michael Bélanger- ont dénoncé cette directive sur les réseaux sociaux. Ils demandent à l’Ordre de laisser cette décision entre les mains des sages-femmes.

L’Ordre des sages-femmes du Québec a pris cette décision pour protéger ses membres contre la COVID-19. Or, le couple croit au contraire que de se rendre à Sherbrooke pour accoucher dans la maison de naissance augmente les risques.

« À la maison de naissance, à Sherbrooke, il y a quatre chambres. Ça nous expose mon conjoint, moi et les deux sages-femmes qui nous accompagnent, ainsi que trois autres familles et leurs sages-femmes, explique Mme Turcotte, qui attend d’un jour à l’autre son deuxième enfant. C’est beaucoup plus sécuritaire d’être à la maison parce qu’il n’y a que nous. »

Elle comprend que les risques sont différents dans les grands immeubles à appartements comme on en trouve à Montréal, mais cette situation s’applique rarement aux futures mères de la région.

« Je me vois imposer un choix que je trouve illogique parce que ça met plus en danger ma famille et ma sage-femme que si on suit le protocole initial. »

La jeune famille demande à l’Ordre de laisser les sages-femmes et les maisons de naissance décider par elles-mêmes des mesures à prendre en fonction des particularités de leurs territoires.

Conditions non idéales

Depuis le début de la crise au Québec, les familles qui devaient voir naître leur prochain enfant en maison de naissance ou à la maison avaient eu comme information que, si elles présentaient des symptômes de la COVID-19, l’accouchement devrait se faire à l’hôpital. 

« Notre maison c’est notre bunker. Personne n’est venu chez nous depuis le début », souligne M. Bélanger, qui souhaite ne pas voir la maladie apparaître dans sa famille, encore moins chez son nouveau-né. 

Pour leur premier enfant, qui a aujourd’hui deux ans, Mme Turcotte avait accouché à la maison de naissance, à Sherbrooke. Elle se souvient que de faire une heure de route n’avait pas été facile. Pour leur deuxième bébé, elle voulait accoucher à la maison, notamment pour être dans sa bulle, mais aussi pour permettre à sa fille de rester près d’eux.

Normalement, les enfants de la famille peuvent être présents à la maison de naissance, mais les nouvelles mesures ne permettent qu’un accompagnateur.

Dans un contexte de distanciation sociale et de confinement, ils devront donc trouver quelqu’un pour garder leur fille à la dernière minute, lorsque le travail commencera. Mme Turcotte devrait accoucher d’ici 2 semaines.

Soutien des sages-femmes

La région de Granby compte cinq sages-femmes liées avec la maison de naissance à Sherbrooke. 

Jenny Turcotte a fait lire sa lettre à sa sage-femme avant de la publier sur différents groupes Facebook. Elle a été lue par au moins trois autres sages-femmes, dont l’une est en congé de maladie. Toutes lui ont donné leur appui. 

« Ma sage-femme m’a dit que c’était parfait, qu’elle était entièrement d’accord. À Granby, l’équipe de sages-femmes prône beaucoup l’accouchement à domicile parce qu’on est loin de la maison de naissance. On espère des nuances dans la décision de l’Ordre. » 

Des sanctions peuvent être imposées aux sages-femmes si elles se rendent chez les familles. 

La lettre a aussi été envoyée à l’Ordre. 

UNE DÉCISION DÉCHIRANTE

Depuis quelques jours, les femmes qui devaient accoucher à la maison avec une sage-femme devront plutôt donner naissance en maison de naissance ou à l’hôpital.

« C’est difficile pour tout le monde. On n’a pas pris cette décision de gaieté de cœur, répond Julie Pelletier, présidente de l’Ordre des sages-femmes du Québec en entrevue. C’est une décision qui a été extrêmement déchirante pour nous. Par contre, notre mission est de protéger la population. »

En endossant la directive du ministère de la Santé et des Services sociaux, l’Ordre souhaite éviter que les sages-femmes deviennent des vecteurs de contamination à la COVID-19 en se rendant aux domiciles des clientes.

« Si en plus on doit perdre des effectifs parce qu’elles tombent malades, c’est pas juste l’accouchement à domicile qu’on va perdre. » 

Dans les maisons de naissance, elle indique que les mesures de désinfection sont augmentées et que les gens doivent rester dans les chambres, tandis que la salubrité des domiciles des futurs parents n’est pas garantie.

« On ne peut pas prendre de décision basée sur une seule famille. Elle est basée sur la province au complet. »

L’ordre professionnel travaille avec la santé publique pour émettre des directives. Celles-ci pourraient changer. « Il faut savoir que la santé publique n’a pas que la pratique sage-femme à évaluer. On attend très rapidement la nouvelle directive de la Direction de la Santé publique. Aussitôt qu’on la reçoit, on va la diffuser chez nos partenaires et sur notre site. » 

Elle considère les mesures déjà mises en place comme étant raisonnables.

Quant aux sanctions disciplinaires, le processus est long et implique une plainte. « On n’en est pas là actuellement. » 

Mme Pelletier assure avoir reçu des commentaires positifs de la part de sages-femmes, mais aussi de femmes qui attendent un enfant.