Des infirmières du CHAUR déplorent la gestion du personnel dans la crise de la COVID-19.
Des infirmières du CHAUR déplorent la gestion du personnel dans la crise de la COVID-19.

COVID-19: la gestion du personnel pointée du doigt par des infirmières

TROIS-RIVIÈRES — Visiblement, la gestion du personnel et des disponibilités ne fait pas l’unanimité au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) de Trois-Rivières. Pendant que Québec vient de demander des renforts de l’armée pour combler le manque d’effectifs dans le réseau de la santé, des infirmières dénoncent le fait que plusieurs personnes formées et aptes à venir travailler de façon plus soutenue dans le réseau sont actuellement non disponibles, puisqu’elles bénéficient encore d’un congé sans solde pour études.

Deux infirmières, qui ont requis l’anonymat par peur de représailles de leur employeur, déplorent également que du personnel actuellement affecté aux cliniques externes et qui verrait présentement très peu de patients par jour ne soit pas déployé sur les étages, là où la situation est devenue très difficile, selon elles.

«On se demande parfois jusqu’à quel point il y a un manque de personnel, ou si ce n’est pas simplement une mauvaise gestion du personnel qui est faite», mentionne l’une de ces infirmières.

Elle rapporte notamment le cas de préposées aux bénéficiaires, actuellement en congé sans solde pour faire des études comme infirmière auxiliaire, qui ne travailleraient qu’une fin de semaine sur deux et refuseraient de donner d’autres disponibilités. Pour ajouter à la frustration de ses collègues, l’une d’elles aurait récemment présenté une demande de Prestation canadienne d’urgence (PCU) qu’elle a pu obtenir puisque la personne gagne moins de 1000 $ par mois.

«Il y a un décret ministériel présentement qui permet de lever les conditions de la convention collective. Pour nous, ça se fait depuis le début. On nous coupe nos fériés, on parle même de nous couper nos vacances, on fait du temps supplémentaire pour aider et faire notre part. Mais la direction n’applique pas le décret pour les congés sans solde. Là, on va faire venir l’armée, des gens non formés pour venir prêter main-forte, pendant que des gens formés restent à la maison et bénéficient de la PCU? Ça nous renverse», constate celle qui dit espérer que le gouvernement fédéral, une fois la crise passée, fera un examen exhaustif de toutes ces demandes et demandera le remboursement des primes versées aux travailleurs de la santé qui étaient aptes à venir travailler dans le réseau.

Récemment, une éclosion est survenue à l’unité de neurologie, forçant le retrait de plusieurs membres du personnel, ce qui n’a pas du tout aidé. Par ailleurs, les chirurgies qui continuent de se faire le sont pour des cas urgents, donc des cas généralement lourds, qui demandent déjà un effort considérable de la part d’une équipe complète normale.

«Ce n’est pas facile, et on craint beaucoup qu’à force d’en demander encore plus à ceux et celles qui sont là, on va épuiser notre monde. Il y a moyen de mieux répartir la tâche sur l’ensemble du personnel, et la direction a les outils en main pour le faire. Alors pourquoi ça ne se fait pas», demande l’infirmière.

Cette dernière, qui travaille généralement à temps partiel, a augmenté ses disponibilités pour offrir davantage de temps au réseau, en plus d’accepter de faire du temps supplémentaire. «Je comprends que ça peut ne pas tenter à certains, mais on a été formé pour ça, c’est notre travail et c’est notre devoir. Moi aussi je me mets à risque, moi aussi j’ai une famille. Mais je considère quand même que c’est très valorisant d’être là, d’aller au front dans cette crise pour aider la population. C’est ça notre mission», considère-t-elle.

Au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, on indique que l’arrêté ministériel comporte divers niveaux et que certains ont été appliqués à l’ensemble du personnel, comme le rehaussement des postes temps partiel vers du temps plein.

Pour ce qui est des congés sans solde pour études, l’intervention s’est faite en zones chaudes pour le moment. La direction demande donc à ce que les heures de disponibilités équivalent aux heures de congé sans solde pour les cours. Une mesure qui est présentement appliquée dans les zones où la demande est très forte, soit le CHSLD Laflèche, celui de Saint-Tite de même que le département des soins intensifs du CHAUR.

«On est constamment en travaux pour regarder la possibilité de l’appliquer ailleurs s’il fallait que les besoins soient nécessaires. Par contre, on ne veut pas non plus mettre un terme à tous les congés sans solde pour ne pas nuire aux études. La formation que ces gens-là sont en train d’aller chercher deviendra, à court terme, un plus pour nous», considère Julie Michaud, porte-parole du CIUSSS-MCQ.

Concernant l’obtention de la Prestation canadienne d’urgence pour des gens présentement en congé sans solde, elle préférait ne pas se prononcer, n’ayant pas pu étudier le dossier de la personne ou des personnes concernées.

Dans l’ensemble du CIUSSS-MCQ, il y a présentement 1267 personnes en congé sans solde pour formation. De ce nombre, 1099 le sont à temps partiel, et certains d’entre eux ont dû rehausser leurs heures de disponibilité dans le contexte de la crise actuelle, ajoute Julie Michaud.