Justin Trudeau est en isolement volontaire chez lui depuis maintenant 16 jours.
Justin Trudeau est en isolement volontaire chez lui depuis maintenant 16 jours.

COVID-19: les salaires des employés de PME subventionnés à 75%

Lina Dib
La Presse Canadienne
OTTAWA — Deux jours après avoir présenté la mesure qui devait aider tous les Canadiens à traverser la pandémie, Ottawa annonce une aide de plus.

Le gouvernement fédéral subventionnera à 75% les salaires des employés des PME.

La semaine dernière, il avait prévu une subvention de 10% pour ces salaires. Mercredi, il a annoncé la prestation canadienne d'urgence (PCU) qui devait compenser pour tout le reste.

«On vous a entendus», a déclaré Justin Trudeau, vendredi matin, pour expliquer aux entrepreneurs ce changement.

La mesure est rétroactive au 15 mars. Le premier ministre espère qu'elle inspirera les entreprises à rappeler les employés déjà mis à pied.

«Je pense au petit restaurant familial qui est là depuis plusieurs années et qui a les mêmes employés depuis longtemps, qui ont été là pendant les bons moments, les moments plus difficiles. Et maintenant dans un moment de crise, il se retrouve incapable de pouvoir continuer à payer ses employés dans leur moment de besoin», a offert en exemple M. Trudeau.

«Et oui, la prestation canadienne d'urgence sera là pour énormément de gens qui en ont besoin, mais quand c'est possible, c'est mieux pour tout le monde qu'on garde ce lien entre employeur et employé», a-t-il ajouté.

Il y a deux jours, lorsque la PCU a été annoncée, le gouvernement fédéral l'a présentée comme un moyen de ne pas briser les liens d'emploi, invitant les entreprises à garder leurs employés mais sans les payer, pendant que ces travailleurs recevraient ces 2000 $ par mois, pendant quatre mois, directement d'Ottawa.

Les entrepreneurs avaient continué à réclamer que l'argent fédéral leur soit plutôt versé à eux pour qu'ils le redistribuent à leurs salariés.

La nouvelle subvention pourra donc servir aux entreprises qui conservent leurs travailleurs même si elles ne roulent plus suffisamment pour payer les salaires de tous. Les Canadiens qui ne pourront plus du tout travailler auront la PCU à leur disposition.

Bureaux fermés

Les Canadiens se sont cogné le nez à des portes fermées vendredi matin aux bureaux de Service Canada.

Le gouvernement fédéral a annoncé vers 23 heures, jeudi, que les services ne seront plus disponibles que par téléphone et par Internet.

Vendredi matin, Justin Trudeau et ses ministres cherchaient à justifier cette décision en citant le besoin des fonctionnaires de «travailler dans des environnements sécuritaires».

La frontière canado-américaine

La perspective de déployer des soldats américains à la frontière du Canada a été évoquée cette semaine par Washington.

Jeudi, Justin Trudeau et ses ministres ont fait savoir qu'ils ont clairement dit à l'administration de Donald Trump que pareil geste serait très mal reçu par le Canada. Vendredi, la décision de l'administration américaine n'avait toujours pas été annoncée.

«Hier et aujourd'hui, on a continué de discuter de cet enjeu avec nos voisins et nos alliés américains. [...] Je pense et j'espère que nos voisins et nos alliés étaient à l'écoute. La position du Canada était absolument claire et absolument ferme», a offert la vice-première ministre Chrystia Freeland, vendredi après-midi. Elle démentait ainsi un article d'un journal américain qui, jeudi soir, rapportait que Donald Trump n'enverrait pas de soldats à sa frontière nord.

Autre souci à la frontière, des migrants qui, depuis samedi, sont remis entre les mains des autorités américaines même lorsqu'ils tentent de passer par le chemin Roxham, risqueraient maintenant la déportation vers leurs pays d'origine.

Le Canada proteste contre cela aussi.

«Nous sommes au courant du problème de refoulement. C'est important pour le Canada d'avoir l'assurance que cela n'arrivera pas aux gens renvoyés aux États-Unis. Alors, c'est un enjeu que nous discutons de toute urgence, maintenant», a déclaré Mme Freeland.

Le Québec, exemple du pire à venir?

Les autorités de la santé publique du pays continuent de dire qu'on verra du pire avant de voir du mieux. Invité à décrire ce à quoi ce «pire» ressemble, Dr Howard Njoo, de l'Agence de la santé publique du Canada, a cité le Québec.

«Le pire, nous l'avons déjà vu dans l'expérience au Québec où ils ont constaté une pointe dans le nombre de cas», a dit Dr Njoo.

L'agence s'attend à ce que des expériences similaires se reproduisent en Ontario, où le congé de mars s'est tenu une semaine plus tard qu'au Québec, et un peu partout au Canada avec le retour de centaines de snowbirds.

La question «combien de temps encore?» a de nouveau été posée vendredi.

«On voit énormément de scénarios. Il y a des scénarios plus sérieux ou longs que d'autres. [...] On sait qu'on parle de semaines et peut-être de mois. Mais au fur et à mesure qu'on voit si on est effectivement en train d'aplatir la courbe, [...] nous allons pouvoir prédire avec plus de certitude combien de temps les gens vont être pris dans ce mode de protection», a offert le premier ministre Trudeau.

Rapatriements

Vendredi, le retour de quatre vols organisés par le gouvernement du Canada était attendu en provenance de l'Équateur, du Pérou, du Guatemala et du Salvador.

Selon Affaires mondiales Canada, des vols devaient également ramener des Canadiens, vendredi, d'Espagne et de Pologne.

Un navire de croisière, le MS Maasdam, avec à son bord 280 Canadiens devait accoster à San Diego. Le débarquement du navire dans lequel on n'a signalé aucun cas de la COVID-19 devait se faire vendredi et samedi. Ces Canadiens-là devraient rentrer au pays par des vols commerciaux.

Affaires mondiales Canada examinent encore 800 demandes de prêts de Canadiens coincés à l'étranger et en a approuvé 232. Ottawa offre jusqu'à 5000 $ par prêt.

Nouveaux calculs

Le directeur parlementaire du budget s'est penché sur toutes les annonces d'aide financière faites par le gouvernement fédéral. Son rapport, publié vendredi matin, calcule que le déficit sera de 89,5 milliards $ de plus que prévu. L'exercice budgétaire fédéral de 2020-2021 présenterait donc un déficit d'au moins 112,7 milliards $.

Et puis, dans une autre mise à jour inattendue vendredi matin, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur d'un demi-point de pourcentage, à 0,25%.

Par communiqué, la banque centrale a indiqué que sa décision vise à amortir le choc économique de la propagation de la COVID-19 et de la chute des prix du pétrole.

Nombre de cas

Le dernier bilan canadien est de 4768 cas confirmés ou soupçonnés. On a également compté 55 décès liés à la maladie à COVID-19.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux disponibles: 

  • 2021 au Québec, dont 18 décès
  • 993 en Ontario, dont 18 décès
  • 792 en Colombie-Britannique, dont 16 décès
  • 542 en Alberta, dont deux décès
  • 104 en Saskatchewan
  • 102 à Terre-Neuve-et-Labrador
  • 90 en Nouvelle-Écosse
  • 50 au Manitoba, dont un décès
  • 45 au Nouveau-Brunswick
  • 11 à l'Île-du-Prince-Édouard
  • 5 dans deux des trois territoires. On n'a rapporté aucun cas au Nunavut.

Il faut ajouter à ces bilans les 13 cas chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.

Selon les dernières données épidémiologiques récoltées par l'Agence de la santé publique du Canada, 59% des transmissions du virus sont communautaires et 39% ont pour source un voyageur.

Jusqu'à ce jour, plus de 165 000 Canadiens se sont soumis à un test de la COVID-19.

Jour 16 et encore chez lui

Justin Trudeau est en isolement volontaire depuis maintenant 16 jours. Il s'est installé dans sa résidence pour y travailler depuis que sa conjointe Sophie Grégoire Trudeau a reçu un diagnostic de COVID-19. Elle est en quarantaine dans une pièce de la maison.

«Je vais continuer d'écouter les conseils de médecins qui me disent de rester en isolement», a dit M. Trudeau sans expliquer pourquoi son isolement devait durer plus que les 14 jours prescrits à tous.

«Mais en même temps, on est en train de demander aux gens de travailler de la maison quand c'est possible. [...] Alors, je suis content de continuer de faire exactement ça», a-t-il souri.

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PRESTATION DE 2000$: DES CLARIFICATIONS DEMANDÉES

MONTRÉAL — Des groupes de défense des chômeurs et des travailleurs pressent vendredi le gouvernement Trudeau de clarifier les dispositions qui ont trait à sa prestation d'urgence de 2000 $.

Et le premier ministre Justin Trudeau a confirmé que la Prestation canadienne d'urgence serait bel et bien imposable, réfutant ainsi une information qui avait circulé à la radio vendredi matin. Il n'y aura tout simplement pas de prélèvement à la source, comme c'est le cas pour un chèque de paie, par exemple.

«Il faut que le gouvernement donne des directives claires. On est dans le gris. On nage en plein brouillard», s'est exclamée en entrevue Me Kim Bouchard, présidente du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi.

Cette prestation de 2000 $ par mois pendant quatre mois offre une aide d'urgence à ceux qui doivent cesser de travailler en raison de la COVID-19 et qui n'ont pas accès à un congé payé ou à une autre forme de soutien du revenu.

Elle aide également les travailleurs qui ont encore leur emploi, mais qui ne sont pas payés parce qu'il n'y a pas suffisamment de travail en ce moment et que leur employeur leur a demandé de ne pas venir travailler.

Bas salariés

De nombreux bas salariés ont poussé les hauts cris depuis, puisque leur salaire n'atteint même pas le niveau de cette Prestation canadienne d'urgence, même s'ils travaillent à temps plein. Théoriquement, donc, c'est un «désincitatif» au travail pour les bas salariés.

C'est le cas des préposés aux bénéficiaires qui travaillent dans des résidences privées et qui touchent 13 $ à 14 $ l'heure, d'employés d'entretien, du commerce de détail, notamment.

C'est vrai, comme l'a dit le premier ministre François Legault, que cette prestation fédérale ne vaut que pour quatre mois. Mais la demande est telle pour les préposés aux bénéficiaires que même si l'un démissionnait pour quelques mois, pour augmenter son revenu grâce à la prestation d'urgence, il parviendrait à se retrouver facilement un emploi de préposé après, ont fait valoir des syndicats qui les représentent.

«C'est vrai que c'est injuste pour quelqu'un qui travaille à bas salaire», admet Me Bouchard, mais elle y voit «une réponse extraordinaire» pour les travailleurs précaires, comme les étudiants qui avaient un emploi à temps partiel touchant 250 $ par semaine, et qui toucheront désormais 500 $.

Le problème, selon l'avocate, n'est pas la prestation d'urgence, mais les bas salaires. «Les employeurs devraient accoter la prestation d'urgence», opine-t-elle.

Elle relève aussi ce qu'elle voit comme une contradiction entre l'assurance-emploi et la prestation d'urgence pour ce qui est des départs volontaires dans certaines circonstances: «la loi sur l'assurance-emploi rend admissibles aux prestations les départs volontaires qui s'imposent comme seules solutions raisonnables. Des conditions de travail dangereuses pour la santé et la sécurité figurent parmi les motifs justifiant un départ volontaire, selon la Loi sur l'assurance-emploi».

Or, ce n'est pas le cas avec la prestation d'urgence, qui ne permet pas de tenter de justifier un départ volontaire. «La loi C-13 prévoit qu'un travailleur qui quitte volontairement son emploi sera exclu du bénéfice de la PCU, et ce, sans aucune possibilité d'expliquer les circonstances de son départ», souligne Me Bouchard.

Morneau commente

Pourtant, lorsqu'il a été interrogé à ce sujet, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a donné une autre interprétation des critères d'admissibilité à la prestation.

Interrogé à savoir si une caissière qui travaille dans une pharmacie — où il y a des gens potentiellement infectés qui entrent — pouvait démissionner parce qu'elle craint pour sa santé et toucher la prestation, il a répondu: «on doit assurer les gens que s'ils ne peuvent pas travailler, s'ils ne sont pas confortables avec le travail, s'ils restent chez eux, ils peuvent faire une application pour le bénéfice. Et les deux conditions importantes, c'est s'ils ont gagné 5000 $ dans l'année passée ou s'ils sont dans une situation où ils ne peuvent pas gagner l'argent en ce moment à cause de COVID-19.» Lia Lévesque, La Presse canadienne