Pour une fois dans leur vie, ils peuvent être des enfants sans être bousculés, sans sentir la pression sociale, scolaire et même sportive, écrit Marie-Claude Tardif.
Pour une fois dans leur vie, ils peuvent être des enfants sans être bousculés, sans sentir la pression sociale, scolaire et même sportive, écrit Marie-Claude Tardif.

À propos des travaux scolaires à la maison

POINT DE VUE / Pour la première fois de ma vie de maman, je n’ai pas de lunchs à faire, je n’ai pas à courir au basketball, au volleyball, à la natation, je n’ai pas de devoirs ni de leçons à faire le soir, je peux demander à mon grand ado de lire le livre de son choix, je n’ai pas à relire à 21h15 les travaux plus ou moins appliqués de mon grand désorganisé et je n’ai pas à lever mes troupes pour les bousculer en vue de l’horaire chargé… Non! La planète me demande de prendre une pause et de me calmer.

Vous me direz : «Elle est chanceuse, elle! C’est une prof de 5e année dans une école publique et depuis deux jours, elle est payée pour jouer avec ses enfants, pour les coller, pour cuisiner, pour planifier sa fin d’année en classe, pour revoir certaines de ses leçons, pour monter du matériel, pour promener son chien, etc.» 

Vous avez raison… Je suis chanceuse! Mais les plus chanceux dans cette situation, ce sont nos enfants. Pour une fois dans leur vie, ils peuvent être des enfants sans être bousculés, sans sentir la pression sociale, scolaire et même sportive. Ils peuvent jouer dehors sans demander la permission. Ils peuvent rentrer à 19 heures de l’extérieur, car ils n’ont pas de devoirs ni de leçons à apprendre par cœur. Les ados peuvent donner un coup de pouce à leurs parents en gardant, en faisant de petites tâches ménagères, en faisant du rangement dans leurs affaires, en cuisinant le souper du soir ou en tressant les cheveux de leur petite sœur parce que leur mère est partie trop de bonne heure… D’autres peuvent aller aider leurs parents en allant remplacer une personne dans leur entreprise qui doit rester isolée ou faire les courses pour des personnes âgées. Dans une situation comme celle que nous vivons, tout le monde doit faire sa part et se responsabiliser.

Or, les écoles privées, contrairement aux écoles publiques, ont décidé de continuer à gérer nos jeunes en leur demandant de faire des travaux : projets, essais, expériences scientifiques en équipe, devoirs d’arts plastiques, d’arts dramatiques, d’éducation physique, productions écrites… Ces établissements oublient l’essence même de l’enseignement : la relation. En moment de crise, nos jeunes ont besoin de trouver leur place. Ils doivent apprendre à se responsabiliser et à faire leur part. Laissez les parents gérer leurs enfants pour une fois! Arrêtez de prescrire ce qu’ils doivent faire chez eux! Certains parents préfèrent que leurs enfants fassent des devoirs au lieu de niaiser à la maison… Sachez que ce problème leur appartient. C’est à eux de leur proposer des activités ou à leur donner des tâches à faire. Eux aussi doivent jouer leur rôle… Que faites-vous des enfants en difficulté ou avec un TDA? Ils doivent paniquer seuls à la maison? Et les enfants qui doivent garder leurs frères et sœurs… Ils font leurs travaux à 17h quand leurs parents reviennent? C’est ridicule! Croyez-moi, faire autre chose que des travaux scolaires, ce peut être sain aussi et même révélateur pour certains enfants… Je vous rappelle que pour l’instant, nous sommes en pause que pour deux semaines! 

Finalement, je pense sincèrement que cette décision de donner des travaux à faire à la maison nuit à ma profession : enseigner, ce n’est pas donner des devoirs sur le web et attendre qu’ils soient complétés… C’est discuter, questionner, répondre à des questions, revoir des notions, valider la compréhension des jeunes, c’est rassurer un enfant qui doute de lui, c’est lui montrer qu’on croit en lui… N’oubliez pas qu’on ne définit pas un enfant selon ses résultats scolaires, mais sur ce qu’il est… Cette situation particulière leur permet de développer autre chose que ce que l’école propose. Profitons-en!