Josée Giguère, à droite sur la photo, et sa soeur ont rendu visite à leur mère atteinte de la COVID-19 à travers la fenêtre de sa chambre du CHSLD Laflèche de Shawinigan, où douze personnes sont décédées après avoir contracté le coronavirus.
Josée Giguère, à droite sur la photo, et sa soeur ont rendu visite à leur mère atteinte de la COVID-19 à travers la fenêtre de sa chambre du CHSLD Laflèche de Shawinigan, où douze personnes sont décédées après avoir contracté le coronavirus.

COVID-19: veiller sur sa mère... à travers la fenêtre

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Shawinigan — Tels de petits oiseaux, les proches d’Yvette Boisvert veillent sur elle au crépuscule de sa vie depuis la fenêtre de sa chambre du CHSLD Laflèche, de Shawinigan. L’état de la dame de 92 ans atteinte de la COVID-19 se détériore rapidement depuis deux jours.

Accompagnée d’une de ses sœurs, Josée Giguère a passé une bonne partie de la journée et de la soirée de mardi devant cette fenêtre d’où elle peut voir sa mère étendue sur son lit. Pour permettre à la famille de la dame de communiquer avec elle dans les derniers moments de sa vie, une infirmière a laissé son téléphone cellulaire sur son oreille mardi. Durant près d’une heure, Josée Giguère a pu lui parler et lui chanter de douces mélodies.

«Juste de la voir, ça fait du bien. Elle sait qu’on est là», mentionne-t-elle. «Une infirmière lui caressait les cheveux et je lui disais que c’était moi. On est à quelques mètres. On n’est pas tellement loin, on ne peut juste pas se toucher.»

Même si c’est impossible d’être à ses côtés, les proches de Mme Boisvert tiennent à être présents auprès d’elle. «Ma mère nous a tellement donné. C’est à nous autres de lui rendre ce qu’on peut», souligne Mme Giguère. «Mon père est décédé alors que nous étions encore cinq enfants à la maison. C’est une grande femme... une grande dame.»

Les enfants de Mme Boisvert pourraient la visiter, mais ils devraient ensuite être en confinement durant quatorze jours en plus de courir le risque de contracter le coronavirus. «Ma mère n’aurait pas voulu ça. Elle n’aurait pas voulu qu’on se rende malade ou qu’on le donne à d’autres», estime Mme Giguère.


« «Les circonstances sont tristes. Je ne pensais jamais à une fin comme ça pour ma mère.» »
Josée Giguère

Comme le démontrent les témoignages des professionnels de la santé, la COVID-19 évolue très rapidement et les conséquences sur la santé des personnes vulnérables sont majeures. «Nous avons appris qu’elle était atteinte de la maladie il y a seulement deux jours», confie Josée Giguère.

«Le personnel soignant nous dit qu’elle ne souffre pas. Mais on voit que sa respiration est plus courte. Elle a réussi à lever la main lundi, mais mardi, elle n’a pas réussi. On nous dit qu’elle est sur la fin.»

Originaire de Sainte-Flore et très active dans sa communauté notamment au sein de la chorale locale et de l’Âge d’or, Yvette Boisvert réside au CHSLD Laflèche depuis deux ans. Auparavant, elle habitait avec sa fille Josée Giguère jusqu’à ce qu’elle subisse la paralysie d’un côté de son corps.

«Ma mère est un ange. Elle a toujours été agréable à aller voir. Il n’y a pas une infirmière qui ne l’aime pas», confie sa fille, Josée Giguère.

«Nous étions là tous les jours pour la voir, avant la pandémie.»

Mère de neuf enfants, Mme Boisvert a aussi quinze petits-enfants et quinze arrière-petits-enfants. Il s’agit d’autant de personnes qui ne peuvent être au chevet d’une femme qu’ils aiment. «On essaie de les tenir au courant le plus possible. Certains sont venus à sa fenêtre mardi après-midi», précise Mme Giguère. «C’est difficile de voir sa mère comme ça... à travers la fenêtre.»

La pandémie a aussi coupé Josée Giguère d’une de ses sœurs, elle aussi résidente du CHSLD Laflèche. Heureusement, elle n’a pas contracté le coronavirus.

Dans la région, le CHSLD Laflèche est le principal foyer d’éclosion. Jusqu’à présent, pas moins de douze résidents sont morts de la COVID-19 et une préposée aux bénéficiaires de l’établissement se trouve toujours aux soins intensifs. Ces victimes sont certes des personnes vulnérables et âgées, mais jamais l’établissement de santé n’aura perdu autant de résidents en si peu de temps. Josée Giguère estime que les professionnels de la santé de ce CHSLD ont tout fait pour protéger les patients.

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«Personne n’est responsable de ça», dit-elle. «Elles se donnent tellement les filles. Elles sont tellement formidables. Je leur dis que je les aime et qu’elles sont extraordinaires.»

Même si la mort fait partie de la réalité des travailleurs de la santé, ceux-ci ne souhaitent jamais voir s’éteindre un patient. La situation actuelle est extrêmement difficile pour ces personnes qui s’occupent au quotidien des aînés. «J’en vois quelques-unes pleurer. Je n’ai aucun reproche pour elles. C’est juste triste qu’il y ait eu des cas et qu’il y en ait encore. C’est des anges ces filles-là. Moi-même, je ne sais même pas si je serais capable de travailler dans ces conditions», confie Josée Giguère.