À l'instar des 170 000 travailleurs de partout au Québec, les travailleurs de la région ont délaissé, pour la plupart, les chantiers, afin de faire entendre leurs revendications, pendant que plane l'imposition par le gouvernement d'une loi spéciale les forçant à un retour au travail.

Construction: «Laissez-nous négocier pour nos familles»

Près de 11 250 travailleurs de la construction de la Mauricie et du Centre-du-Québec sont en grève générale illimitée depuis mercredi matin.
La ministre responsable de la région Julie Boulet est allée à la rencontre des grévistes, dont Pierre Lebel qui lui a fait part de leurs inquiétudes face à une loi spéciale.
La vice-première ministre Lise Thériault a été accueillie, à sa sortie de l'hôtel Delta, par plus d'une cinquantaine de grévistes.
À l'instar des 170 000 travailleurs de partout au Québec, les travailleurs de la région ont délaissé, pour la plupart, les chantiers, afin de faire entendre leurs revendications, pendant que plane l'imposition par le gouvernement d'une loi spéciale les forçant à un retour au travail.
Dans la région, les principaux chantiers dont la phase 2 de l'hôpital de Trois-Rivières, le District 55 ainsi que de nombreux chantiers de pavage sont pour le moment déserts.
Au coeur du conflit de travail se trouve notamment la conciliation travail-famille, alors que les travailleurs réclament d'avoir de meilleures conditions salariales lorsqu'ils doivent entrer au travail le samedi pour rattraper les heures perdues durant la semaine, par exemple en raison des caprices de la météo.
Les horaires de travail variables sont également au coeur du conflit, expliquent certains travailleurs qui relatent la difficulté qu'ils ont à concilier ces horaires et les obligations familiales.
Les membres de l'Alliance syndicale se sont dispersés aux quatre coins de la région pour aller manifester sur les chantiers, où certains collègues continuaient de travailler malgré le déclenchement de la grève, et leur demander de quitter par solidarité.
Le tout s'est déroulé dans le calme et aucun incident n'a été rapporté. Rappelons que le domaine de la construction n'est pas assujetti à la loi antibriseurs de grève et que rien n'empêche les travailleurs de poursuivre le travail lors d'une grève. 
Il s'agissait d'ailleurs d'un irritant majeur pour les syndiqués rencontrés sur les piquets de grève, eux qui se demandent quel est leur réel pouvoir de négociation avec d'un côté, une menace de loi spéciale et de l'autre, aucune sanction possible pour les travailleurs qui décident de ne pas faire la grève.
«Ce monde-là, quand la convention sera signée, les minimes gains qu'on aura, ils auront la même chose que nous. On se bat pour du monde qui ne veut pas se battre. Et une loi spéciale, ça ne va certainement pas favoriser les travailleurs, ça va favoriser la partie patronale», déplorait un gréviste, Pierre Lebel, rencontré à la sortie de l'hôtel Delta mercredi matin, où la vice-première ministre Lise Thériault se trouvait pour un point de presse.
Elle a d'ailleurs été accueillie par une cinquantaine de grévistes à sa sortie, lui demandant: «laissez-nous négocier pour nos familles».
De son côté, la ministre responsable de la région Julie Boulet est allée à la rencontre des travailleurs, leur indiquant que les négociations se poursuivaient et que tout le monde espérait en arriver à une entente négociée.
«On nous a dit que ça négociait encore et on espère trouver une solution qui va convenir aux deux parties», a-t-elle indiqué, se disant très sensible à leur cause. Les manifestants sont demeurés pacifiques et ont même applaudi la ministre Boulet à son départ.
«Ce que je trouve plate, c'est la désinformation de la partie patronale. Ils disent que nous aurons 15 à 17 % d'augmentation. Ce n'est pas vrai. On demande 2 % par année. Le monde embarque là-dedans et c'est normal, car ils ne connaissent pas notre réalité. Notre réalité, elle n'est pas facile. Il y a 100 personnes pour une job de 10 gars», ajoute Pierre Lebel. 
La question de la mobilité de la main-d'oeuvre est aussi sensible dans les régions, où les ouvriers en chômage veulent avoir un accès prioritaire aux emplois dans les chantiers de leur région, alors que les entrepreneurs qui décrochent ces contrats dans des régions autres que la leur veulent également pouvoir faire appel à leurs ouvriers d'expérience avec lesquels ils sont habitués de travailler.
Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) ainsi que l'APCHQ ont dénoncé les effets de cette grève sur la société québécoise. Le CPQ dénonce notamment ce qu'il qualifie de «prise en otage» du Québec, de ses citoyens et de ses entreprises.
L'APCHQ s'inquiète de son côté du retard sur les projets de construction et les conséquences sur l'économie québécoise, avec une perte journalière de 45 M$. L'APCHQ critique sévèrement la stratégie de l'Alliance syndicale «dont les actions, depuis le tout début, ont été menées avec un seul objectif: pouvoir déclencher la grève le plus rapidement possible».
À Trois-Rivières, la Ville indiquait, mercredi, que tous ses chantiers de pavage, de trottoirs et de pose de conduites en cours étaient arrêtés. La Ville, qui a amorcé une série d'investissements de 30 M$ en pavage et infrastructures à être réalisés au cours de l'été 2017, espère voir un règlement arriver le plus rapidement possible.
«Si ça devait s'étirer encore trois semaines ou un mois, notre été sera perdu. On ne pourrait jamais rattraper le retard et ça va devenir compliqué parce qu'il y a beaucoup de subventions qui sont rattachées à nos projets. Nous ne sommes pas contre la vertu, nous comprenons les travailleurs et ça fait partie de leurs droits, mais sans un règlement rapide, ça pourrait nous coûter très cher», ajoute le porte-parole, Yvan Toutant.
À Shawinigan, le directeur des communications François Saint-Onge confirme que les chantiers de l'agrandissement du réservoir d'eau potable de la 25e Rue dans le secteur Grand-Mère, de même que celui du poste de traitement des eaux du lac des Piles sont à l'arrêt, en plus de nombreux chantiers de pavage. 
Avec La Presse canadienne