Le premier ministre François Legault aide une jeune bénévole à remplir un des sac de sable à l'Île Bizard, le 21 avril dernier.

Commission scientifique sur les inondations: Legault dit non, l’Assemblée nationale dit oui

Le premier ministre François Legault n’a cessé de répéter mercredi qu’il était «en action» concernant les inondations : après avoir écarté puis accepté la tenue d’une commission scientifique, il a annoncé la mise sur pied d’un «groupe d’action» ministériel pour une indemnisation rapide et pour prévenir des dégâts éventuels l’an prochain.

Ce serait «utopique» de penser que tous les travaux seront faits d’ici au printemps 2020, mais le gouvernement a parmi ses objectifs d’interdire la construction en zone inondable, a-t-il affirmé en conférence de presse à l’Assemblée nationale, entouré des ministres qui feront partie du groupe d’action.

«Ce que j’aime, c’est un groupe d’action donc qui va avoir un plan d’action et qui va passer à l’action», a déclaré M. Legault, en ajoutant qu’il veut s’assurer qu’on ne vive pas ce qui a été vécu au cours des inondations de 2017.

«On veut éviter que les problèmes se répètent, qu’on soit capable d’estimer les dégâts, de prendre les décisions concernant les déménagements, de rembourser les citoyens, d’aider les municipalités.»

Le groupe ministériel se réunira pour la première fois la semaine prochaine. Il est composé notamment de la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, du président du Conseil du trésor, Christian Dubé, du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, et du ministre des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Pour une commission

Plus tôt en matinée, le chef caquiste avait rejeté la proposition péquiste d’une commission scientifique et technique sur les inondations — pourtant un forum éprouvé lors du déluge du Saguenay en 1996 et de la crise du verglas en 1998, avec des rapports qui sont demeurés des références, puisque bon nombre de leurs recommandations ont été mises en œuvre. Par la suite, M. Legault s’est montré ouvert à la tenue d’une telle commission.

«Je ne suis pas contre, en parallèle», a-t-il finalement dit.

À l’initiative du député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, l’Assemblée nationale a voté mercredi matin à l’unanimité, incluant les élus caquistes, en faveur d’une motion qui demande au gouvernement d’évaluer la mise en place d’une commission scientifique.

Selon M. Gaudreault, un simple comité ministériel comme le propose le gouvernement Legault ne permet pas d’aller au fond des choses, puisqu’on demanderait ainsi aux fonctionnaires «d’évaluer leur propre travail».

En outre, «les sinistrés [des inondations actuelles] n’ont pas à être traités différemment des sinistrés du déluge du Saguenay de 1996 ou de la tempête de verglas», a argué le député péquiste.

De son côté, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a exprimé une certaine ouverture à l’égard d’une commission scientifique.

Le vote des élus caquistes en Chambre «confirme notre intention de retenir les bonnes façons pour trouver des réponses à ces questions qui sont toutes pertinentes», a-t-il dit en commission parlementaire mercredi midi, en réponse à une question de M. Gaudreault.

Vers une stabilité

Par ailleurs, tout indique que les plateaux d’inondation tant attendus ont finalement été atteints mercredi, alors que le gouvernement fédéral a interdit les bateaux sur les plans d’eau les plus inondés.

Les mouvements d’eau tendent d’ailleurs à confirmer que si les plateaux sont atteints à certains endroits, d’autres endroits ont vu l’eau continuer de monter alors que le nombre de maisons inondées a à nouveau augmenté légèrement.

Le plus récent bilan publié en soirée mercredi fait toutefois état de 10 895 personnes évacuées, soit un peu plus que mardi soir. Le nombre de résidences inondées, lui, est passé à 7230 alors que 4064 autres sont isolées par les crues.

Les autorités surveilleront deux épisodes de pluie, le premier jusqu’à jeudi matin, le second vendredi, mais les craintes de voir un afflux d’eau dans le lac Champlain provoquant un débordement majeur dans le Richelieu semblent s’être estompées, selon le météorologue André Cantin, d’Environnement Canada.

Approche «nationale»

L’importance de la catastrophe amène pendant ce temps le gouvernement fédéral à se pencher sur la situation à l’échelle nationale.

Le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, a affirmé mercredi qu’il «faudra se poser la question : où et comment on construit».

M. Champagne entend sonder ses collègues du gouvernement du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick sur la possibilité de créer un comité «pour voir comment on peut déployer de façon plus rapide, le plus rapidement possible, l’aide fédérale».