L'entraîneur-chef du Club de canoë-kayak de Trois-Rivières, Mathieu Pelletier.

Concert de soutien pour Laurence Vincent-Lapointe

TROIS-RIVIÈRES — Le monde du canoë-kayak était sous le choc lundi, après qu’une des figures de proue de ce sport, Laurence Vincent-Lapointe, ait échoué un test antidopage. À l’instar de plusieurs personnalités du sport de la région, l’ancien entraîneur de la championne du monde de canoë féminin, Mathieu Pelletier, ne croit pas que son ancienne protégée se soit dopée volontairement.

La nouvelle selon laquelle la championne du monde de canoë féminin Laurence Vincent-Lapointe a échoué à un contrôle antidopage a eu l’effet d’une bombe lundi au Club de canoë-kayak de Trois-Rivières, où elle s’est longtemps entraînée. Mathieu Pelletier est entraîneur-chef de ce club, ainsi que l’ancien entraîneur de Laurence Vincent-Lapointe. C’est d’ailleurs sous sa gouverne que l’athlète s’est développée, avant de joindre l’équipe canadienne.

«Tant que je n’aurai pas la preuve concrète qu’elle a fait ça de façon intentionnelle, je suis derrière elle à 100 %. Et le club aussi», affirme sans réserve Mathieu Pelletier. «Laurence est l’image du club depuis tellement longtemps. C’est un bon modèle et elle s’implique bénévolement chaque fois qu’elle est au club. C’est un choc pour nous.»

Mathieu Pelletier estime que Vincent-Lapointe a permis à son sport d’atteindre la reconnaissance olympique pour les Jeux de Tokyo. «Elle s’est impliquée beaucoup dans le développement de sa discipline. C’est un peu un non-sens ce qui arrive présentement», ajoute M. Pelletier. «C’est une erreur ou un accident, mais ce n’est certainement pas un geste volontaire.»

L’olympien Richard Dober Jr, qui a pris part aux Jeux de 2004 à Athènes et de 2008 à Beijing en canoë-kayak, n’arrive pas à croire que Laurence Vincent-Lapointe se soit volontairement dopée. «Je la crois à 100 % lorsqu’elle dit qu’elle ne l’a pas fait intentionnellement. Laurence est une fille et une athlète qui n’a aucun vice», soutient celui qui l’a côtoyée lorsqu’il était athlète et qui la traite dans sa clinique de chiropratique. 

L’ancien kayakiste ajoute de plus que Laurence Vincent-Lapointe n’a aucun intérêt à consommer des substances améliorant ses performances. Richard Dober Jr rappelle qu’elle domine déjà sa discipline depuis plusieurs années. «A-t-elle vraiment besoin de se doper pour gagner?», soulève-t-il. «Pourquoi elle se doperait plus là qu’avant? Elle est au sommet de son art. Ça va super bien pour elle.»

Richard Dober Jr mentionne que les contrôles antidopage sont très fréquents et réguliers. Lors de sa carrière, il a lui-même dû se soumettre à une cinquantaine de contrôles. «Ce n’était pas son premier test. Elle se fait tester à chaque compétition. Pourquoi a-t-elle toujours été correct et là elle est testée positif?», mentionne M. Dober. «S’il y a eu de la contamination de ses suppléments, ce n’est pas Laurence qui a fait ça.»

Selon cet olympien, plusieurs options doivent être considérées pour expliquer ce résultat positif. Il évoque la possibilité que ses suppléments aient pu être contaminés lors de leurs fabrications ou même volontairement par une tierce personne. «Il ne faut pas sauter aux conclusions tout de suite. Peut-on permettre à l’enquête d’aller au fond des choses?», ajoute Richard Dober Jr. 

La directrice générale du Centre régional d’entraînement et d’événements de la Mauricie et médaillée de bronze en soccer aux Jeux de 2012 à Londres, Marie-Ève Nault, mentionne que les athlètes membres des équipes nationales sont énormément encadrés par des professionnels. «On fait confiance aux intervenants qui sont avec nous», précise-t-elle en ajoutant que cette situation est préoccupante. 

Pour Marc-Alexandre Gagnon, un coéquipier de Vincent-Lapointe lorsqu’elle évoluait au Club de canoë-kayak de Trois-Rivières, il n’y a aucun doute que la championne du monde en titre ne s’est pas dopée volontairement. «100 % derrière toi Laurence. Tu es un exemple d’intégrité, d’honnêteté et de bienveillance. Tu as une éthique irréprochable. Horrible ce qui t’arrive. Aucune place aux doutes ici, tout va s’arranger», a-t-il écrit sur sa page Facebook. 

À la suite de la publication sur les médias sociaux de nombreux commentaires au sujet de Laurence Vincent-Lapointe et qui la comparent à Ben Johnson ou Geneviève Jeanson, le Trifluvien et ancien nageur olympique Yannick Lupien (Sydney et Athènes) lance un appel au calme. Il mentionne que plusieurs substances contenues dans les médicaments sont considérées comme des produits dopants. 

«Les histoires de dopage, ça peut être tellement large», soutient-il. «Au début de ma carrière, on ne pouvait même pas prendre des Tylenol extra-forts à quel point c’était sévère. Tous ceux qui ont été malades ont déjà pris des stéroïdes qui sont dans des médicaments.»

Une réputation entachée

Échouer un test de dopage peut entraîner d’importantes conséquences pour un athlète. Cette image de «tricheur» et de «dopé» colle à la peau de ces athlètes, ce qui entache leur carrière ainsi que leur vie après le sport. 

«On ne parle pas uniquement de la réputation de Laurence comme canoë-kayakiste, mais bien sa réputation pour le reste de sa vie», affirme Richard Dober Jr. «Dans la position où elle est là, est-ce qu’elle aurait pris cette chance? Je ne pense pas.»

Marie-Ève Nault évoque également les conséquences néfastes du dopage sur la réputation d’un athlète. Toutefois, l’ancienne joueuse de soccer professionnelle accorde le bénéfice du doute à Laurence Vincent-Lapointe. «Dans le cas de Laurence, tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de preuves qui vont dire qu’elle est coupable, pour moi, elle est non coupable. Mais c’est sûr que ce n’est pas évident. Peu importe ce qui arrive, son nom est associé à ça et sa réputation est entachée.»