L’Association regroupant les installateurs et les signaleurs du Québec a organisé dimanche un cortège et une haie d’honneur afin de rendre un dernier hommage à leur collègue Sylvain Beaulieu, décédé tragiquement.
L’Association regroupant les installateurs et les signaleurs du Québec a organisé dimanche un cortège et une haie d’honneur afin de rendre un dernier hommage à leur collègue Sylvain Beaulieu, décédé tragiquement.

Cortège en hommage au signaleur décédé: «Il faut que ça cesse!»  [VIDÉO]

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Shawinigan — «Je suis de plus en plus nerveux jour après jour parce que les gens ne se calment pas, ils empirent. Il faut vraiment que ça cesse!» Rassemblés à Shawinigan afin de rendre un dernier hommage à leur collègue Sylvain Beaulieu, décédé tragiquement le 21 septembre dernier après avoir été heurté sur un chantier routier à Sainte-Eulalie, Yannick Lallemant-Capocci et ses collègues travailleurs et travailleuses de la signalisation routière n’avaient qu’un seul souhait dimanche, soit celui de se faire entendre pour qu’un tel drame ne se reproduise plus jamais.

«On est tous des travailleurs du domaine et on s’est mobilisé pour rendre un dernier hommage à M. Beaulieu, puisqu’on estime que notre domaine n’est pas respecté beaucoup par les automobilistes et on aimerait se faire entendre par nos gouvernements, mais aussi par la population pour que nos travailleurs soient finalement respectés», souligne Éric Laflamme, président de l’Association regroupant les installateurs et signaleurs du Québec (ARISQ).

Ainsi, vers midi, dimanche, le long cortège de plus d’une soixantaine de camions et de signaleurs venus des quatre coins du Québec a quitté la rue Burrill à Shawinigan en direction du Salon funéraire Saint-Ours, où famille et amis étaient réunis pour rendre un dernier hommage à Sylvain Beaulieu.

De nombreux camions avaient d’ailleurs été décorés pour l’occasion. Sur l’un d’eux, on pouvait nomment y lire «Assez c’est assez, ralentissez sur un chantier. Un autre travailleur tué sur un chantier routier».

Afin de rendre l’événement encore plus significatif, le cortège s’est dirigé sur l’autoroute et a roulé à la vitesse minimale permise, soit 60 km/h pour tenter, du moins, de sensibiliser les automobilistes.

Arrivé à destination, alors que la famille du défunt était déjà sur les lieux, c’est sous une pluie de klaxons que le cortège a décidé de se faire entendre, avant de faire une haie d’honneur avec les véhicules routiers devant le salon funéraire.

Symboliquement, quelques signaleurs ont par la suite déposé des drapeaux, l’un de leurs précieux outils de travail devant les portes de l’endroit.

Colère et incompréhension

L’incompréhension, mais surtout la colère était palpable dimanche, chez les signaleurs présents qui en avaient d’ailleurs long à dire sur le sujet.

«On risque beaucoup notre vie sur les chantiers et je suis extrêmement nerveux. Ce genre de situation peut arriver n’importe quand si quelqu’un texte au volant ou si un conducteur fait une crevaison par exemple. Tout ce qu’on veut, c’est que ça se calme et que les gens ralentissent», explique le monteur de chantiers, Yannick Lallemant-Capocci.

Un son de cloche similaire chez ses consoeurs de la rive sud de Trois-Rivières.

Éric Laflamme, président de l’ARISQ et Michel Thouin, vice-président de l’ARISQ souhaitent que les automobilistes respectent davantage les signaleurs routiers.

«Je sens que notre métier n’est pas assez reconnu et il faut qu’on se soutienne, car on n’est pas assez respectés. Ça arrive souvent que les véhicules ne respectent pas les chantiers routiers et que certains arrivent à toute vitesse. À certains moments, des gens passent quasiment sur nous. Ça fait peur», déplore la travailleuse de la signalisation Karine Saucier.

«Tous les jours, on a une crainte, car on ne sait jamais ce qui peut arriver et on ne sait jamais si on va revoir notre famille. Il faudrait que les gens commencent à réaliser que les panneaux sont là pour une raison et que nous, on est là pour la sécurité de tout le monde», a pour sa part soutenu sa collègue Kathleen Barcalo.

L’événement n’est d’ailleurs pas sans rappeler de douloureux souvenirs à la signaleuse routière Patricia Kurr qui l’a échappé belle en 2018, alors qu’elle travaillait sur un chantier.

Les signaleuses Patricia Kurr, Karine Saucier et Kathleen Barcalo déplorent les nombreux mauvais comportements sur les chantiers routiers.

«Il y a encore trop de décès et d’accidents sur les chantiers, mais surtout, trop de conducteurs téméraires qui n’ont aucun respect. D’ailleurs, moi j’ai été heurtée en 2018 à Brossard sur un chantier et on attend encore les procédures judiciaires. Je voulais parler au conducteur en question et à cause de la frustration qu’il avait envers la construction, il a donné un coup de roue et m’a ramassée et a atteint ma hanche. Heureusement qu’on était au mois d’octobre, car j’avais plusieurs couches de vêtements. Le 20 octobre 2018, c’est vraiment une date que jamais je ne vais oublier», a-t-elle raconté.