La matelot-chef Leanne Thiel parle beaucoup avec les résidents, un geste qui est beaucoup apprécié par ceux-ci.
La matelot-chef Leanne Thiel parle beaucoup avec les résidents, un geste qui est beaucoup apprécié par ceux-ci.

COVID-19: des militaires au front

TROIS-RIVIÈRES — Incapables de rester assis à ne rien faire lorsque nous sommes collectivement confrontés à une crise majeure, des marins du NCSM Radisson de Trois-Rivières n’ont pas hésité à se porter volontaire pour aller aider des résidents de CHSLD fortement touchés par la pandémie de COVID-19. Cette expérience immensément humaine transforme certains de ces militaires.

«On nous demande de l’aide. C’est sûr que je vais y aller. Je suis jeune et en santé. J’étais capable de répondre à cet appel, alors je n’ai pas du tout hésité», confie Leanne Thiel, matelot-chef au NCSM Radisson de Trois-Rivières.

Enseignante d’anglais et de mathématiques pour l’école Vision de Varennes, Leanne Thiel poursuit parallèlement une carrière dans la marine au sein du NCSM Radisson de Trois-Rivières. La matelot-chef qui a passé une très grande partie de sa vie dans la région y occupe les fonctions d’administratrice des ressources humaines. Même si elle n’habite plus à Trois-Rivières, elle tient à demeurer dans son unité avec ses consoeurs et confrères qu’elle affectionne.

À l’instar donc de plusieurs militaires de la région déployés au front de la pandémie de COVID-19, Leanne Thiel travaille au CHSLD Nazaire-Piché de Lachine, un centre d’hébergement durement touché par la pandémie. Sans formation médicale, la matelot-chef est une aide de service. Elle fait donc toutes les tâches de soutien au personnel médical, comme l’accompagnement des résidents ou encore du nettoyage. Des tâches essentielles et cruciales pour endiguer le coronavirus, alors que plusieurs travailleurs de la santé ont dû être confinés à leur résidence après avoir contracté la COVID-19.

Leanne Thiel prend aussi du temps pour discuter avec les résidents tout en leur tenant la main. Ces douces attentions font un bien incroyable à ces personnes qui vivent depuis plus de deux mois isolées dans la crainte d’une mort imminente. «Je suis vraiment contente de ce que je fais et j’adore être avec les personnes âgées», confie-t-elle. «Je trouve ça touchant de passer du temps avec eux.»

En tout, 17 marins de la région membres du NCSM Radisson participent en effet à l’Opération LASER, ce déploiement sans précédent des Forces armées canadiennes pour venir en aide au réseau de la santé. Autant en Ontario qu’au Québec, la présence des militaires a mis en lumière des lacunes dans les CHSLD. Les deux entrevues réalisées par Le Nouvelliste ont toutefois été faites avant que ne soient rendus publics les deux rapports des Forces armées sur les résidences pour personnes âgées.

Quatorze de ces militaires sont actuellement dans les CHSLD, alors que trois sont à leur domicile et occupent des rôles de soutien en plus d’être prêts à un éventuel déploiement. Ces marins ont bien sûr reçu une formation sur le port d’équipements de protection individuelle et «gériatrie, le vieillissement, les particularités des aînées et les soins de fin de vie», précise le lieutenant de vaisseau François Marquette, officier des affaires publiques de l’Opération LASER.

La matelot-chef Leanne Thiel.

L’enseigne de vaisseau de 2e classe Amine Chadjaa s’est aussi porté volontaire pour prendre part à l’Opération LASER. L’étudiant en comptabilité de Trois-Rivières et officier de logistique au NCSM Radisson. Dans le cadre de ce déploiement militaire, il est responsable d’une section composée de quelques militaires. Au début de chaque quart, il affecte en fonction des priorités de la journée ses subalternes à différentes tâches. «Ces tâches peuvent consister à nettoyer des vêtements, entreposer du matériel non médical ou encore plusieurs autres tâches demandées par les préposés ou les infirmières auxiliaires», explique M. Chadjaa qui n’a pas qu’un rôle de gestion.

Assigné au quart de nuit, Amine Chadjaa doit notamment veiller au confort des résidents et à ce que leurs besoins d’hygiène personnelle soient comblés. Des fois, sa simple présence suffit à rassurer les résidents qui vivent dans la crainte de la maladie et de la mort.

«Notre présence est très appréciée par les résidents et le personnel. Les résidents sont vraiment contents d’avoir des gens avec qui parler», note Amine Chadjaa.

«Et on se fait dire par les membres du personnel que depuis qu’on est ici, ils se sentent vraiment supportés.»

«Je veux être là pour eux»

La matelot-chef Leanne Thiel avoue être transformée par cette expérience de travail dans un CHSLD... très loin de sa zone de confort habituelle. «Je me sens utile d’être là, mais c’est plus que ça. Je me sens vraiment humaine de juste leur donner une dignité», confie-t-elle.

«Quand notre mission sera terminée, je veux pouvoir revenir à ce CHSLD pour y faire du bénévolat pour garder contact avec les gens. Ça me touche beaucoup ce qu’ils vivent et on tisse des liens. Je veux être là pour eux... pas juste en temps de pandémie.»

Même si cette mission des Forces armées canadiennes est très différente des déploiements militaires habituels et de ses fonctions d’officier de logistique, Amine Chadjaa y voit malgré tout une tout autre facette de la marine. «C’est vraiment une expérience enrichissante. Mais j’ai dû m’adapter», avoue-t-il.

L’enseigne de vaisseau de 2e classe Amine Chadjaa.

Ces semaines passées dans un CHSLD poussent aussi Leanne Thiel à se questionner sur la place des aînés dans notre société, qu’on «tasse un peu de côté».

«Ça me pousse à me poser beaucoup de questions sur nos aînés; sur comment on perçoit la vieillesse et comment on en prend soin», mentionne-t-elle.