Le Festival western de Saint-Tite n’avait jamais été annulé depuis 1967.
Le Festival western de Saint-Tite n’avait jamais été annulé depuis 1967.

Coup dur pour le monde des rodéos

Saint-Tite — Pour la première fois depuis 1967, il n’y aura pas de rodéo au cœur de Saint-Tite. Les Grandes Estrades, qui accueillent plus de 70 000 spectateurs durant les festivités en septembre, resteront désertes. Le deuil commence pour les compétiteurs, dont plusieurs entretenaient un mince espoir de pouvoir débarquer dans la capitale québécoise du western à la fin de l’été.

«C’est comme si on annulait notre party de Noël en famille. Pour nous, le Festival western de Saint-Tite, c’est ça. Ce n’est pas un hasard si c’est l’un des plus appréciés au monde», soupire le responsable des rodéos Sylvain Bourgeois, qui s’était déjà entretenu avec une cinquantaine de personnes, en fin d’après-midi, au moment de répondre au Nouvelliste.

«Nos cow-boys sont déchirés, car la situation est la même partout en Amérique du Nord. Par contre, on se disait que les rodéos de septembre seraient peut-être sauvés. On doit malheureusement se rendre à l’évidence que non.»

Jessica Gauthier en 2016

Pour Saint-Tite, on parle tout de même de 10 rodéos annulés. Parmi les 600 000 visiteurs du Festival, plusieurs convergent vers le site des Grandes Estrades chaque année pour voir les compétitions comme la monte du cheval, la prise du veau au lasso, le terrassement du bouvillon, la course entre barils ou de sauvetage, l’échange de cavaliers et, bien sûr, la monte du taureau. Les clowns de rodéos divertissent aussi la foule, l’une des meilleures de la discipline. Bref, Saint-Tite est un endroit spécial.

«Je suis sous le choc», concède Timothy Brunelle, un cow-boy originaire de Saint-Tite.

«Pour nous, c’est plus qu’un passe-temps, c’est carrément un mode de vie. On consacre toutes nos fins de semaine à voyager d’un rodéo à l’autre, quand la saison commence, afin d’accumuler un maximum de points pour nous qualifier en vue du Festival western. Je vais redoubler d’efforts à l’entraînement pour être prêt en 2021.»

Timothé Brunelle en 2016

Même son de cloche pour Jessica Gauthier, l’une des bonnes cow-girls du monde du rodéo. «La décision nous fend le cœur, mais c’est mieux pour la santé publique», dit celle qui se considère chanceuse d’avoir ses chevaux avec elle. Ce n’est pas le cas de tous les cavaliers.

«Certains vivent en campagne, donc ils peuvent s’occuper de leurs chevaux. D’autres non, ils sont loin d’eux, ils s’ennuient de leurs montures. C’est vraiment triste», ajoute Sylvain Bourgeois, qui demeure à Saint-Tite. Il a une trentaine de chevaux sur sa terre.

«Je commence à jouer avec les poulains, à les habituer au monde du rodéo. Pour les plus vieux cependant, c’est comme des vacances d’un an qui se préparent! Je suis certain qu’ils préféreraient retourner aux compétitions, du moins si je me fie à leurs réactions dès qu’on stimule les petits. On n’a pas le choix de leur dire de retourner manger du foin, en attendant!»

La monte du taureau est l’une des compétitions les plus populaires lors des rodéos du Festival western.

Bourgeois a pu s’entretenir avec des responsables du Stampede de Calgary. Cette emblématique compétition a survécu aux inondations de 2013 dans la métropole albertaine ainsi qu’à la Seconde Guerre mondiale. Elle risque cependant d’être une autre victime de la COVID-19. Ce serait la première fois qu’elle mettrait un genou au sol en plus de 100 ans.

«On peine à croire ce qui nous arrive en ce moment. Il y a quelques mois encore, on devait se défendre contre des gens qui nous accusaient de cruauté animale, qui voulaient qu’on disparaisse. On s’est battus pour démontrer que nous prenons soin de nos animaux, mais jamais on n’aurait pensé que le Festival western serait annulé. Le coronavirus n’épargne personne.»