COVID-19: un premier cas en Mauricie

TROIS-RIVIÈRES — Un premier cas de COVID-19 a été détecté en Mauricie, a indiqué mercredi le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec indique qu’il s’agit d’une femme qui revenait d’un voyage en France. «Elle est allée consulter dans un établissement public de la région et est présentement en isolement volontaire chez elle», précise Guillaume Cliche, agent d’information au CIUSSS MCQ.

M. Cliche n’a pas précisé à quel établissement cette personne s’est rendue, pour éviter qu’elle soit identifiée et potentiellement stigmatisée, comme cela a été le cas la fin de semaine dernière pour des élèves de l’école Val-Mauricie qui revenaient d’un voyage en Italie et en Grèce. Le CIUSSS MCQ avait indiqué la fin de semaine dernière que les 48 élèves étaient tous asymptomatiques et avaient dépassé la période d’incubation de la COVID-19. Le cas confirmé mercredi n’a d’ailleurs aucun lien avec le voyage organisé par l’école Val-Mauricie.

M. Cliche dit également ignorer si le centre hospitalier qui a reçu la dame infectée par le coronavirus avait été prévenu au préalable de son arrivée. Le CIUSSS MCQ recommande en effet aux gens qui pensent avoir des symptômes de la COVID-19 de contacter le service Info-santé au 811. Celui-ci s’assure par la suite de prévenir l’établissement où comptent se rendre ces personnes, afin que des mesures soient prises pour protéger le public et les employés du réseau de la santé dès leur arrivée, afin d’éviter la propagation du virus.

«On confirme que les procédures (à l’établissement visité par la dame) ont été bien appliquées», précise-t-il toutefois.

Quelques heures après avoir annoncé l’existence d’un cas en Mauricie, le MSSS a indiqué via Twitter la confirmation d’un neuvième cas, en Estrie. De retour d’Italie, cette personne s’est placée en isolement à domicile.

Plus de voyages professionnels

L’inquiétude autour du coronavirus a monté d’un cran, mercredi, dans la capitale, alors que le gouvernement Legault a annoncé toute une série de mesures, certaines volontaires d’autres obligatoires, destinées à prévenir la propagation de la COVID-19 au Québec.

Une directive gouvernementale au personnel hospitalier l’enjoint à renoncer désormais aux voyages à l’étranger, qu’ils soient d’ordre professionnel ou personnel. Il s’agit cependant d’une mesure volontaire, contrairement à celle qui vise les employés de l’État.

Le CIUSSS MCQ confirme que tous les voyages de ses employés pour des raisons professionnelles ont été annulés. Il se contente toutefois d’inviter ses employés à tenir compte des risques avant de partir pour un voyage personnel.

«Si vous prenez cette décision, soyez vigilants et soyez conscients que la situation peut changer rapidement, certains pays peuvent devenir à risque. Si vous n’êtes pas prêts à perdre 14 jours de travail (en raison d’un isolement volontaire au retour), c’est un pensez-y-bien», mentionne Guillaume Cliche.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Nathalie Perron, déplore le ton alarmiste employé par le premier ministre Legault.

«Nos membres sont inquiètes face aux voyages déjà prévus. Les professionnelles sont formées et appliquent déjà les mesures de prévention de base. Je suis plus inquiète des gens qui n’ont pas les connaissances ou qui sont négligents», soulève-t-elle.

Par ailleurs, jusqu’à nouvel ordre, il sera interdit à tous les employés de la fonction publique québécoise d’effectuer des voyages d’affaires à l’étranger.

Le gouvernement recommande de plus aux élèves qui sont de retour d’un voyage scolaire dans un pays à risque de s’imposer une quarantaine de deux semaines, qu’ils aient des symptômes ou non.

Les directions d’écoles seront aussi invitées à annuler les voyages scolaires prévus dans les pays à risque.

La tenue de grands rassemblements est devenue un autre sujet de préoccupation à Québec. Pour l’instant, on ne vise pas les événements locaux, mais les grands événements internationaux feront désormais l’objet d’une évaluation, au cas par cas, pour déterminer s’ils doivent être annulés ou non.

Le virus a déjà fait une première victime: la tenue des championnats du monde de patinage artistique, prévus la semaine prochaine à Montréal, est annulée.

Chaque personne éprouvant des symptômes de la maladie (toux, difficultés respiratoires) devrait composer le 811, a conseillé de son côté le premier ministre François Legault en mêlée de presse, en rappelant les mesures d’hygiène de base qui s’imposent, soit notamment de se laver les mains fréquemment et d’éviter de serrer la main de quiconque. Au restaurant, on suggère de bouder les buffets.

Sauf que, déjà, la ligne 811 déborde et le temps d’attente pour obtenir des informations peut atteindre une heure, voire davantage, une augmentation «exponentielle», a constaté la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

Mais le pire, apparemment, reste à venir. «C’est sûr, compte tenu de ce qui se passe dans le monde, on s’attend à une hausse (du nombre) de cas», a commenté le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda. Le contraire serait «impensable», selon l’expert, qui s’attend à déplorer des décès dans les prochains mois au Québec.

Dans le meilleur des cas, il pourrait y avoir une accalmie au printemps, mais le virus pourrait revenir en force à l’automne, a-t-il prédit, en disant qu’à ce stade-ci il était bien difficile de préciser quelle sera l’ampleur de l’épidémie chez nous.

Dans les mois qui viennent, il faut s’attendre aussi à voir des institutions d’enseignement, écoles et universités, fermer leurs portes pour un temps, si on évalue qu’elles sont devenues «des foyers de transmission», a précisé M. Arruda.

Par contre, il ne faut pas s’attendre selon lui à voir apparaître un vaccin avant la fin de l’année.

Dans ces circonstances, toute personne qui revient de voyage, quel que soit le pays, devrait être attentive à l’apparition du moindre symptôme et ne pas hésiter à consulter, espère M. Arruda.

Une attention particulière doit être apportée aux personnes plus vulnérables, comme les personnes âgées qui vivent en centre d’hébergement «et qui sont à risque», a ajouté le premier ministre Legault.

«Je demande aux Québécois d’être prudents», a-t-il dit, adoptant un ton plus alarmiste que par le passé pour aborder cette question de santé publique.

La ministre responsable des aînés, Marguerite Blais, a renchéri, pour exhorter les Québécois ayant des proches âgés à se montrer «extrêmement prudents» dans leurs contacts avec les aînés vulnérables.

«Si vous avez voyagé au cours des 14 derniers jours, abstenez-vous» d’aller visiter une personne âgée, surtout si elle vit dans un centre d’hébergement, a insisté Mme Blais, dans un message à la population.

Le premier ministre Legault s’est montré par ailleurs satisfait du plan fédéral d’un milliard $ proposé le matin même par le premier ministre Justin Trudeau et destiné à mieux soutenir les provinces aux prises avec l’épidémie, qualifiée désormais de «pandémie mondiale» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La ministre McCann a dit de son côté que le réseau de la santé était prêt à envisager toute éventualité: les hôpitaux ont fait des provisions d’équipement protecteur, des chambres à pression négative seront disponibles, des chirurgies électives seront reportées au besoin pour libérer des lits additionnels. «On se prépare aux pires scénarios», a-t-elle indiqué, en se faisant rassurante sur la question de l’argent.

Car les ressources financières requises seront disponibles dans tous les cas de figure, selon la ministre, en reprenant le discours tenu la veille par le ministre des Finances, Éric Girard.

Le premier ministre Legault a également indiqué que si jamais les choses tournaient mal et que le Québec était frappé de plein fouet par la COVID-19, son gouvernement pouvait compter sur une réserve de stabilisation évaluée à 14 milliards $.

Avec la Presse Canadienne