Roger Lavergne

COVID-19: Les entrepreneurs de la région résignés

TROIS-RIVIÈRES — Même s’ils auraient préféré garder leur commerce ouvert, plusieurs entrepreneurs dans le domaine de la restauration, des bars et des loisirs accueillent bien la directive du gouvernement du Québec de fermer un grand nombre de lieux publics, notamment les bars, les cinémas, les centres de ski et les piscines, et de réduire de moitié la clientèle des restaurants. «Ce n’est pas compliqué: le gouvernement ordonne la fermeture des bars et la ministre de la Santé est claire: ‘’faites ce qu’on dit’’. Il ne faut pas paniquer, mais agir, c’est comme ça qu’on va protéger ceux qu’on aime», résume Jean-Claude Leblanc, propriétaire de la Taverne Royale.

M. Leblanc ajoute que pour lui, l’aspect monétaire est moins important que la santé publique. «Le côté monétaire, son petit nombril, on l’oublie. Je ne pense pas être vulnérable, mais si je peux protéger ma grand-mère ou la petite fille de mon frère, qui a des problèmes de santé, et éviter d’engorger le système de santé, je vais le faire», illustre-t-il.

La réaction de sa clientèle régulière à l’annonce de la fermeture du bar confirme d’ailleurs la nécessité de l’intervention du gouvernement. M. Leblanc rapporte que beaucoup de ses clients considèrent la COVID-19 comme une simple grippe et ne restreignent pas leurs activités ou leurs sorties.

Dans les circonstances actuelles, le gouvernement devrait peut-être fermer complètement les restaurants au lieu de restreindre leur capacité d’accueil: c’est ce que pense la propriétaire d’un restaurant de la région contactée par Le Nouvelliste. Selon cette dame, qui a demandé à garder l’anonymat pour elle et son commerce, ce serait peut-être mieux pour assurer la santé de ses employés. Elle déplore d’ailleurs le manque de clarté dans les consignes venant du gouvernement.

«J’ai plein d’interrogations, souligne-t-elle. Je fais comment si 16 personnes veulent réserver? J’assois combien de personnes à une table? Et pourquoi mes employés prendraient-ils le risque de continuer à travailler alors que d’autres arrêtent de travailler?»

L’entrepreneure craint également les impacts de la pandémie sur le portefeuille de ses employés. «Aujourd’hui (dimanche), tous mes groupes ont annulé leur réservation et personnellement, j’aime mieux ça. Mais qu’est-ce que je fais avec le reste de mon personnel? Je suis en train de couper des heures à tout le monde, mais la petite mère de famille qui travaille ici, comment elle va payer son loyer? Elle ne pourra pas le faire», s’inquiète-t-elle.

Avant même la directive de dimanche, la restauratrice affirme déjà bien sentir les impacts de la pandémie sur son chiffre d’affaires, qui a chuté de plus de 50 % depuis la semaine dernière.

Jean-Claude Leblanc

La livraison, un avantage

Le discours de Roger Lavergne, copropriétaire de la chaîne de rôtisseries Fusée, est similaire à celui de M. Leblanc: c’est la santé publique qui prime. Il reconnaît avoir toutefois un avantage par rapport à d’autres restaurants, qui doivent diminuer de moitié le nombre de clients qu’ils accueillent en même temps. «On est beaucoup moins touché parce qu’on fait beaucoup de livraison, mais j’ai quand même des restaurants qui sont touchés, avec des salles à manger de 100 ou 130 places», indique-t-il.

M. Lavergne ajoute que ses rôtisseries mettront en place des mesures pour faciliter les commandes par internet, notamment avec le service PayPal. Il compte également offrir des rabais. Par ailleurs, même s’il constate déjà des baisses de revenus depuis les derniers jours et s’attend à ce qu’elles augmentent, il tient à saluer les actions prises par le gouvernement du Québec.

«Le gouvernement est en action au lieu d’être en réaction. Je salue ça. Oui, on peut trouver ça drastique, mais en voyant comment ça se passe dans d’autres pays, c’est une bonne chose que le gouvernement Legault ait imposé ça», croit-il.

Ce n’est pas uniquement en tant que restaurateur que M. Lavergne est affecté par la directive gouvernementale. En effet, les activités de la Fondation Fusée, dont il est le directeur, sont aussi perturbées. Un événement de charité devait avoir lieu le 19 mars, mais il a naturellement été annulé. Les activités de ski adapté que la Fondation organise chaque année en collaboration avec la station de ski Vallée du Parc ont toutefois déjà eu lieu et ne sont donc pas affectées, se réjouit M. Lavergne.

Rappelons par ailleurs que M. Lavergne est également impliqué dans l’organisation des Cataractes de Shawinigan. «On est sur pause pour le moment, on va voir d’ici deux semaines ce qui va se passer», mentionne-t-il à propos de l’équipe de hockey.

Fin de la saison à Vallée du parc?

Parlant de Vallée du parc, la station de ski doit elle aussi fermer ses portes, dimanche soir, jusqu’à nouvel ordre. Son directeur général, Alain Beauparlant, croit également que la santé publique doit primer sur tout, même sur le profit et la saison de ski. «C’est sûr que comme entreprise, on préférerait demeurer ouvert. Mais le plus important, c’est la santé du personnel et de la population. Alors on va respecter la directive», indique-t-il.

M. Beauparlant se console en se disant que les pertes pour son entreprise auraient été beaucoup plus douloureuses si la pandémie s’était déclarée plus tôt cet hiver, en janvier, par exemple. Il ne perd d’ailleurs pas complètement espoir de voir des skieurs profiter des pentes de Vallée du parc d’ici la fin de la saison, qui se termine habituellement début avril.

Alain Beauparlant

Il est par ailleurs trop tôt pour savoir si les personnes qui ont acheté un billet de saison pourraient s’en faire rembourser une partie. «On n’a pas encore assez d’informations. On va voir avec l’association des stations de ski, mais pour l’instant, on n’a pas de position là-dessus», indique M. Beauparlant.