Rodrigue Guitard possédait un verger attirant chaque année des milliers de cueilleurs de fruits.
Rodrigue Guitard possédait un verger attirant chaque année des milliers de cueilleurs de fruits.

48 heures pour traverser la frontière du Nouveau-Brunswick afin d'assister à des funérailles

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
POINTE-À-LA-CROIX – Une famille de Pointe-à-la-Croix, en Gaspésie, a dû attendre deux jours avant d’obtenir le feu vert du gouvernement du Nouveau-Brunswick afin de faire enterrer un proche, Rodrigue Guitard, décédé le 5 mars d’une tumeur au cerveau.

L’enterrement de M. Guitard était prévu pour 14h vendredi à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, ville qui n’est séparée de Pointe-à-la-Croix que par un pont enjambant la rivière Restigouche. M. Guitard était originaire du Nouveau-Brunswick, bien qu’établi en Gaspésie depuis plus de 30 ans.

«Le salon funéraire nous avait envoyé un courriel pour nous dire que ça allait avoir lieu à 14h. On avait donc la preuve que c’est là que la cérémonie était prévue. On pensait qu’il n’y aurait pas de problème pour passer le pont et nous rendre. En arrivant au poste de contrôle, l‘agent nous dit : «il faut que j‘appelle à Fredericton pour obtenir l‘autorisation». À 3h (15h), c’était toujours négatif. On ne pouvait pas passer», précise Michel Goudreau, beau-frère de Rodrigue Guitard.

La famille Goudreau-Guitard était convaincue qu’un enterrement planifié par une résidence funéraire près de deux mois et demi après le décès répondait aux critères établis par le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

«On était certain qu’un enterrement entrait dans les motifs humanitaires. Rodrigue était de foi Bahaï et il n’était pas embaumé. Il était dans le charnier depuis deux mois. Le temps était un facteur. J‘ai fait une sorte de «sit in» sur le pont pour manifester le côté révoltant de cette décision. On allait respecter les règles de rassemblement au cimetière. On avait prévu six personnes, et on peut être dix, au Nouveau-Brunswick», précise Michel Goudreau.

La famille n’a obtenu le feu vert que dimanche pour l‘inhumation de M. Guitard, un citoyen bien connu, notamment parce qu’il possédait un verger attirant chaque année des milliers de cueilleurs de fruits.

«Le problème au poste de contrôle, c’est que les agents qui font l‘interception n’ont aucun pouvoir. Si c’est compliqué, ils s’en remettent à Fredericton. Ça n’a aucun sens. J‘ai écrit au premier ministre Blaine Higgs. Je demande des excuses. Les gens de l’ouest de la MRC d’Avignon ne devraient présenter qu’une preuve de résidence pour passer sur le pont. Les communautés de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick sont très intégrées dans la région», précise Michel Goudreau.

Il y a eu plusieurs incidents et malentendus depuis que des postes de contrôles ont été érigés, il y a deux mois, entre la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick. Lundi après-midi, environ 400 citoyens des deux côtés de la rivière Restigouche ont manifesté sur le pont interprovincial J. C. Van Horne afin de réclamer plus de cohérence et d’humanité dans les normes régissant la circulation.