Constant Awashish estime que les Canadiens, les Québécois et les Premières Nations sont animés de valeurs réconciliables.
Constant Awashish estime que les Canadiens, les Québécois et les Premières Nations sont animés de valeurs réconciliables.

Constant Awashish se désole de la prolifération de propos haineux

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
LA TUQUE — Le Grand Chef du Conseil de la Nation atikamekw, Constant Awashish, l’avoue sans détour, la situation actuelle, entourant le blocage ferroviaire au pays par différents groupes autochtones, est source d’un certain malaise chez les siens.

C’est dans une perspective historique que le Grand Chef pose un regard sur les événements des derniers jours.

«On n’est pas contre le développement, mais on ne connaît pas tous les détails dans cette affaire-là», souligne-t-il.

«On entend souvent ‘‘on est dans un État de droit, il faut respecter la loi’’, mais la loi c’est également les droits ancestraux, c’est également le titre aborigène, c’est également les droits inhérents aux peuples autochtones... Maintenant, comment on fait pour balancer tout ça? C’est toujours là qu’est la difficulté», observe-t-il.

S’il estime que la situation actuelle relève entre autres d’une incompréhension de part et d’autre, Constant Awashish se désole cependant de la prolifération de propos haineux à l’endroit des autochtones.

À l’heure où les discours racistes à l’endroit des différentes minorités sont dénoncés de toutes parts, le Grand Chef constate qu’on ne semble pas s’émouvoir outre mesure des propos violents émis à l’égard des autochtones. «C’est vraiment désolant de voir comment le QI ne vole pas très haut quand il est question des Premières Nations», déclare-t-il.

Un tel climat de tension ravive de vieilles plaies, souligne M. Awashish. Or, ce qui est présenté comme une problématique autochtone cache peut-être un enjeu environnemental plus fondamental, remarque-t-il. «Souvent les ressources sont exploitées ici, mais elles sont exploitées par des forces étrangères», soutient-il.

Travailler ensemble

Bien que navré par la tournure actuelle des événements, Constant Awashish continue de plaider pour un rapprochement entre les différentes parties.

«Il faut arrêter d’avoir peur un de l’autre, il faut créer des ponts, il faut travailler ensemble, il faut revenir à notre collaboration ancestrale, il faut revenir à notre position d’alliés que nous avions à l’époque», martèle-t-il.

Optimiste, le Grand Chef croit que les Canadiens, les Québécois et les Premières Nations partagent largement les mêmes valeurs. Il en appelle à un développement axé sur la préservation des ressources, au profit des générations à venir.

«Oui il y a eu des tensions historiques, oui il y a toutes sortes de mythes véhiculés sur les Premières Nations, mais il ne faut pas se nourrir de ça. Il faut passer par dessus ça et envisager un meilleur avenir pour tout le monde», maintient-il.

Quant à savoir si le blocus actuel est source d’irritation dans les communautés autochtones du nord de la Mauricie qui utilisent le réseau ferroviaire, M. Awashish observe que les siens ont une capacité d’adaptation peu commune. Pour l’instant, il se désole plutôt que des jeunes, des femmes et des personnes âgées, qui tentent de se défendre face à une violation de leurs droits, soient traités avec violence par les forces de l’ordre.

Le Grand Chef en appelle finalement à une vaste consultation qui ferait la lumière sur tout ce qui a mené à la situation actuelle, afin que tous puissent bénéficier de la même information.