L'inquiétude autour du nouveau coronavirus a monté d’un cran, mercredi, dans la province. Le gouvernement Legault a annoncé toute une série de mesures, certaines volontaires d’autres obligatoires, destinées à prévenir la propagation de la COVID-19 au Québec.
L'inquiétude autour du nouveau coronavirus a monté d’un cran, mercredi, dans la province. Le gouvernement Legault a annoncé toute une série de mesures, certaines volontaires d’autres obligatoires, destinées à prévenir la propagation de la COVID-19 au Québec.

Coronavirus au Québec: l’inquiétude monte d’un cran

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Un nouveau cas confirmé de la COVID-19 au Québec a été annoncé mercredi soir par le ministère de la Santé et des Services sociaux, portant le total à neuf cas confirmés au Québec.

Cette fois, il s’agit d’une personne qui a voyagé en Italie et qui a consulté un médecin en Estrie. Cette personne est en isolement à domicile, selon le ministère qui précise que la recherche de «contacts étroits» est en cours.

Cette annonce survient alors que l’inquiétude autour du nouveau coronavirus a justement monté d’un cran, mercredi, dans la province. Le gouvernement Legault a annoncé toute une série de mesures, certaines volontaires d’autres obligatoires, destinées à prévenir la propagation de la COVID-19 au Québec.

L’annonce de ces mesures de prévention du coronavirus, faite conjointement par la ministre de la Santé, Danielle McCann, et le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, survenait au moment où un huitième cas avait été détecté, dans la région de Trois-Rivières.

Une directive gouvernementale au personnel hospitalier l’enjoint à renoncer désormais aux voyages à l’étranger, qu’ils soient d’ordre professionnel ou personnel. Il s’agit cependant d’une mesure volontaire, contrairement à celle qui vise les employés de l’État.

Jusqu’à nouvel ordre, il sera interdit à tous les employés de la fonction publique québécoise d’effectuer des voyages d’affaires à l’étranger.

Le gouvernement recommande de plus aux élèves qui sont de retour d’un voyage scolaire effectué dans un pays à risque de s’imposer une quarantaine de deux semaines, qu’ils aient des symptômes ou non.

De plus, les directions d’écoles seront invitées à annuler les voyages scolaires prévus dans les pays à risque, dont l’Italie et la Chine. La liste de ces pays où sévit le coronavirus sera rendue publique.

Grands rassemblements

La tenue de grands rassemblements, qu’il s’agisse d’événements sportifs ou culturels, est devenue un autre sujet de préoccupation à Québec. Pour l’instant, on ne vise pas les événements locaux, mais les grands événements internationaux feront désormais l’objet d’une évaluation, au cas par cas, pour déterminer s’ils doivent être annulés ou non.

Le virus a déjà fait une première victime : la tenue des championnats du monde de patinage artistique, prévus la semaine prochaine à Montréal, est annulée. Trois galas de boxe devant se tenir ce mois-ci à Montréal ont aussi été annulés.

Chaque personne éprouvant des symptômes de la maladie (toux, difficultés respiratoires) devrait composer le 811, a conseillé de son côté le premier ministre François Legault en mêlée de presse, en rappelant les mesures d’hygiène de base qui s’imposent, soit notamment de se laver les mains fréquemment et d’éviter de serrer la main de quiconque. Au restaurant, on suggère de bouder les buffets.

Sauf que, déjà, la ligne 811 déborde et le temps d’attente pour obtenir des informations peut atteindre une heure, voire davantage, une augmentation «exponentielle», a constaté la ministre McCann.

Mais le pire, apparemment, reste à venir. «C’est sûr, compte tenu de ce qui se passe dans le monde, on s’attend à une hausse (du nombre) de cas», a commenté M. Arruda, en point de presse. Le contraire serait «impensable», selon l’expert, qui s’attend à déplorer des décès dans les prochains mois au Québec.

Dans le meilleur des cas, il pourrait y avoir une accalmie au printemps, mais le virus pourrait bien revenir en force à l’automne, a-t-il prédit, en disant qu’à ce stade-ci il était bien difficile de préciser quelle sera l’ampleur de l’épidémie chez nous.

Dans les mois qui viennent, il faut s’attendre aussi à voir des institutions d’enseignement, écoles et universités, fermer leurs portes pour un temps, si on évalue qu’elles sont devenues «des foyers de transmission», a précisé M. Arruda.

Par contre, il ne faut pas s’attendre selon lui à voir apparaître un vaccin avant la fin de l’année.

Dans ces circonstances, toute personne qui revient de voyage, quel que soit le pays, devrait être attentive à l’apparition du moindre symptôme et ne pas hésiter à consulter, espère M. Arruda.

Une attention particulière doit être apportée aux personnes plus vulnérables, comme les personnes âgées qui vivent en centre d’hébergement «et qui sont à risque», a ajouté le premier ministre Legault.

«Je demande aux Québécois d’être prudents», a-t-il dit, adoptant un ton plus alarmiste que par le passé pour aborder cette question de santé publique.

La ministre responsable des aînés, Marguerite Blais, a renchéri, pour exhorter les Québécois ayant des proches âgés à se montrer «extrêmement prudents» dans leurs contacts avec les aînés vulnérables.

«Si vous avez voyagé au cours des 14 derniers jours, abstenez-vous» d’aller visiter une personne âgée, surtout si elle vit dans un centre d’hébergement, a insisté Mme Blais, dans un message à la population.

Le premier ministre Legault s’est montré par ailleurs satisfait du plan fédéral d’un milliard $ proposé le matin même par le premier ministre Justin Trudeau et destiné à mieux soutenir les provinces aux prises avec l’épidémie, qualifiée désormais de «pandémie mondiale» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La ministre McCann a dit de son côté que le réseau de la santé était prêt à envisager toute éventualité : les hôpitaux ont fait des provisions d’équipement protecteur, des chambres à pression négative seront disponibles, des chirurgies électives seront reportées au besoin pour libérer des lits additionnels.

«On se prépare aux pires scénarios», a-t-elle indiqué, en se faisant rassurante sur la question de l’argent.

Car les ressources financières requises seront disponibles dans tous les cas de figure, selon la ministre, en reprenant le discours tenu la veille par le ministre des Finances, Eric Girard.

À ce propos, se faisant lui aussi rassurant sur ce point, le premier ministre Legault a indiqué que si jamais les choses tournaient mal et que le Québec était frappé de plein fouet par la COVID-19, son gouvernement pouvait compter sur une réserve de stabilisation évaluée à 14 milliards $.

Le premier ministre va donner l’exemple : à compter de jeudi, il renonce à ses mêlées de presse quotidiennes, alors que les journalistes de la tribune de la presse s’entassaient autour de lui, les uns contre les autres, pour poser leurs questions. Les points de presse seront désormais tenus dans une salle où chacun aura droit à son espace, ce qui minimisera les risques de transmission du virus.