Malgré sa forte croissance, la Coopérative de solidarité santé Le Rocher peine à maintenir son membership.

Coopératives de santé: Une solidarité à vitalité variable

Shawinigan — À son ouverture en 2012, la Coopérative de solidarité santé Le Rocher s’enorgueillissait de ses quelque 10 000 membres. Sept ans plus tard, elle en compte... 5750.

«Au début, nous devions avoir 10 000 membres pour obtenir le prêt pour acheter le bâtiment et le rénover», explique Gabriel Sansoucy, directeur de cette coopérative. «Beaucoup de gens ont adhéré en pensant que cette participation leur fournirait un médecin s’ils n’en avaient pas, ou qu’ils en obtiendraient un lorsque leur médecin quitterait la profession. C’est l’idée générale véhiculée dans les 44 coopératives de santé à travers la province.»

Évidemment, le but de ces organismes, expliqué de long en large au fil des années, consiste plutôt à offrir un environnement de pratique de qualité pour attirer des médecins et diverses ressources complémentaires. Actuellement, M. Sansoucy estime que 800 de ses coopérants ne sont pas pris en charge par un médecin.

Depuis le 1er janvier, chaque membre de la Coopération de solidarité santé Le Rocher doit payer une cotisation annuelle de 50 $, qui s’ajoute à la part sociale de 50 $ versée à l’ouverture du dossier. Il n’y a pas de frais pour les enfants de moins de 18 ans.

L’augmentation de la cotisation annuelle n’explique pas la baisse de membership, croit M. Sansoucy. L’an dernier, elle s’établissait à 40,25 $.

À l’usage, les membres se rendent bien compte que même s’ils ne renouvellent pas leur adhésion, ils seront toujours suivis. Par ailleurs, ceux qui étaient desservis et qui sont piégés par un départ à la retraite constatent que leur statut de membre ne leur procure aucun avantage pour être pris en charge par un nouveau médecin.

François Allaire, directeur de la Fédération québécoise des coopératives de santé, mentionne qu’une analyse a été réalisée, l’été dernier, pour établir un portrait des 44 coopératives de santé à travers la province. On dénombrait alors 90 000 membres, mais impossible de connaître la tendance provinciale.

Il reconnaît toutefois que le recrutement et la fidélisation des coopérants demeurent un enjeu important.

«Nous n’avons pas de données historiques, mais je peux dire que c’est un défi constant», convient-il. «Bon an mal an, il peut y avoir des variations. Pour nous, c’est un défi de conserver des services connexes qui vont maintenir cet intérêt. Nous travaillons sur certaines avenues pour intéresser les gens. De nouvelles technologies s’en viennent pour suivre la tendance.»

«La société en général fait face à une question: Pourquoi je paye?», observe M. Sansoucy. «Nous disons aux gens que si la coopérative n’avait pas de membres, elle cesserait ses opérations. Le bâtiment existerait toujours, probablement les cliniques aussi, mais ça ne veut pas dire que les médecins resteraient ici. Il n’y aurait pas le développement que nous avons connu. Par exemple, nous offrons une douzaine de conférences par année sur le thème de la santé. L’an dernier, nous avons aussi créé un carnet avantages, une initiative d’achat local pour nos membres. La coopérative est un projet communautaire, mais la fidélisation des membres et le renouvellement du membership représentent une difficulté astronomique.»

Appel aux élus

Lorsqu’un projet est lancé, la mobilisation se crée et les gens adhèrent à la nouvelle coopérative avec enthousiasme. Parfois, le projet tarde à lever. Les médecins peuvent être difficiles à attirer, ce qui ajoute aux difficultés de maintenir l’intérêt des membres. D’ailleurs, M. Allaire fait remarquer qu’on a déjà dénombré une soixantaine de coopératives de santé au Québec.

Le directeur de la FQCS estime même que les élus municipaux doivent appuyer ces projets, puisqu’ils contribuent à la vitalité d’une communauté.

«Ce n’est pas simplement un service de santé, mais aussi un atout qui permet le maintien d’une population dans une localité. Nous avons amorcé un chantier sur le fait que les élus devraient travailler en collaboration avec les coopératives de santé pour assurer une forme de financement.»

Même le gouvernement caquiste sera interpellé, prévoit M. Allaire.

«Nous voulons sensibiliser le cabinet de la ministre McCann à l’existence de ces coopératives et lui faire comprendre que si on tire la plogue, le système aura de la misère à absorber ces 280 000 dossiers médicaux.»