En provenance surtout du Honduras, du Salvador et du Guatemala, des milliers de gens fuient la pauvreté, la violence et le désespoir en espérant trouver une vie meilleure pour eux et leurs enfants aux États-Unis. Ici, des migrants faisant une halte à Mexico le 9 novembre dernier.

Comprendre la «caravane» des migrants

Alice Grinand (collaboration spéciale) Comité de Solidarité/Trois-Rivières Qui n’a pas entendu parler de cette «caravane» de migrants? Partant principalement du Honduras, du Salvador et du Guatemala, elle a remonté l’Amérique centrale pour atteindre les États-Unis en novembre dernier. Chaque journée nous alimentait en nouvelles de ces migrants. Mais que savons-nous de ce qui pousse ces milliers de personnes sur les routes? Le monde vu d’ici vous propose une série de quatre articles pour approfondir les enjeux que traversent le Honduras, le Guatemala et le Salvador et mieux comprendre les causes de ce phénomène migratoire.

Ces 5000 personnes, des hommes bien sûr, mais aussi des femmes et des enfants, ont parcouru 4000 km, certains de façon motorisée, d’autres à pied. Cette «caravane», qui sont en fait plusieurs caravanes, n’est ni la première et ne sera probablement pas la dernière à voir le jour en Amérique centrale.

Alors, qu’est-ce qui pousse ces populations à entamer ce long périple au péril de leur vie, car les risques sont nombreux sur la route, dans le but d’atteindre une frontière verrouillée et sous haute surveillance militaire où plus de 9000 soldats américains sont déployés? Ces personnes fuient la violence généralisée, la corruption et la pauvreté, qui font partie de leur misère quotidienne. Ainsi, l’Amérique latine et les Caraïbes totalisent 39% des homicides dans le monde et ces régions accueillent 41 des 50 villes les plus dangereuses de la planète.

Face à cette crise humanitaire, le gouvernement de Donald Trump a vertement refusé d’accueillir ces gens sur son territoire. Cette décision est d’autant plus controversée que les États-Unis ont largement contribué à déstabiliser les démocraties d’Amérique centrale et à créer les problèmes de société que fuient justement les migrants.

On peut d’ores et déjà rappeler le soutien indéfectible de Washington aux régimes militaires dictatoriaux en place dans les années 1980 au Honduras, au Guatemala et au Salvador. Déjà, à cette époque, des habitants de ces pays prenaient la route vers le Nord pour échapper à des guerres civiles meurtrières.

Bien que l’interventionnisme de la Maison-Blanche en Amérique latine remonte à très longtemps (avec la doctrine Monroe de 1823), il pèse aujourd’hui encore très lourd dans le destin de centaines de millions de Latino-Américains. Washington et quelques autres pays occidentaux, dont le Canada, pillent les ressources de l’Amérique centrale et mettent les gouvernements de ces pays au service de leurs propres intérêts, au détriment des populations locales.

Que ce soit via des plans d’ajustement structurel imposés par le Fonds monétaire international (FMI), qui visent l’ouverture à outrance des marchés intérieurs, ou via la mainmise des sociétés minières étrangères sur l’exploitation des ressources naturelles, les économies centraméricaines ont souffert de nombreuses attaques extérieures. Tout cela exacerbe les problèmes sociaux et condamne l’immense majorité des populations locales à la pauvreté, à l’exploitation et au désespoir.

Les changements climatiques se font également une place grandissante parmi les causes de ces migrations, notamment en aggravant les problèmes d’insécurité alimentaire. Là aussi, les pays occidentaux ont une responsabilité majeure, comme le reconnaît, entre autres, l’Accord de Paris sur le climat.

Dans les trois prochaines chroniques Le monde vu d’ici, nous explorerons plus en détail la situation particulière du Honduras, du Guatemala et du Salvador pour mieux comprendre les causes socio-économiques et géopolitiques qui ont poussé ces milliers de migrants à prendre la route.

Pour en savoir plus : www.cs3r.org.