La Ville de Shawinigan adopte le contrôle des insectes piqueurs sur tout son territoire depuis 2013. Sur la photo, le maire, Michel Angers, en compagnie de Richard Vadeboncoeur, vice-président chez GDG Environnement.
La Ville de Shawinigan adopte le contrôle des insectes piqueurs sur tout son territoire depuis 2013. Sur la photo, le maire, Michel Angers, en compagnie de Richard Vadeboncoeur, vice-président chez GDG Environnement.

Contrôle biologique des insectes piqueurs : «on fait bien de se poser des questions»

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — La visite d’Annie Raymond, biologiste et vice-présidente de la firme A.J. Environnement de Mont-Laurier, ne passera pas inaperçue dans la région mercredi. Ses propos s’ajouteront au débat de plus en plus intense sur l’utilisation du fameux bacillus thuringiensis israelensis (Bti) pour le contrôle des insectes piqueurs.

Mme Raymond se décrit comme une scientifique posée, qui épluche la littérature sur le sujet depuis deux ans. Ses recherches lui démontrent que la population est justifiée de soulever des questions.

«Je ne suis pas une activiste du pour ou du contre», prévient-elle. «Les gens de GDG Environnement ont certainement un avantage monétaire à parler des bienfaits du Bti. Leur discours sera très polarisé. Les gens déçus par la désinformation auront aussi un discours très polarisé.»

«Moi, j’essaie de nuancer tout ça, de centrer le discours autour des faits. À mon avis, l’épandage est un peu trop largement utilisé. On fait bien de se poser des questions. Je vais donner des pistes de réflexion aux gens.»

Mme Raymond s’étonne de voir du Bti envahir de grandes étendues naturelles, en milieu rural.

«Beaucoup de lobbyistes travaillent pour l’épandage du Bti au Québec», rappelle-t-elle. «C’est très séduisant de pouvoir dire qu’on profite de l’été sans avoir de mouches autour. Mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Ici, on ne parle pas de sauver des vies parce que les moustiques vont nous apporter la malaria. Si on fait cet épandage, c’est vraiment pour être à l’aise à l’extérieur, profiter du grand air sans se faire achaler par les moustiques.»

«Au plan humain, le Bti est un très bon produit, qui ne peut pas affecter la santé directement», ajoute la biologiste. «Mais on ne parle pas des autres substances qui sont intégrées à l’épandage du Bti, parce qu’on ne les connaît pas. C’est un secret industriel.»

En survolant la littérature scientifique disponible, Mme Raymond reconnaît que les militants de chaque camp y trouveront leur compte.

«Beaucoup d’études disent que ça n’a pas d’effet», convient-elle. «Mais si on va voir ces études, est-ce qu’elles sont vraiment indépendantes ou sont-elles poussées par l’industrie? Il faut démêler tout ça. C’est beaucoup plus complexe qu’on pourrait l’imaginer.»

Intérêt

Mme Raymond est attendue le 26 février à 10 h au Club de golf Métabéroutin et à 19 h à l’Auberge Gouverneur.

À Shawinigan, le conseil municipal entend de plus en plus de questions au sujet de cet épandage. Lors de la dernière séance publique, Sylvain Giguère s’est permis de demander au maire si une délégation de la Ville se déplacerait à cette activité. Il n’a pas obtenu de réponse.

Richard Vadeboncoeur, vice-président au développement des affaires chez GDG Environnement, ne savait pas trop s’il assisterait à cette conférence, mais il connaît déjà le propos.

«J’ai vu sa présentation et on est très, très loin de la science», commente-t-il. «C’est de la désinformation. C’est très difficile, pour les gens, de comprendre la science. À un moment donné, il faut y aller avec le consensus.»

«Elle a un titre de biologiste, mais de son propre aveu, il y a deux ans, elle ne savait pas ce qu’était le Bti. On est loin d’une spécialiste.»

«Le ministère de la Santé paye des campagnes pour dire aux gens de faire attention aux moustiques et de l’autre côté, d’autres personnes disent qu’il faut les laisser vivre», note M. Vadeboncoeur. «Il y a un risque de santé publique. Les moustiques transmettent des maladies, au Québec. Il y a des cas à tous les ans.»

M. Vadeboncoeur entend les réserves qui se manifestent dans la région. Dans nos pages le 7 février, il a écrit une lettre d’opinion pour répondre à certains propos.

«Il n’y a pas d’impact sur la chaîne alimentaire», assure-t-il. «Nommez-moi un prédateur qui attend le mois de juin pour se nourrir? On est dans les demi-vérités.»

Le représentant de GDG Environnement doute que ce questionnement autour de l’épandage du Bti influence ses clients.

«Il y a du monde compétent dans les villes», rappelle-t-il. «Ces gens sont capables de lire les études et de faire la part des choses. Ils n’accrocheront pas sur des bouts de phrases.»

«Ça reste une minorité», croit M. Vadeboncoeur, au sujet des opposants. «Si on parle d’une centaine de personnes qui pensent comme ça, on ne peut pas les en empêcher. Ça ne donne rien de leur expliquer, parce qu’ils vont dire que je travaille pour GDG. Mais nous, on diffuse l’information scientifique en ligne.»

Mme Raymond connaît les réserves de cette entreprise sur son propos.

«Je pense qu’ils ne me portent pas dans leur coeur», détecte-t-elle. «Je demeure très prudente, parce que je sais qu’ils ont beaucoup plus de moyens de moi. C’est pourquoi je fais comprendre aux gens que je ne suis pas une militante pour le NON. Je veux seulement donner de l’information, livrée de la façon la plus objective possible. Il y a des faits et pour le reste, personne n’est obligé d’adhérer à mon opinion personnelle.»