Le secteur du lac Saint-Pierre à Louiseville avait des allures de Venise.

Courage, résilience et solidarité

Louiseville — Comme c’est l’habitude depuis 2010, la direction du Nouvelliste profite de la fin de l’année pour souligner les réalisations de trois personnalités de la région, une dans le secteur de l’actualité générale, une dans le domaine des arts et une autre dans le domaine sportif. L’année 2017 marque une exception pour la personnalité du domaine de l’actualité générale. Ce n’est pas une, mais bien toutes les personnes touchées par les inondations du printemps qui sont désignées personnalités de l’année. Dans le domaine des arts, le titre revient à Denis Villeneuve. Le cinéaste originaire de Gentilly s’est notamment illustré au dernier gala des Oscars grâce à son film "Arrival": huit nominations, un trophée pour le meilleur montage sonore. Patrick Charlebois remporte la palme dans le domaine sportif. Ce coureur a accompli un exploit digne de mention en participant à sept marathons en sept jours sur sept continents.

Printemps 2017. Cette saison sera marquée à jamais dans la mémoire de milliers de résidents de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui ont goûté deux fois plutôt qu’une aux caprices de Dame Nature durant une crue des eaux particulièrement animée. Mais ce désolant spectacle a toutefois mis en scène des acteurs de premier plan: le courage, la résilience et la solidarité.

La crue des eaux fait les manchettes durant plus de deux mois: des secteurs sont inondés, des maisons sont endommagées, des morceaux de terrains et de routes sont emportés, des terres agricoles sont touchées, des politiciens annoncent de l’aide, l’armée canadienne arrive en renfort. Le niveau des rivières et du fleuve Saint-Laurent est surveillé de près, les prévisions météo sont décortiquées, les plans d’urgence sont mis de l’avant. Et les citoyens se retroussent les manches.

Marc H. Plante, député de Maskinongé, et Sébastien Doire, directeur régional de la Sécurité civile, étaient à Yamachiche en mai afin de rencontrer des sinistrés.

Sébastien Doire était aux premières loges de cette période d’inondations. Le directeur régional de la Sécurité civile n’hésite pas à employer le mot catastrophe pour décrire le dernier printemps.

«Habituellement, ça dure deux semaines. Mais ça a été un événement naturel d’une ampleur que les gens n’avaient pas vue depuis 40 ans. En certains endroits, ça a touché beaucoup de gens et de municipalités dans la région. Mais ça a été une région où les gens ont été solidaires. On dit toujours qu’on est dans une société individualiste, mais on voit que les gens ont encore l’esprit à l’entraide: des gens vont aider des voisins, des gens sont partis d’autres municipalités pour venir aider, un groupe de bénévoles a été lancé. Ça nous touche. On ne reste pas indifférent à ça», raconte M. Doire, qui ne compte plus les jours durant lesquels il a travaillé pendant 15 à 18 heures.

Le réalisateur Jean-François Blais a été l’instigateur du spectacle "Inondés d’amour", qui a rassemblé une trentaine d’artistes à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières

Jean-François Blais a connu les deux côtés de la médaille. D’abord comme sinistré à Yamachiche, le réalisateur télé a vu toute la mobilisation manifestée par sa famille, ses amis, mais aussi des gens de son voisinage.

«La solidarité était hyper présente. Le secteur devient une petite communauté. Ça fait un quartier très uni. C’est clair que ça change des choses. Du monde qui se tient, ça n’a pas de prix», raconte M. Blais, visiblement ravi que Le Nouvelliste salue le courage des sinistrés des inondations en les nommant personnalités de 2017.

Si M. Blais a reçu beaucoup de soutien de la part de son entourage, il a tenu à faire sa part afin d’aider non seulement les sinistrés de la région, mais de tout le Québec. Après avoir appris que les gouvernements supérieurs allaient fournir de l’aide, l’idée du spectacle-bénéfice a germé.

«Je me suis réveillé un matin avec cette idée. Isabelle (Viviers, sa conjointe qui travaille elle aussi dans le milieu artistique) se réveille un peu plus tard et je lui dis que j’ai une idée de fou!»

Mme Viviers décide aussitôt de prendre le côté organisationnel avec la Croix-Rouge, étant donné la nature du spectacle. M. Blais s’occupe de la gestion du spectacle et du volet artistique. En deux semaines et demie, le spectacle est sur pied.

«Si j’ai un coup de coeur à donner, raconte M. Blais, c’est à tous les participants: les artistes, les artisans, l’équipe de l’Amphithéâtre Cogeco qui a été d’une grande disponibilité, même chose pour Daniel Brouillette (grand patron des stations de radio de Cogeco en Mauricie) qui était mon point d’ancrage à Trois-Rivières, les commanditaires et la population. Ça a donné un moment unique où les astres se sont alignés pour tourner la page sur des événements dramatiques et s’aligner vers la reconstruction».

M. Blais a été ravi de la réponse du public à l’annonce de la tenue du spectacle-bénéfice qui a rapporté autour de 100 000 $. Les billets se sont envolés en quelques heures, un signe que les gens voulaient appuyer la cause, selon Marc H. Plante.

Le port Saint-François à Nicolet est un des nombreux secteurs de la région ayant été inondés.

À titre de député de Maskinongé, M. Plante a constaté avec bonheur cette entraide qui s’est manifestée au gré des besoins, que ce soit pour aider les gens à sortir de leur maison par chaloupe pour qu’ils puissent aller faire des courses ou pour jouer le rôle de relais nautique entre une pharmacie et une personne âgée sinistrée qui avait besoin de médicaments.

«Je savais que les gens de chez nous étaient généreux, mais cela a été une preuve supplémentaire. Ça m’a fait chaud au coeur de voir toute cette entraide. Et on a été chanceux de l’efficacité de la Sécurité publique et des municipalités pour l’aide aux citoyens. L’armée a été d’un secours extraordinaire, les intervenants sociaux se promenaient de maison en maison pour voir si les sinistrés allaient bien et on a été choyé pour la coordination. Chapeau à Sébastien Doire! Les intervenants sur le terrain n’ont pas de critiques à recevoir.»

M. Plante reconnaît volontiers que le gouvernement québécois a des leçons à tirer de cette catastrophe.

«Le gouvernement doit simplifier le programme d’aide financière et répondre plus rapidement aux réclamations. On l’a dit et on va le faire», dit le député de Maskinongé, en faisant allusion au dépôt d’un plan d’action du gouvernement cet hiver.

Selon Jean-François Blais, tous les citoyens devront prendre l’habitude d’être solidaires.

«On est tous à risque d’une catastrophe à cause des changements climatiques. Il faut se conscientiser. Les gouvernements ont leur part à faire, mais les compagnies d’assurances doivent aussi s’adapter. Les temps changent. Les compagnies d’assurances doivent offrir des programmes pour des catastrophes comme celle-là. Si on peut s’assurer pour le feu, on peut s’assurer pour l’eau.»

Sébastien Doire croit que les gens doivent apprendre à mieux se préparer en cas de sinistre.

«Comme citoyen, qu’est-ce qu’on peut faire pour que notre sécurité soit assurée si ça se représente l’an prochain, dans cinq ans, dans 10 ans? Ça vaut autant pour les municipalités, les ministères. Quand on vit quelque chose qui arrive aux 40 ans, on essaie d’apprendre de nos succès et de nos moins bons succès. Ce ne seront pas les dernières inondations. Un petit répit pour 2018, ça ferait du bien! Mais encore une fois, c’est Dame Nature qui va décider.»