Le Québec devait dès le 8 mai avoir augmenté sa capacité de dépistage à 14 000 tests par jour.
Le Québec devait dès le 8 mai avoir augmenté sa capacité de dépistage à 14 000 tests par jour.

14 000 tests par jour: pourquoi le Québec n’y arrive pas?

Alors que le Québec se déconfine de plus en plus, la capacité de dépistage de la COVID-19 n’a toujours pas atteint les 14 000 tests quotidiens promis. Le ministère de la Santé avance deux hypothèses pour expliquer le problème: soit qu’avec l’arrivée du beau temps, le nombre de personnes présentant des symptômes compatibles avec la COVID-19 diminue, soit les gens ne se déplacent pas en clinique de dépistage.

Le Québec devait dès le 8 mai avoir augmenté sa capacité de dépistage à 14 000 tests par jour. Or selon les données du ministère de la Santé, entre le 8 mai et le 19 mai, c’est une moyenne de 10 900 tests quotidiens qui ont été réalisés.  

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«Plusieurs hypothèses peuvent expliquer que le réseau n’effectue pas 14 000 prélèvements par jour: 1. Avec l’arrivée du beau temps, le nombre de personnes avec des symptômes de fièvre, de toux, de difficultés respiratoires ou de perte de l’odorat avec ou sans perte de goût pourrait diminuer. 2. Les gens ne se déplacent pas en clinique de dépistage», explique par courriel une porte-parole du ministère, Marie-Claude Lacasse. 

Mme Lacasse souligne que malgré l’augmentation du nombre de prélèvements, le nombre de cas positifs diminue depuis 10 jours, «ce qui pourrait renforcer la première hypothèse». 

Le ministère de la Santé observe également une baisse des dépistages les fins de semaine et les congés fériés, ajoute la porte-parole, qui assure que «nous continuons de travailler pour que les prélèvements soient disponibles pour tous ceux qui en ont besoin». 

Il y a quelques jours, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, avait évoqué un problème de disponibilité de personnel pour expliquer la non atteinte de l’objectif des 14 000 tests quotidiens. 

Selon le ministère de la Santé, six nouveaux professionnels (en plus des infirmières) peuvent maintenant faire des tests de dépistage, soit les audiologistes, les dentistes, les diététistes-nutritionnistes, les hygiénistes dentaires, les orthophonistes et les physiothérapeutes.

Dans un communiqué diffusé en soirée, jeudi, l’Institut universitaire en cardiologie et pneumologie de Québec (IUCPQ) a annoncé qu’une équipe de volontaires avait «répondu favorablement à l’appel du réseau de la santé aux endroits où la COVID-19 a frappé le plus durement» et qu’elle avait quitté Québec dimanche pour aller sillonner pendant deux semaines les rues de Montréal au sein d’une unité mobile de dépistage.

Legault «pas content»

Tout en martelant que le Québec était «un des endroits au monde où on teste le plus», le premier ministre François Legault a réitéré jeudi qu’il n’était «pas content» de voir que la cible des 14 000 tests par jour n’avait pas encore été atteinte. «Je veux en faire plus, je suis très impatient», a-t-il dit en anglais lors du point de presse quotidien du gouvernement. 

Le Dr Horacio Arruda a de son côté expliqué qu’il y avait «plusieurs défis à cette capacité de 14 000 tests», sans toutefois détailler ces défis. 

«Nous allons faire davantage. […] On veut augmenter le nombre de tests, et le stabiliser [depuis le 8 mai, la capacité de dépistage a varié de 8 981 à 13 169 tests par jour]», a assuré le Dr Arruda, tout en laissant entendre que la cible de 14 000 tests pourrait être revue à la hausse. «Nous avons des objectifs encore plus ambitieux. Il s’agit d’une machine que nous devons roder», a-t-il dit.

Selon lui, «il semble que des gens [dans le réseau] aient peut-être refusé de faire passer des tests». «Il peut y avoir des problèmes d’interprétation sur les groupes admissibles [comme ça s’est vu dans la Capitale-Nationale, entre autres]. Il y aura des clarifications à cet effet», a-t-il promis. 

Le directeur national de santé publique s’est aussi dit d’avis que les études sérologiques permettront d’avoir «un meilleur portrait de la situation au Québec». 

Études sérologiques: pas encore de plan

On en sait toutefois encore très peu sur les fameux tests sérologiques qui seront réalisés dans la province afin de déterminer combien de personnes ont réellement contracté le virus et dans quelle mesure elles sont immunisées.

À propos de ces tests sérologiques, le ministère de la Santé nous dit que «des commandes ont été faites», mais qu’il est «encore trop tôt pour se prononcer sur leur utilité». 

«Des études sont en cours. Pour l’instant, les orientations de la Santé publique quant aux tests sérologiques se limitent à planifier la réalisation d’études de séroprévalence auprès de certaines populations afin d’évaluer la proportion de ces groupes ayant été en contact avec le virus de la COVID-19. Aucune date n’est encore définie pour le recours à leur utilisation», nous a répondu par courriel une porte-parole du ministère, Marie-Claude Lacasse. 

Mme Lacasse précise que des commandes de certaines trousses de sérologie ont été effectuées «afin que les laboratoires puissent dans un premier temps procéder à l’évaluation de la qualité de ces trousses, ce qui est une étape essentielle préalablement à leur utilisation».

Il n’a pas été possible de savoir auprès du ministère comment ces études sérologiques seront menées au Québec, combien de personnes seront testées, et qui le sera.

Projet pancanadien

On sait toutefois que des études sérologiques seront réalisées à travers le pays dans le cadre d’un vaste projet de recherche pancanadien. Au moins un million d’échantillons sanguins pourraient être prélevés dans la population au cours des deux prochaines années afin de déterminer quelle proportion de Canadiens ont des anticorps spécifiques à la COVID-19, et dans quelle mesure ceux-ci confèrent une immunité. 

En plus d’aider à mieux comprendre la COVID-19, les études sérologiques pourraient contribuer au développement de traitements et de vaccins.

Le 12 mai, Santé Canada a approuvé un premier test sérologique, le test Liaison, de l’italienne DiaSorin. Un second test a été autorisé jeudi, soit celui de la compagnie Abbott. 

Dans un communiqué, la compagnie américaine, qui fournit déjà au Canada son test moléculaire COVID-19, indique qu’elle prévoit commencer à exporter ses tests sérologiques ARCHITECT au pays cette semaine et en expédier 30 millions dans le monde entier d’ici la fin du mois de juin.