Pierre-David Tremblay, maire de La Tuque.
Pierre-David Tremblay, maire de La Tuque.

COVID-19: les irréductibles Latuquois

LA TUQUE — Véritable village gaulois du Québec, La Tuque résiste encore et toujours à l’envahisseur viral. Après plus de quatre mois de pandémie, aucun cas de COVID-19 n’a encore été dépisté sur le territoire de l’agglomération de La Tuque et dans les deux communautés atikamekws de la Haute-Mauricie pourtant aussi vaste que la Belgique.

La Tuque est un cas presque unique au Québec. Parmi les villes de taille similaire, il n’y a qu’à Matane dans le Bas-Saint-Laurent qu’aucun cas de COVID-19 n’a été détecté, s elon les chiffres de l’Institue nationale de santé publique du Québec (INSPQ).

Toutefois, le Bas-Saint-Laurent est une région plus éloignée des grands centres du Québec que ne l’est La Tuque. Et des cas de COVID-19, il y en a eu partout autour de La Tuque, dont 314 à Shawinigan. D’un centre-ville à l’autre, il n’y a que 128 km entre ces deux villes.

Le secret de cette absence de cas réside, estime le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, dans la prévention. «Dès le début de la pandémie, nous avons épousé les consignes de la Santé publique. Mais nous sommes allés plus loin que ça. On a créé un comité d’urgence sanitaire», explique-t-il.

Ce comité a permis de réaliser des actions visées de sensibilisation auprès du centre hospitalier, mais aussi des quatre résidences pour personnes âgées. De plus, pendant près d’un mois, des barrages routiers contrôlaient toute personne qui souhait se rendre à La Tuque ou dans les communautés autochtones.

Les pompiers ont aussi été appelés à faire de la sensibilisation lorsque les villégiateurs ont pris d’assaut le territoire au début du déconfinement afin d’éviter les éclosions. Et les visiteurs des autres régions sont toujours très présents sur le territoire, si bien que la population double à cette période de l’année. Cela pousse donc les autorités à redoubler les efforts de sensibilisation auprès des touristes et des résidents temporaires.

Dr Horacio Arruda, directeur national de la Santé publique.

Alors qu’aucun cas d’infection au coronavirus n’a encore été dépisté à La Tuque, personne ne souhaite devenir le premier à contracter la COVID-19, mentionne le maire. «Personne ne veut être cette première personne infectée. Nous sommes dans un petit milieu et tout finit par se savoir», soutient le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.

«Au début de la pandémie, les gens atteins par la COVID-19 devaient être transférés à Québec. Alors la population a épousé les consignes sanitaires en sachant qu’elle n’aurait pas les services de santé près de chez elle. […] C’est peut-être plus facile de passer le message à 15 000 habitants qu’à 15 millions.»

Les touristes doivent faire preuve de respect, estime le Dr Arruda

Questionné sur le mystère La Tuque lors de son passage à Trois-Rivières plus tôt cette semaine, le directeur national de la Santé publique, le Dr Horacio Arruda, n’arrive pas à expliquer entièrement l’absence de cas sur l’ensemble du territoire de la Haute-Mauricie. «Si on avait la réponse, on l’appliquerait à l’ensemble du Québec. Je ne pense pas à une hypothèse cosmique avec une zone protégée», avoue-t-il à la blague.

«Le virus n’a pas pénétré le milieu. Les gens qui sont venus de l’extérieur ont pu prendre des méthodes pour empêcher de se mêler aux populations.»

Le Dr Horacio Arruda ne serait toutefois pas surpris si les premiers cas dépistés à La Tuque le sont après les vacances de la construction, qui représente après tout la plus importante période de déplacements au Québec. «Pour que le virus s’exprime dans une population, il doit y entrer», précise le directeur national de la Santé publique.

Pourtant, les populations de La Tuque et des communautés autochtones de la Haute-Mauricie vivent sur la même planète que nous tous. Lors de la semaine de relâche, plusieurs Latuquois ont voyagé et ont alors été exposés au même risque que tous les autres voyageurs. Le respect des périodes de confinement obligatoire pour les voyageurs a sûrement eu des effets bénéfiques.

«Les éclosions ont aussi eu lieu aux endroits où il y a une forte concentration de population; dans les grandes villes où il y a plus de proximité qu’en Haute-Mauricie», note le Dr Arruda qui demande aux visiteurs des régions peu ou pas affecté par la pandémie de bien appliquer les mesures sanitaires.

«C’est un respect pour les gens qui nous accueillent. Et je pense que c’est important.»