Sylvie Lachapelle est propriétaire de l’Hôtel Central à Parent
Sylvie Lachapelle est propriétaire de l’Hôtel Central à Parent

Concurrence déloyale à Parent ?

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
La Tuque — Le passage à la zone rouge a fait réagir en Haute-Mauricie, et ce, jusqu’à Parent, un village situé à près de 200 kilomètres au nord du centre-ville de La Tuque. Les dirigeants de l’Hôtel central se sont conformés aux directives. Ils ont fermé la salle à manger de leur restaurant et se sont mis en mode pour emporter. Ils se sentent toutefois victimes de concurrence déloyale. En effet, ils avancent que certains de leurs clients, qui s’alimentent habituellement dans leur établissement, utilisent plutôt la cafétéria d’un campement forestier réservée aux employés.

«À la place de prendre un repas et d’aller manger dans leur chambre, ils vont manger au camp forestier qui est supposé être réservé aux travailleurs du moulin. Alors tout le monde va là et ce n’est pas grave? C’est dangereux pour les restaurants, mais pas pour eux? […] On pensait que là-bas aussi ils devaient manger dans les chambres, mais on a appris qu’ils mangeaient dans la cafétéria», indique Sylvie Lachapelle propriétaire de l’Hôtel Central.

«Les règlements sont pour tout le monde. Nous autres, on a essayé de faire valoir qu’il n’y a aucun cas à Parent. On voulait continuer à servir les gens. Est-ce qu’ils ont eu une autorisation spéciale? Si oui, pourquoi est-ce qu’on ne l’aurait pas nous aussi?», ajoute-t-elle.

Le camp forestier en question appartient au Groupe Rémabec. On assure que la cafétéria est réservée à l’usage exclusif de ses employés et de ses entrepreneurs.

«On n’accepte pas de villégiateurs ou de citoyens. C’est pour nos travailleurs et nos contracteurs qui travaillent sur nos projets», confirme Annie St-Onge, directrice des communications pour Remabec.

Un système de code est même en fonction afin de s’assurer que les gens qui s’alimentent au camp forestier soient des travailleurs autorisés. Pour Rémabec, les reproches faits ne sont pas fondés.

«C’est un camp forestier. On nourrit et on loge nos travailleurs, c’est juste normal», affirme Mme St-Onge.

Rémabec offre l’hébergement et les repas sur la base du lien d’affaires et du lien d’emploi avec l’entreprise. Il s’agit d’entente dans les contrats. On confirme toutefois que si l’un d’eux décidait de se loger ailleurs pour toutes sortes de raisons, il pourrait quand même se nourrir au camp forestier si c’est prévu au contrat.

Sur place, plusieurs règles ont dû être ajoutées d’ailleurs pour assurer la santé et la sécurité des employés. La moitié des places de la cafétéria ont été condamnées afin de respecter les mesures de distanciation, des plages horaires ont été ajoutées, des marques au sol ont également fait leur apparition et le libre-service a été éliminé. Si le nombre de places maximal est atteint, les gens sont invités à manger dans leur chambre. Le couvre-visage est obligatoire, le lavage de mains également. On a augmenté la fréquence de l’entretien ménager et depuis quelque temps, on prend même la température des travailleurs.

«On s’assure vraiment de respecter toutes les règles, c’est la santé et la sécurité des membres de notre équipe. On ne veut pas avoir de gens malades. C’est extrêmement important», assure Annie St-Onge.

L’équipe de santé au travail du CIUSSS MCQ s’est d’ailleurs rendue sur place pour une visite préventive pas plus tard que la semaine dernière pour s’assurer des mesures en places et faire des recommandations supplémentaires au besoin. D’autres camps forestiers dans le secteur de la Haute-Mauricie ont également été visités dans le cadre de ces visites.

Rémabec a un camp forestier à Parent.

«C’est vraiment par prévention, il n’y a pas de cas associé à ça […] La plupart des éléments avaient été mis en place», précise la porte-parole du CIUSSS MCQ, Julie Michaud.

Il faut dire qu’un guide a été produit par la CNESST pour soutenir le secteur forestier dans la prise en charge de la santé et de la sécurité du travail en lien avec la COVID-19. La CNESST a d’ailleurs confirmé au Nouvelliste qu’elle n’était pas intervenue à ce camp forestier.

Une zone rouge critiquée

Les dirigeants de l’Hôtel Central l’avouent, le passage en zone rouge a eu l’effet d’une douche froide. On a accueilli la nouvelle avec incompréhension et frustration.

«On est dans la zone rouge parce qu’on fait partie de La Tuque. Un moment donné, il faudrait être logique aussi. Il n’y a aucun cas à Parent», martèle Mme Lachapelle.

Ils avaient pourtant pris toutes les précautions nécessaires pour appliquer les mesures de distanciation et autres règles dictées par la Santé publique. La fermeture de la salle à manger amène son lot de casse-tête et surtout avec la rareté de main-d’œuvre.

«C’est plus de manipulation. L’emballage amène des frais supplémentaires. Il nous faut du personnel de plus pour emballer aussi», explique-t-elle.

On s’inquiète également pour la saison de motoneige qui arrive à grands pas. Les motoneigistes sont très nombreux à arrêter à Parent.

«C’est une grosse saison qui s’en vient. Si la zone rouge se poursuit, c’est certain que ça ne sera pas bon», déplore Sylvie Lachapelle.

L’Hôtel Central connaissait jusqu’à maintenant une bonne saison. L’interdiction de voyager a eu des répercussions positives pour cette entreprise de Parent.

«Ç’a marché plus en 2020 que dans les autres années. Le monde ne va pas aux États-Unis, et en vacances. Ils viennent en région. Avec la COVID, le monde pense que ça ne marche pas, mais c’est tout le contraire», souligne-t-elle.

L’établissement est d’ailleurs toujours à vendre. Les propriétaires ont même revu le prix à la baisse.

«On est obligé de vendre parce que moi et mon chum, on n’est plus capables de travailler, pas parce que ça ne marche pas», souligne-t-elle.