Anthony Deshaies est directeur général de la CDC de la MRC de Bécancour.
Anthony Deshaies est directeur général de la CDC de la MRC de Bécancour.

COVID-19 : les impacts de la crise sur le milieu communautaire

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA Tuque — La pandémie a mis beaucoup de pression sur les organismes communautaires. Un nouveau projet recherche se penchera d’ailleurs sur la question. La recherche visera à mesurer et à documenter les impacts de la crise de la COVID-19 sur les organismes communautaires autonomes du Québec. D’ici là, les différentes organisations de la région redoublent d’efforts pour continuer d’accomplir leurs missions.

«Les organismes ont un bon moral malgré tout. Je les trouve bons, ils sont prêts à se relever les manches, mais je pense qu’ils vont s’attendre à ce que l’État reconnaisse leur travail et leur expertise», affirme Anthony Deshaies, directeur général de la CDC de la MRC de Bécancour.

«Les gens savent qu’il y a des défis à relever et franchement, ils sont aptes à relever ces défis-là. Ils font ce qu’ils ont à faire. On a fait des apprentissages au printemps et là on les met vraiment en application», ajoute pour sa part Jennifer Olsen directrice générale de la CDC du Haut Saint-Maurice.

À travers toutes les actions, l’épuisement, la fatigue intellectuelle, et même parfois le sentiment d’impuissance, commencent à se faire sentir chez les travailleurs et dirigeants de certaines organisations.

«Ils sont dans l’état d’esprit que je retrouve habituellement une ou deux semaines avant le congé des Fêtes. Il y a un épuisement et de la fatigue. On est en octobre. La crainte que j’ai, c’est que cet épuisement-là se transforme en burnout, que des gens tombent au combat», confie Martin Boire, président de la Table nationale des Corporations de développement communautaire (TNCDC).

Ce dernier estime qu’en plus de la pandémie, la pénurie de main-d’œuvre y est pour quelque chose. Il rappelle que le recrutement et la rétention de personnel sont difficiles pour les organismes communautaires, notamment en raison du sous-financement des organismes.

Il faut d’ailleurs être imaginatif pour faire des campagnes de financement en temps de pandémie avec la distanciation de deux mètres, l’interdiction de rassemblement et la diminution du nombre de bénévoles.

La CDC du Haut Saint-Maurice a pour sa part été dans l’obligation de renoncer au Bingo, une importante activité de financement pour l’organisme. Elle a eu besoin d’aide pour continuer.

«C’est la première fois que ça nous arrive d’avoir besoin d’une aide de cet ordre-là», souligne Jenifer Olsen.

Jenifer Olsen est directrice générale de la CDC du Haut Saint-Maurice.

Différents programmes ont été mis en place pour venir en aide aux organismes, mais l’argent se fait attendre encore dans certains cas.

«L’argent, on ne l’a pas vu encore. On n’a pas encore toutes les modalités. L’intention est bonne, les montants sont très intéressants, il n’y a jamais eu autant d’argent disponible par contre, ça n’a jamais été aussi difficile de la dépenser», indique Anthony Deshaies.

«Le gouvernement a sorti différents fonds d’urgence, mais chaque fois, c’est un formulaire supplémentaire à compléter. Quand on a des directions à bout de souffle qui doivent pallier un manque de personnel. S’asseoir et prendre le temps de remplir, une, deux, trois demandes de financement ça devient lourd», note pour sa part M. Boire.

Analyser les impacts de la crise

Le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) et la TNCDC ont lancé récemment l’Observatoire de l’ACA afin de documenter les impacts de cette crise sur les organismes et sur les personnes rejointes.

«On a des indicateurs, des échos, des directions qui nous interpellent, mais tout ça, c’est nouveau. C’est difficile à chiffrer. L’observatoire de l’ACA va permettre de chiffrer ça», soutient Martin Boire, président de la TNCDC.

On souhaite également que ce projet puisse appuyer les travaux entourant le futur Plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire (PAGAC) par des données concrètes pour qu’il puisse s’arrimer aux besoins réels des organismes et surtout, de la population.

«On a beaucoup d’attentes pour ce prochain plan d’action. On espère qu’il va tenir compte de la nouvelle réalité de la COVID et que les données qu’on va sortir avec l’observatoire vont enrichir ce plan. Il faut que l’action communautaire soit consolidée pour qu’on soit présent lors de la prochaine crise», ajoute-t-il.

La Table nationale des Corporations de développement communautaire a aussi dévoilé récemment les résultats d’un sondage qu’elle a mené auprès de ses membres sur les impacts de la crise.

On note qu’il y a eu une diminution des activités de concertation et que les CDC ont réussi à maintenir leur contact avec leurs membres, notamment par téléphone, courriel, etc. La majorité des répondants ont pu maintenir leur offre de formation en l’adaptant au contexte. Il ressort également des points positifs comme le développement de nouveaux liens et la consolidation des partenariats.

Martin Boire est président de la Table nationale des Corporations de développement communautaire (TNCDC)

«On souhaite que les comités qui ont été mis en place restent et que les liens qui sont développés avec les partenaires persistent dans le temps. Certaines pratiques qu’on a adaptées vont rester, même quand la pandémie va être terminée», insiste M. Boire.

«On est chanceux ici parce que nos élus municipaux croient en notre mission, ils ont vu notre expertise. Dès le 20 mars, on a mis une cellule de crise en place. Je salue l’ouverture de nos élus. C’est un espace de concertation qui nous permet de trouver des solutions rapidement. On est dans l’action et ça paraît», a ajouté M. Deshaies.