Claude McManus

Consommation de marijuana: le récréatif inquiète plus que le thérapeutique

Si l'encadrement serré entourant la production de marijuana thérapeutique rassure les maires de la région concernant l'installation probable d'entreprises du genre, certains élus eux se questionnent davantage quant à la légalisation de cette drogue à des fins récréatives.
Marc Descôteaux
Le pot. Le sujet fait beaucoup jaser depuis quelques mois en raison de la volonté du gouvernement du Canada de légaliser la consommation récréative du cannabis. Cette orientation gouvernementale arrive en même temps que Louiseville et Trois-Rivières démontrent de l'ouverture pour attirer des entreprises produisant de la marijuana thérapeutique, ce qui amène bien des citoyens à confondre les deux dossiers pourtant fort opposés. À quelques heures du début de la consultation publique menée par le gouvernement du Québec sur la légalisation du cannabis, Le Nouvelliste a fait le tour des préfets de la région pour savoir si leur MRC ouvrira le territoire aux entreprises de pot thérapeutique. Mais le débat entourant le pot récréatif touche une corde sensible auprès de certains élus.
Alors que Nicolet et Bécancour ne sont pas fermées à l'idée d'accueillir des producteurs de pot, les MRC des Chenaux, de Mékinac et de Bécancour n'ont pas amorcé de discussion au sujet des usines de pot thérapeutique. Le maire de Shawinigan, Michel Angers, mentionne que le service économique de la Ville n'est pas en mode démarchage, tout comme la MRC de Nicolet-Yamaska. Même son de cloche du côté de la Ville de La Tuque, où le maire Normand Beaudoin indique que sa Ville a beaucoup d'autres projets sur la table.
Toutefois, Claude McManus et Marc Descôteaux n'ont pu s'empêcher d'aborder la question de la légalisation de la marijuana à des fins récréatives. Il faut dire que le maire de Saint-Mathieu-du-Parc et le préfet de la MRC de Nicolet-Yamaska ont travaillé à combattre la marijuana au cours des dernières années plutôt qu'à considérer cette drogue comme étant un produit légal.
Claude McManus a été policier à la Sûreté du Québec de 1967 à 1999. Il a été commandant du district de la Mauricie durant huit ans. L'encadrement imposé par le gouvernement fédéral à la production de marijuana thérapeutique est un modèle qui a fait ses preuves, selon lui. Mais que le pot devienne un produit légal pour la consommation récréative l'inquiète sérieusement.
«J'ai été policier, j'ai vu que l'alcool et la drogue sont au centre de plusieurs problèmes. Le gouvernement dit qu'il veut légaliser la marijuana pour couper l'herbe sous le pied du monde criminel. À écouter les chefs de police, ce n'est pas le même discours, ce n'est pas ça qui va arrêter la criminalité. C'est un mauvais cocktail pour une société équilibrée. Est-ce que c'est ça qui va nous faire grandir? J'en doute fort.»
Marc Descôteaux rappelle les nombreux efforts déployés par les élus du secteur de Nicolet-Yamaska pour amener les agriculteurs à signer des contrats sociaux avec la police afin de faciliter le combat des agents de la paix contre les mariculteurs. Ce secteur du Centre-du-Québec a fait les manchettes au cours des dernières années en raison des activités de ces producteurs qui squattaient une portion de terre agricole pour faire pousser des plants de pot.
«On a mis énormément d'énergie à combattre le cannabis. Là, on se retrouve pratiquement à l'autre bout du spectre. Pour l'aspect thérapeutique, on n'est pas à la chasse d'entrepreneurs dans ce domaine. Si ça arrive, on va traiter les entrepreneurs de la même façon que les autres. Mais c'est l'aspect légalisation qui me fait tiquer. C'est la portion du débat qui nous fait réfléchir.»
Le préfet de la MRC de Nicolet-Yamaska et maire de Sainte-Monique est loin d'être convaincu que la production illégale de cannabis va mourir dès que le pot sera légalisé. Claude McManus est du même avis.
«On le voit avec la contrebande de cigarettes, un produit pourtant légal. La criminalité est un tout: on peut faire de la contrebande d'armes, car ce sont les mêmes réseaux de contrebande. Ce sera la même chose avec la marijuana. On va en profiter pour passer des drogues plus dures. Les gens cherchent l'euphorie. C'est comme une échappatoire. Tu cherches toujours à avoir un effet plus fort et c'est là qui est le problème.»