Chantal Caron trouve que la société ne s’interroge pas suffisamment sur les conséquences à long terme de l’épandage d’un larvicide pour le contrôle des insectes piqueurs.
Chantal Caron trouve que la société ne s’interroge pas suffisamment sur les conséquences à long terme de l’épandage d’un larvicide pour le contrôle des insectes piqueurs.

Contrôle des insectes piqueurs: Michel Angers ouvert à une rencontre citoyenne

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Shawinigan — Le maire de Shawinigan, Michel Angers, ne verrait pas de problème à organiser une rencontre citoyenne sur le contrôle des insectes piqueurs si la population manifeste le besoin de débattre de cet enjeu. Il a démontré cette ouverture à la suite d’une observation d’une citoyenne lors de la dernière assemblée publique régulière du conseil municipal.

La Ville de Shawinigan procède à l’épandage d’un larvicide biologique pour le contrôle des insectes piqueurs depuis 2013. En 2015, le conseil municipal avait décidé de suspendre ce service, en raison de contraintes budgétaires. Dès le mois de juin cette année-là, M. Angers avait déclaré qu’il recevait une «montagne de plaintes» à la suite de cette décision.

Les élus avaient donc réintroduit le contrôle des insectes piqueurs en 2016. En 2020, les contribuables doivent débourser 827 000 $ pour ce service, assumé depuis le début par la firme GDG Environnement de Trois-Rivières.

Rappelons qu’en 2013, la moitié de la facture était payée avec une tarification spéciale de 19,50 $ sur le compte de taxes, tandis que l’autre moitié était absorbée par les surplus accumulés de la Ville. Depuis la reprise du service en 2016, le tarif pour le contrôle des insectes piqueurs est passé de 19,50 $ à 39 $, puis à 39,75 $ depuis 2019.

Occasionnellement, des citoyens se présentent à l’assemblée publique pour remettre en question cette dépense, autant pour des raisons économiques qu’environnementales. Le 14 janvier, Chantal Caron s’est présentée au micro pour soulever cet enjeu à nouveau.

«J’ai toujours pensé que cet épandage était nécessaire pour des raisons économiques majeures ou pour des questions de santé publique», explique-t-elle. «Ça devait justifier une dépense d’environ un million $ par année pour une Ville avec aussi peu de moyens. J’ai eu beau chercher et je n’ai jamais réussi à trouver une justification claire et logique.»

L’an dernier, Mme Caron a assisté à une conférence d’une biologiste, où elle apprenait que cet épandage pouvait nuire à l’écosystème.

«Il contribue directement à la destruction de la biodiversité, provoquant entre autres beaucoup de mortalité chez les oiseaux, les libellules, les batraciens», s’étonne-t-elle.

Mme Caron constate que la version de GDG Environnement, qui défend évidemment son processus, est toujours mise de l’avant dans le débat sur la nécessité de ce service.

«C’est celui qui fait des millions $ avec ça», rappelle-t-elle. «Par contre, nous n’avons jamais de version neutre de scientifiques indépendants. La population n’a pas accès à une information juste et neutre, qui pourrait lui permettre de décider de poursuivre ou non cette pratique. Elle n’est pas au courant qu’il existe d’autres façons efficaces de contrôler le nombre d’insectes piqueurs, sans nuire aux écosystèmes et qui coûtent beaucoup moins cher.»

La citoyenne réclame ainsi un moratoire sur l’épandage de ce produit, le Bti, le temps que la Ville s’informe davantage. Par exemple, elle suggère une présentation d’un biologiste indépendant lors d’une séance d’information. Friand de l’organisation de grandes rencontres citoyennes, le maire a ouvert la porte à la possibilité d’organiser une activité semblable sur ce sujet.

«S’il y a matière à rencontrer la population, de faire une grande rencontre citoyenne sur cet élément, s’il faut le faire, ce ne serait pas la première fois. Nous sommes capables d’en faire sur tous les sujets», fait-il remarquer.

En attendant, il se rabat sur le consensus des autorités publiques.

«Santé Canada donne l’aval à ce genre d’épandage de larvicide», explique M. Angers. «C’est notre référence, de même que celle de plusieurs villes à travers le Québec.»

«Je vous rappelle qu’en 2015, lors de compressions budgétaires importantes, nous avions cessé l’épandage pendant une année. Vous avez vu le tollé de prestations et de pétitions! Ça faisait des années que des gens ne pouvaient plus manger à l’extérieur en soirée et que dorénavant, ils pouvaient le faire. On nous a donc demandé de remettre l’épandage en 2016.»

«Nous sommes très soucieux de l’environnement et des changements climatiques», ajoute le maire. «Personne, jusqu’à maintenant, ne nous a fait la démonstration que ce produit était nocif pour l’écosystème.»